Le N.-B. sort de l’oubli

Le chef fédéral qui a le plus ignoré le Nouveau-Brunswick au cours des deux dernières années est finalement celui qui a fait la plus forte impression, lundi.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, et le chef du NPD, Jagmeet Singh, étaient tous les deux présents au Nouveau-Brunswick le même jour.

Ils sont les deux derniers chefs à faire campagne dans notre province. La semaine dernière, le libéral Justin Trudeau a visité les régions de Fredericton et de Moncton, alors que le conservateur Andrew Scheer s’est rendu dans le secteur de Saint-Jean.

Mme May a fait campagne dans la capitale provinciale, lundi après-midi. Ce n’est pas un choix anodin. Sa candidate dans Fredericton, Jenica Atwin, a beau être peu connue à l’extérieur de la frontière de sa circonscription, elle est considérée comme étant le meilleur espoir du Parti vert de remporter un siège dans les Maritimes.

Les verts ne sont d’ailleurs pas les seuls à croire en les chances de Mme Atwin. Ce n’est pas une coïncidence si Justin Trudeau a passé quelques heures à Fredericton la semaine dernière. Il a pris la peine de prévenir les électeurs du danger de diviser le vote d’une manière qui profiterait au candidat conservateur, une référence claire aux appuis dont profite le Parti vert dans la région.

Quant au NPD fédéral, il a réussi à créer un peu d’intérêt positif à son endroit pour la première fois en au moins deux ans au Nouveau-Brunswick avec le dévoilement d’un candidat. Il s’agit de Daniel Thériault, bien connu dans la région de Caraquet après avoir été directeur général du Festival acadien pendant près d’une décennie.

M. Thériault n’est pas un poteau. Il est en fait le seul véritable candidat de qualité à se présenter sous la bannière orange dans la province. Une excellente prise.

La présence du chef Jagmeet Singh à Bathurst de même que celle de l’ancien député Yvon Godin montre à quel point le parti compte sur M. Thériault pour sauver les meubles au Nouveau-Brunswick.

Daniel Thériault et le NPD peuvent-ils espérer remporter Acadie-Bathurst? Tout dépend si vous considérez les multiples réélections d’Yvon Godin comme étant une anomalie ou comme la preuve qu’il existe un véritable appui aux politiques défendues par le NPD.

M. Godin a été le député néo-démocrate d’Acadie-Bathurst pendant 18 ans. Ses majorités ont augmenté à chaque élection au fil du temps. En 2011, il a obtenu plus de 70% des voix lors du scrutin.

Mais en 2015, il a mis tout son poids dans la balance afin d’assurer l’élection de son successeur, Jason Godin. Celui-ci n’a pas résisté au tsunami libéral et a terminé deuxième.

Notons qu’il a toutefois obtenu plus de 20 000 voix, soit 16 000 de plus que la candidate conservatrice. À titre comparatif, le Parti vert comptait pour sa part sur un candidat vedette, le conteur Dominic Breau. Il n’a obtenu qu’un peu plus de 1000 votes.

Les plus récentes élections provinciales, en 2018, ont aussi démontré que le NPD n’est pas mort dans le nord-est du Nouveau-Brunswick et que les électeurs peuvent appuyer en grand nombre un candidat sérieux. Jean-Maurice Landry a été chercher 2026 votes dans Bathurst-Est-Népisiguit-Saint-Isidore, alors que Francis Duguay en a obtenu 1213 dans Tracadie-Sheila. En 2014, Mathieu Chayer avait obtenu des résultats respectables (19,02% du vote) dans Caraquet.

Bref, il y a certainement une base sur laquelle le NPD peut construire dans Acadie-Bathurst. L’ancienne chef provinciale Jennifer McKenzie avait d’ailleurs déclaré, lors d’une rencontre éditoriale à l’Acadie Nouvelle, que «l’avenir du NPD passe par le nord du Nouveau-Brunswick».

Il y a toutefois un grain de sable dans cet engrenage. Le NPD a beau réussir de bons scores dans la région, il n’a toutefois jamais fait élire personne, outre Yvon Godin. Il n’y a pas de doute que Daniel Thériault va obtenir beaucoup de votes. Mais suffisamment pour terminer plus haut qu’en deuxième position? Assez pour gagner malgré le fait qu’il aura fallu près de deux ans à son chef pour trouver la route qui mène au Nouveau-Brunswick?

Le NPD a pourtant avantage à bien faire connaître son offre aux citoyens d’Acadie-Bathurst. Ses positions de gauche ont tout pour séduire une population qui compte plus que sa part de personnes vivant dans la pauvreté.

Des promesses comme celles de mettre sur pied un régime d’assurance médicament, d’offrir à tous la gratuité des soins dentaires, de fixer le salaire minimum fédéral à 15$ l’heure et de bonifier le régime d’assurance-emploi devraient normalement lui attirer beaucoup d’appuis. En prime, le parti s’engage à réviser la Loi sur les langues officielles du Canada.

Le défi de M. Thériault est de convaincre la population que son parti et lui-même sont les meilleurs véhicules pour faire de ces promesses des réalités. Il n’a qu’un mois pour y parvenir. Disons que la partie n’est pas gagnée d’avance.