L’Acadie ne compte plus pour la France

La fermeture du bureau de Moncton du Consulat général de France en 2022 est décevante. D’un coup de crayon, la France tire un trait sur un demi-siècle de relations diplomatiques avec l’Acadie. Cela dit, la décision ne fait que confirmer ce qui était clair depuis longtemps, soit que l’Acadie ne compte plus aux yeux de l’Hexagone.

Un rappel d’abord que le consulat de France est à la base un bureau administratif au service des citoyens français qui vivent en Atlantique. Par ailleurs, on ne compte qu’environ 900 ressortissants français inscrits au registre consulaire de Moncton.

Pour les Acadiens, la présence de la France représente toutefois beaucoup plus, du moins du point de vue sentimental.

En réaction à l’annonce de la fermeture, le nationaliste Jean-Marie Nadeau a parlé d’une «ignominie» et a affirmé qu’on «ne peut pas se permettre de perdre cet outil d’épanouissement».

Le maire de Dieppe, Yvon Lapierre, a déclaré que le désengagement de la France en Acadie est «impensable». Le réalisateur Phil Comeau croit qu’il s’agit d’un «affront à la culture française en Acadie». La Société Nationale de l’Acadie soutient que la France «tourne le dos aux Acadiens».

La vérité est que la France a commencé à tourner le dos aux Acadiens il y a bien longtemps. C’est un retrait tranquille, peu perceptible, mais qu’on ne peut ignorer.

La France a ouvert son consulat à Moncton dans les années 1960, à la suite de pressions du premier ministre Louis J. Robichaud.

C’était une autre époque. Une époque où les Acadiens et les francophones hors Québec étaient plus ou moins abandonnés à eux-mêmes. C’était avant la Charte canadienne des droits et libertés, avant la loi 88 qui a consacré l’égalité des deux communautés linguistiques au Nouveau-Brunswick et avant l’adoption de Loi sur les langues officielles.

La France, sous l’impulsion du général Charles de Gaulle, s’est découvert une responsabilité à l’endroit de ses cousins francophones du Canada. C’est ainsi qu’il y a un demi-siècle, quatre grands Acadiens ont été invités à se rendre en France afin de rencontrer le président de la République. Un premier contact officiel dont les effets se font encore sentir de nos jours.

La France avait aussi pris l’habitude d’appuyer concrètement et financièrement les francophones. Elle a payé de nouvelles presses au journal L’Évangéline, distribué des livres dans les écoles francophones, déployé des professeurs dans la toute nouvelle Université de Moncton, etc.

Tout cela est désormais de l’histoire ancienne.

La visite de délégués de la Société Nationale de l’Acadie en France, au début de l’année, s’est déroulée dans l’anonymat, autant en Europe qu’au Nouveau-Brunswick. Aucune rencontre significative n’a eu lieu.

Quant au consulat de Moncton, il y a longtemps qu’il ne se mêle plus des affaires intérieures acadiennes. Que pense la France du fait qu’un parti opposé aux droits des Acadiens détient la balance du pouvoir à l’Assemblée législative? Que le gouvernement du N.-B. ait tiré un trait sur les Jeux de la Francophonie? Qu’il rejette année après année les rapports du Commissariat aux langues officielles? Qu’il ait tenté de retirer des droits linguistiques aux utilisateurs francophones d’Ambulance NB?

La réponse est: rien du tout. La France a depuis longtemps abandonné les Acadiens. Elle n’est plus notre alliée. Son gouvernement ferme son consulat de Moncton, mais garde ouvert celui de Vancouver parce qu’il accorde plus d’importance aux liens commerciaux avec l’Ouest du Canada qu’à maintenir des liens symboliques avec le peuple acadien.

La France restera toujours notre mère patrie. Son consulat de Moncton, par contre, ne fait pas beaucoup plus pour le peuple acadien que d’offrir des bourses, organiser une fête le 14 juillet et présenter des cérémonies de décoration de la Légion d’honneur.

Quand un nouveau consul débarque en ville, il dit toujours les bonnes choses, souhaite développer des liens étroits avec l’Acadie, se dit séduit par la vitalité culturelle acadienne et plus encore.

Il ne s’agit toutefois que de paroles creuses qui ne sont jamais accompagnées de politiques et de gestes concrets. Nous sommes très loin de l’engagement fort et continu auquel nous sommes historiquement en droit de nous attendre de la part du gouvernement français.

Nous croyons que la France doit reconsidérer sa décision de fermer son consulat de Moncton. Toutefois, puisqu’elle n’a aucune intention de lui faire jouer un rôle plus important en Acadie, il faut convenir que la perte subie, bien que symboliquement très lourde, est dans les faits minime.