La boîte à surprises du N.-B.

C’est fait. Le Canada est officiellement entré en campagne électorale. Les principaux chefs fédéraux passeront 40 jours à sillonner notre grand pays afin de convaincre les électeurs de voter pour leurs candidats, le lundi 21 octobre.

Nous n’en avons pas fait de secret en éditorial, nous aurions préféré que la campagne électorale soit déclenchée dimanche.

Les Maritimes se remettent encore du passage de l’ouragan Dorian. Au moment où le premier ministre Justin Trudeau s’est présenté à la résidence de la gouverneure générale Julie Payette afin de dissoudre le Parlement, un peu moins de 300 clients d’Énergie NB attendaient encore de retrouver le courant. La situation est pire en Nouvelle-Écosse, où plus de 63 000 clients entreprenaient une cinquième journée de suite sans électricité.

À sa décharge, M. Trudeau s’est toutefois rendu mardi en Nouvelle-Écosse afin de visiter les sinistrés. Il n’est pas non plus le seul qui a hâte d’en découdre devant l’électorat. Le chef conservateur Andrew Scheer et la chef du Parti vert Elizabeth May avaient déjà annoncé leur intention de lancer leur campagne mercredi.

Le NPD, lui, était encore plus pressé. Sa campagne a débuté en fin de semaine. Une autre preuve que ce tiers parti est décidément bien déconnecté de la réalité des Maritimes.

D’ici le jour du scrutin, les Néo-Bruns­wickois seront convoités.

Fidèle à son habitude, l’Acadie Nouvelle ne se prononcera pas en éditorial en faveur d’un parti politique ou de candidats. Nous analyserons toutefois les promesses électorales, en particulier lorsqu’elles toucheront notre province.

Il faut dire que le Nouveau-Brunswick et l’Atlantique forment un champ de bataille fascinant. Il y a quatre ans, les 32 circonscriptions de la région ont élu un député libéral. Les libéraux ne répéteront pas cet exploit de sitôt. Ils sont condamnés à perdre du terrain.

La majorité des libéraux ne tient présentement qu’à sept sièges. Des sièges que les rouges pourraient perdre au N.-B.

En effet, le fait que la bannière libérale flotte sur les dix circonscriptions fédérales néo-brunswickoises constitue une anomalie. À titre comparatif, les électeurs de la province avaient élu huit députés conservateurs en 2011, contre un seul libéral (Dominic LeBlanc) et un néo-démocrate (Yvon Godin).

Les électeurs de circonscriptions comme Fundy Royal et Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest ont historiquement tendance à se tourner vers le Parti conservateur. Dans Tobique-Mactaquac (qui comprend la région de Grand-Sault), le député sortant T.J. Harvey n’est pas candidat à sa réélection. Or, les libéraux ne lui ont pas trouvé de remplaçant.

Ajoutez à cela des circonscriptions comme Miramichi-Grand Lake et Fredericton, où le Parti vert et la People’s Alliance ont bien fait lors des élections provinciales de 2018, et vous vous retrouvez avec un scénario où les libéraux fédéraux pourraient être en difficulté.

En fait, cette campagne électorale risque de se transformer au Nouveau-Brunswick en une sorte de référendum sur Justin Trudeau. Cela s’explique par le fait que les formations nationales mettent de l’avant peu d’enjeux propres à notre région.

Les conservateurs ont passé beaucoup de temps à dénoncer le gouvernement Trudeau en raison du scandale SNC-Lavalin. Cette histoire a bien peu résonné dans les chaumières néo-brunswickoises.

De leur côté, les libéraux font campagne contre Andrew Scheer en le liant au premier ministre ontarien Doug Ford. Encore une fois, il s’agit d’une stratégie qui fera patate dans notre province. Blaine Higgs gouverne à droite et tient les cordons de la bourse très serrée, mais il a évité les décisions controversées qui feront de M. Ford un politicien infréquentable d’ici le 21 octobre.

Bref, bien des gens voteront non pas en fonction des programmes électoraux des différents partis, mais plutôt en déterminant s’ils en ont assez de Justin Trudeau ou s’ils veulent lui faire confiance pendant un autre mandat. En ce sens, la campagne et les débats des chefs seront déterminants.

Le fameux projet d’oléoduc Énergie Est et l’idée de créer un corridor énergétique – deux dadas d’Andrew Scheer et de Blaine Higgs – feront aussi partie des enjeux qui feront l’actualité. Nous pouvons nous attendre de voir M. Scheer visiter le sud du Nouveau-Brunswick, comme l’a fait Stephen Harper en 2015, afin de faire la promotion de ses idées. La raffinerie Irving et le premier ministre Higgs ne seront sûrement pas très loin en arrière-plan.

Au cours des prochaines semaines, les chefs parleront aussi de sujets nationaux importants au N.-B.: l’emploi, le financement du système de santé, l’aide aux démunis, l’environnement et nous en passons.

Qu’ils ne fassent toutefois pas l’erreur de tenir nos électeurs pour acquis.

Dans une lutte aussi serrée où chaque circonscription compte, le chef qui saura le mieux se montrer à l’écoute des préoccupations de l’électorat du Nouveau-Brunswick et de l’Atlantique pourrait être témoin d’une agréable surprise, le soir du scrutin.