Oui, il y a du racisme au Nouveau-Brunswick

Le coup d’éclat d’ex-candidats du Nouveau Parti démocratique du Nouveau-Brunswick a vite été assombri quand l’un des déserteurs a justifié sa décision en laissant entendre que bon nombre d’électeurs sont racistes et n’appuieront pas un chef qui porte un turban. Jonathan Richardson a raison de croire que les Néo-Brunswickois n’appuieront pas le NPD lors des élections fédérales. Mais le racisme n’a rien à voir là-dedans.

Jagmeet Singh est le chef du NPD fédéral depuis 2017. Il est différent du traditionnel chef masculin aux cheveux grisonnants et à la peau blanche que l’on retrouve normalement à la tête de nos formations politiques.

Il est un sikh pratiquant qui porte un turban. Son nom, ses origines, la couleur de sa peau, sa barbe et son couvre-chef font de lui la cible privilégiée d’attaques racistes, y compris au Nouveau-Brunswick.

M. Singh et ses stratèges reconnaissent que bien des électeurs peinent à voir plus loin que son turban. Dans une publicité télévisée qui est destinée à l’électorat québécois, on peut voir pour la première fois le chef néo-démocrate avec la tête nue.

Par ailleurs, il est vrai que Jagmeet Singh ne passe pas au Nouveau-Brunswick. Ce n’est toutefois pas parce qu’il porte un signe religieux ostentatoire ou parce que les citoyens du Nord sont racistes, pour reprendre les propos de Jonathan Richardson.

Les électeurs néo-brunswickois ne s’intéressent pas à M. Singh parce que son parti et lui ne s’intéressent pas à notre coin de pays, tout simplement.

Il n’est jamais venu en tant que chef au Nouveau-Brunswick. Contrairement au libéral Justin Trudeau et au conservateur Andrew Scheer, on ne l’a pas vu lors des tintamarres du 15 août. De plus, son parti n’a encore nommé aucun candidat dans la province en prévision des élections fédérales.

C’est cela qui explique que le NPD, selon toute vraisemblance, sera vaincu aux prochaines élections dans notre province. Pas la couleur de la peau du chef, sa barbe ou son turban.

M. Richardson est organisateur pour la branche fédérale. Il est notamment responsable du recrutement de candidats dans la province.

Nous ne doutons pas qu’il a dû entendre des propos désobligeants à l’endroit du chef néo-démocrate au cours de ses tournées.

Pas plus tard que la semaine dernière, une équipe de baseball québécoise qui participait à un tournoi à Miramichi a été victime de quolibets francophobes et racistes de la part de spectateurs. Personne n’a osé éjecter les coupables.

Dans la Ligue de hockey Acadie-Chaleur, les commentaires haineux de partisans à l’endroit de joueurs autochtones se sont multipliés lors de matchs à Tracadie, à Néguac et à Caraquet la saison dernière. La ligue a répondu en pondant une politique de tolérance zéro.

Ces incidents sont un triste rappel que le racisme existe bel et bien dans notre province. Ces personnes qui ensevelissent d’insultes des athlètes en raison de leur couleur, de leur origine ou de leur langue sont certainement susceptibles de faire de même à propos d’un chef politique qui sort du moule habituel.

Néanmoins, nous jugeons que Jonathan Richardson a été trop loin en justifiant son exode et celui de ses collègues du NPD vers le Parti vert avec l’argument que «la carte du racisme est utilisée à plusieurs reprises, surtout dans le nord de la province».

Nous sommes surtout déçus de la réaction timide du chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick, David Coon.

Personne n’accusera M. Coon d’être raciste. Au contraire, il est une personne ouverte aux autres. Il a d’ailleurs appris le français, comme devrait le faire toute personne qui aspire à diriger le Nouveau-Brunswick.

Nous aurions par contre aimé le voir se dissocier avec vigueur des propos de sa recrue.

Ce n’est pas la première fois que M. Coon marche sur un fil de fer au lieu de prendre la décision plus tranchée qui s’impose.

Plus tôt cette année, il a partagé la scène avec Kris Austin afin de défendre une position commune dans le dossier du conflit de travail dans les foyers de soins. M. Austin dirige la People’s Alliance, une formation qui a fait de la lutte contre les droits des Acadiens le coeur de son programme politique et de son existence.

Cette formation compte aussi bon nombre de militants qui ont proféré ou partagé des propos racistes dans les médias sociaux.

Le député du Parti vert Kevin Arseneault avait d’ailleurs refusé de participer à cette mascarade. Pour lui, pas question de faire semblant d’ignorer ce que représente M. Austin et son parti.

Cela ne signifie pas que David Coon tolère le racisme ou l’intolérance. Dire une telle chose relèverait de la mauvaise foi la plus crasse. Mais ces deux épisodes montrent qu’il devra apprendre à dénoncer certains faits et paroles plus fermement, en toutes circonstances et sans compromis politique.