La face cachée des compressions

La nouvelle est tombée sans avertissement sur une page Facebook, au début septembre.

«Avis: il n’y aura malheureusement pas de session de Karibou cet automne. Après 5 ans d’efforts soutenus pour offrir ce programme et plusieurs autres projets originaux, nous n’avons plus de subvention et d’aide financière gouvernementale.»

Avec ce message, l’Espace croissance annonçait à des dizaines de parents déçus qu’elle cessait d’organiser des activités à l’endroit des tout-petits d’âge préscolaire de la Péninsule acadienne. Chaque session attirait de 30 à 70 enfants. Fredericton accordait un appui d’environ 5000$ par année.

Pourquoi revenir sur cette nouvelle en éditorial aujourd’hui? Parce qu’il s’agit d’une bonne façon de démontrer que les compressions budgétaires, quelles qu’elles soient, touchent la vie des gens. Cet impact est parfois mineur, parfois tragique, mais il existe.

Certaines nouvelles font les manchettes. Pensez à l’annulation de l’élargissement de la route 11 entre Bouctouche et Miramichi ou encore à la décision gouvernementale de réduire le financement accordé aux programmes de science infirmière de l’Université de Moncton et de l’Université du N.-B.

Parfois, il s’agit plutôt d’une économie de bout de chandelle, un petit 5000$, mais qui touche directement de nombreux parents et enfants d’une région donnée.

Mauvaise nouvelle, ça ne fait que commencer.

Le premier ministre Blaine Higgs a participé à une importante conférence de presse, mardi, pendant laquelle il a énoncé les nouvelles priorités de son gouvernement.

Nous aurons l’occasion d’y revenir. En attendant, retenons surtout cet avertissement qu’il a lancé aux citoyens: «Les prochaines années seront difficiles.»

Le gouvernement progressiste-conservateur s’est fait élire, quoiqu’avec une minorité des sièges, sur la promesse d’équilibrer le budget provincial d’ici 2021 (les libéraux ont présenté un surplus budgétaire en 2017-2018, mais prévoyaient ensuite d’autres déficits).

Il n’a jamais réellement précisé de quelle manière il y parviendrait, à l’exception d’une promesse de ne pas faire croître le nombre d’emplois gouvernementaux et d’un vague engagement d’éliminer «le gaspillage gouvernemental».

Il a atteint son objectif dès l’exercice financier 2018-2019. Et il n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin.

Nous allons bientôt découvrir de quel bois le premier ministre Higgs se chauffe.

Il a déjà montré ses couleurs en dénonçant le fait que le Nouveau-Brunswick possède 50% plus de lits d’hôpitaux que la moyenne nationale.

Seule bonne nouvelle: le ministre de la Santé, Hugh John Flemming, s’est engagé en novembre 2018 à ne fermer aucun hôpital. Il avait toutefois précisé vouloir étudier comment faire «la meilleure utilisation de ces bâtiments».

Ajoutons à cela les propos de Blaine Higgs cette semaine, qui affirme que l’accès aux soins intensifs et aux soins primaires est important, mais que «la façon dont nous livrons ces services pourrait devoir changer», et nous nous rendons compte que les petites communautés n’ont pas fini de se battre pour préserver leurs services dans leurs hôpitaux.

Comprenons-nous. Nous ne pouvons pas blâmer le premier ministre Higgs de mettre de l’avant une vision d’austérité budgétaire. Il a été élu sur cette promesse.

De même, l’Acadie Nouvelle a critiqué en éditorial le gouvernement libéral précédent pour avoir repoussé l’atteinte d’un équilibre budgétaire durable à l’approche des élections provinciales de 2018. Aux prises avec une population vieillissante et une très faible croissance économique, le Nouveau-Brunswick se devait de donner un coup de barre. Nous ne pouvons pas être éternellement en déficit.

C’est toutefois le rôle du gouvernement de s’assurer de minimiser les conséquences négatives de ses choix budgétaires.

Quand il y a des compressions, celles-ci ont généralement un impact disproportionné sur deux classes de citoyens: les personnes à faible revenu et les citoyens des régions rurales, où offrir des services gouvernementaux coûte plus cher.

On retrouve une plus grande proportion de gens dans cette situation dans les régions francophones du nord et de l’est du N.-B.

Quand un politicien affirme qu’il faut faire le ménage dans les dépenses du gouvernement en santé, il ne pense pas aux soins spécialisés qui sont offerts en double ou en triple dans les hôpitaux anglophones de Saint-Jean, de Moncton et de Fredericton. Il a plutôt en tête les services offerts à Saint-Quentin, à Caraquet ou à Tracadie.

Équilibrer un budget provincial n’est pas seulement un exercice comptable avec des colonnes de chiffres. C’est aussi une série de décisions qui influeront sur la vie de nos personnes aînées, de nos démunis et de nos malades.

Réduire les dépenses, oui. Mais pas à n’importe quel prix.