La campagne peut attendre

Dorian a quitté les Maritimes. Bonne nouvelle, elle n’a fait aucune victime. Mais il faudra des mois avant que l’on puisse effacer toutes les traces de son passage destructeur.

Il est impossible de subir une tempête de la force de Dorian sans qu’il y ait des conséquences. Pannes d’électricité, inondations, toitures arrachées et rues jonchées de débris forment un passage obligé. Au moment où nous avons écrit ces lignes, près de 3000 Néo-Brunswickois étaient encore dans le noir, en majorité dans les régions de Moncton, de Shediac et de Sackville. En Nouvelle-Écosse, ils étaient plus de 100 000 dans cette situation. Au pire de la tempête, près du tiers des foyers dans les trois provinces des Maritimes n’avaient pas de courant.

Quant aux dommages, il faudra des mois avant d’en arriver à un bilan complet. Ils se chiffreront sans doute à plusieurs millions de dollars, avec en tête la grue qui s’est effondrée sur un immeuble en construction, en plein centre-ville de Halifax.

Cela aurait pu toutefois être bien pire.

L’avantage avec Dorian, c’est que nous l’avons vu venir. Nous suivons la progression de l’ouragan depuis qu’il s’est arrêté aux Bahamas, la semaine dernière, où il a semé la mort et la destruction.

Alors que la tempête remontait vers le Nord, nous avons eu amplement le temps de nous préparer au pire.

Les sociétés de la Couronne étaient aussi aux aguets. Des équipes de l’Ontario et d’Hydro-Québec sont venues nous prêter main-forte en prévision de la tempête, et non pas seulement après, comme c’est généralement le cas. Même chose pour l’armée canadienne.

Tous ces préparatifs devraient normalement nous aider à nous relever assez rapidement. Nous n’oublierons pas Dorian de sitôt. Mais son empreinte ne sera pas indélébile sur le Nouveau-Brunswick.

Par ailleurs, les Néo-Brunswickois n’auront pas le choix de tourner rapidement la page, alors que des élections fédérales seront bientôt déclenchées.

Nous avons une recommandation à faire à ce sujet au gouvernement Trudeau: attendez le plus longtemps possible avant de lancer la campagne électorale.

La Loi électorale du Canada stipule que des élections générales doivent avoir lieu le troisième lundi d’octobre, et ce, aux quatre ans. Cette année, elles auront lieu le lundi 21 octobre. La campagne électorale doit durer au moins 36 jours (en plus du jour du scrutin) et au maximum 50 jours.

Le choix du déclenchement des élections revient au premier ministre. Les autobus et les avions de campagne auraient pu entreprendre leur périple il y a deux semaines. Ils pourraient aussi démarrer ce matin. Le dernier mot revient à Justin Trudeau.

La règle des 36 jours nous amène au dimanche 15 septembre. Le mot circule toutefois à Ottawa que la campagne électorale devait être déclenchée plus tôt, peut-être même en fin de semaine dernière.

Nous demandons à M. Trudeau d’attendre le plus tard possible (dimanche) avant de lancer la machine électorale.

Les Maritimes n’ont pas été réduites en un amas de ruines par la tempête. Les dommages sont toutefois importants. La dernière chose dont nous avons besoin est de voir des pancartes électorales faire leur apparition le long des routes, près de poteaux électriques arrachés par la force des vents et de maisons fortement endommagées.

Dans une situation comme celle-là, on s’attend normalement d’un premier ministre qu’il se déplace dans la région sinistrée, non pas avec des slogans électoraux, mais plutôt en tant que chef d’État. Un peu comme l’a fait Justin Trudeau l’année dernière à Fredericton, quand la capitale était aux prises avec des inondations historiques, et au début 2017 dans la Péninsule acadienne, pendant la crise du verglas.

Qu’il ne fasse pas la même erreur que Jean Chrétien, qui avait déclenché des élections anticipées en 1997 alors même que les Manitobains étaient aux prises avec «l’inondation du siècle».

Qu’il n’imite pas non plus Brian Gallant, qui a livré en 2017 son discours sur l’état de la province, à Fredericton, alors que près de 50 000 clients d’Énergie NB étaient sans électricité, en plein hiver, en raison du verglas.

Dans ce cas-ci, le calendrier empêche Justin Trudeau de retarder le début de la campagne indéfiniment. Une date électorale ne se change pas comme ça à quelques semaines d’avis. Élections Canada vient d’ailleurs de remporter sa cause devant le tribunal contre un homme qui exigeait un report des élections parce que la date du scrutin coïncide avec une fête juive.

Le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard ne sont pas en ruines. Le vote pourra avoir lieu comme prévu en octobre, ici comme ailleurs.

Mais la campagne électorale peut attendre encore quelques jours.

Une petite semaine pour nous laisser rebrancher tout le monde au réseau électrique, ce n’est pas trop demander.