Si peu pour les chômeurs

L’assurance-emploi ne fait pas partie des enjeux électoraux cette année. Mais ce n’est pas parce que les chefs ont décidé d’ignorer ce sujet qu’il a pour autant disparu de l’écran radar des électeurs.

Une multitude de pancartes orange sont apparues un peu partout dans le nord et l’est du Nouveau-Brunswick. Malgré leur couleur, elles n’ont pas été commanditées par le Nouveau Parti démocratique.

Elles sont l’oeuvre du Conseil national élargi des chômeurs et des chômeuses. Au Nouveau-Brunswick, le regroupement est allié au comité Aide et soutien aux travailleuses et travailleurs des secteurs saisonniers, lequel réclame une bonification du programme d’assurance-emploi.

Ces organisations ont choisi de réaliser ces coups d’éclat parce qu’elles n’avaient pas le choix. Le programme d’assurance-emploi ne fait pas partie des priorités des principaux partis politiques. Le sujet a été évacué de la campagne électorale.

C’est tout le contraire d’il y a quatre ans.

Souvenez-vous. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait imposé une réforme qui avait soulevé l’ire, en particulier chez les travailleurs saisonniers en Atlantique. Une directive forçait les chômeurs à accepter tout emploi «convenable», c’est-à-dire qui correspondait à 70% de leur rémunération précédente et situé jusqu’à une heure de route de leur domicile.

Des manifestations importantes avaient eu lieu en Acadie, y compris une qui avait attiré plus de 1500 citoyens, en plein hiver à Tracadie. Le gouvernement Harper avait de son côté ordonné à des fonctionnaires fédéraux d’effectuer des visites-surprises afin de tenter de débusquer des fraudeurs. Dans certaines régions, ils étaient si mal accueillis qu’Ottawa avait suspendu leurs visites pour des raisons de sécurité.

Pendant la campagne électorale, le libéral Justin Trudeau s’est engagé à renverser la réforme Harper. Dans la circonscription de Madawaska-Restigouche, le ministre Bernard Valcourt, qui était le principal porte-parole du gouvernement dans ce dossier, a terminé troisième le soir du scrutin, loin derrière le libéral René Arseneault et le néo-démocrate Rosaire L’Italien.

Bref, il y avait du mécontentement. Le gouvernement Harper était contesté et les partis qui formaient l’opposition l’avaient bien compris.

La situation est aujourd’hui bien différente.

Le Parti libéral estime avoir tenu ses promesses, alors que le Parti conservateur ne semble pas avoir d’autres réformes en tête.

Il y a bien quelques promesses qui ont été faites ici et là. Les libéraux, par exemple, comptent rendre non imposables à la source les prestations de maternité et les prestations parentales.

Nous sommes toutefois loin des engagements réclamés par les groupes comme Aide et soutien aux travailleuses et travailleurs des secteurs saisonniers du N.-B. Vous fouillerez longtemps dans les programmes politiques des deux partis en position de former le gouvernement avant de trouver un plan pour mettre fin au «trou noir», cette période annuelle pendant laquelle les chômeurs ne reçoivent plus de prestations d’assurance-emploi, mais n’ont pas été rappelés au boulot.

Tout cela n’a toutefois rien de surprenant. Le chômage en Atlantique n’est pas un enjeu électoral national, du moins pas durant chaque campagne électorale.

Il est toutefois plus préoccupant que les militants dans ce dossier affirment que les candidats dans les circonscriptions ne comprennent rien à leurs demandes. «Je leur parle du programme. Je leur pose des questions. C’est comme si je parlais le chinois», a imagé un porte-parole, Fernand Thibodeau.

Il ne faut pas généraliser. Des candidats dans Acadie-Bathurst comme le député libéral sortant Serge Cormier, qui a été confronté à cette question très tôt dans son mandat, et le néo-démocrate Daniel Thériault, qui a reçu l’appui de l’ancien député Yvon Godin, connaissent sans doute le dossier sur le bout de leurs doigts.

Néanmoins, force est de constater que si la plupart des candidats locaux n’ont pas de position ferme, il est difficile de s’attendre des Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh, Elizabeth May et compagnie qu’ils consacrent une journée de campagne au sort des travailleurs saisonniers.

À l’inverse, le fait que les chefs ne font pas de l’enjeu une priorité cause des problèmes aux candidats, qui ne peuvent pas s’avancer sur cette question. C’est l’oeuf ou la poule.

Dans tout ça, les grands perdants sont les électeurs.

Il y a quatre ans, les lignes étaient clairement tracées dans le sable. Êtes-vous en faveur de la réforme du gouvernement Harper? Les conservateurs promettaient de la maintenir alors que les libéraux s’engageaient à y mettre fin. Les électeurs pour qui ce sujet est important pouvaient voter en conséquence.

Aujourd’hui? Ils n’ont pas grand-chose à se mettre sur la dent.