Ne touchez pas à nos bibliothèques

Le gouvernement Higgs organise dans la discrétion des sessions portant sur l’avenir des bibliothèques publiques du Nouveau-Brunswick. Si nous ignorons tout des intentions réelles de Fredericton, nous sommes toutefois inquiets des conséquences qui pourraient découler de cette initiative.

Commençons par ce que nous savons.

Le gouvernement progressiste-conservateur s’intéresse au fonctionnement de nos bibliothèques. Des membres des comités de direction des biblios ont été invités à participer à une série de rencontres cette semaine et la semaine prochaine.

La population, les leaders des communautés et les médias ne sont pas invités. L’Acadie Nouvelle a révélé l’information après avoir mis la main sur des documents internes.

Notons aussi que le programme électoral du Parti progressiste-conservateur ne fait aucune mention de sa volonté d’améliorer le réseau, ce qui laisse planer le doute sur ses intentions. S’il voulait réinvestir dans les bibliothèques publiques, il en aurait fait une promesse électorale. S’il souhaite plutôt effectuer des compressions budgétaires, il est logique qu’il ait choisi de taire cette information.

Le ministère a toutefois précisé qu’il n’y aura pas de mise à pied.

Notons que les bibliothécaires n’ont pas été invités à participer à la consultation. On les invitera plutôt à remplir un sondage web. Quant aux utilisateurs (vous et moi), ils seront sondés téléphoniquement.

Tout cela ressemble à un gouvernement qui a déjà son idée de fait.

Attendons toutefois avant de tirer des conclusions prématurées. Le gouvernement Higgs nous a déjà surpris par le passé. Qui sait si l’exercice ne permettra pas au contraire de bonifier le réseau? Nous serons alors les premiers à féliciter le premier ministre s’il choisit cette voie.

Cela dit, depuis son arrivée au pouvoir, ce gouvernement s’est surtout distingué par sa capacité à imposer des compressions.

Surtout, sa décision de faire appel à une firme de consultation ressemble comme deux gouttes d’eau à la stratégie utilisée par un gouvernement libéral à Terre-Neuve, en 2017.

Un rapport avait alors recommandé la fermeture de 20 des 94 bibliothèques publiques de la province. Plus précisément, toutes celles qui desservent une population de moins de 500 habitants étaient susceptibles de subir le couperet. Même chose pour celles situées dans des communautés de moins de 800 résidents et à moins de 20 minutes de routes d’une autre bibliothèque.

Le gouvernement a dû reculer devant l’ampleur de la controverse qu’il avait créée.

Le gouvernement Higgs n’a pas encore laissé entendre qu’il privilégie une telle vision.

Soyons toutefois le plus clair possible: il est hors de question d’accepter dans le réseau des compressions budgétaires, des fermetures ou  des réductions de services.

Les bibliothèques ont beaucoup évolué au cours des années. Elles ne limitent plus à une collection de livres entreposés entre quatre murs. Elles sont devenues des lieux de rencontre. On y offre des services tel que des clubs de lecture, l’accès à internet et aux réseaux sociaux et bien plus encore. Certaines activités s’adressent aux bébés, d’autres aux personnes âgées. Elles se sont dotées de programmes d’intégration, de lieux de rencontres pour briser l’isolement, de programmes de mieux-être, etc.

Les bibliothèques sont particulièrement importantes dans les régions rurales francophones, où on retrouve moins de librairies et un taux de littératie plus faible. Le coût des livres écrits en français est aussi plus élevé que ceux de langue anglaise.

Du strict point de vue comptable, les bibliothèques sont une dépense. Et donc, pour de nombreux politiciens, un endroit où il faut chercher à faire des économies.

Heureusement, tous ne pensent pas de la même manière. En 2010, le premier ministre du Québec Lucien Bouchard a créé la Grande Bibliothèque du Québec. Ce projet de société a vu le jour alors même que l’État québécois se serrait la ceinture afin d’atteindre le déficit zéro. Des compressions étaient imposées partout, y compris dans les hôpitaux. Mais le projet de Grande Bibliothèque n’a jamais été sacrifié. Elle attire aujourd’hui plus de 3 millions de visiteurs par année.

Nous n’en demandons pas tant de la part de Blaine Higgs.

Nous exigeons toutefois qu’il protège nos institutions. Le réseau de bibliothèques publiques joue un rôle important au Nouveau-Brunswick, et en particulier en Acadie. Il serait inacceptable qu’il soit affaibli pour permettre au gouvernement actuel de poursuivre son programme de contrôle des dépenses.

Nos bibliothèques ont besoin de plus de fonds, plus de moyens et d’être plus accessibles à la population. Pas le contraire.