Le dur retour sur Terre de Blaine Higgs

Le chef conservateur Andrew Scheer n’est pas le seul à avoir subi un revers lors des élections fédérales de lundi. Cette défaite, c’est aussi celle du premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs.

Les conservateurs n’ont fait élire que trois députés au Nouveau-Brunswick, bien loin des huit sièges remportés par Stephen Harper lors du scrutin de 2011.

Ils ont été incapables de faire des gains dans les trois principales cités ni dans les régions francophones. Miramichi-Grand Lake, là où les conservateurs et la People’s Alliance ont pourtant bien fait lors des élections provinciales de 2018, a aussi échappé aux bleus.

Le gouvernement libéral devrait normalement se maintenir en place au minimum pendant une période de 18 à 24 mois.

Jagmeet Singh, dont le NPD a dû fortement s’endetter pour mener campagne, et Yves-François Blanchet, dont la formation bloquiste a réalisé un score au-delà de toutes les attentes, ont rapidement montré qu’ils avaient peu d’appétit pour de nouvelles élections.

Andrew Scheer a de son côté utilisé un ton vindicatif. «Quand votre gouvernement tombera, les conservateurs seront prêts», a-t-il soutenu.

Il faut dire que les couteaux commencent à s’aiguiser derrière M. Scheer, qui n’a pas su vaincre un gouvernement pourtant affaibli par de nombreux scandales et controverses. Il ne peut se permettre d’être conciliant, alors qu’il subira bientôt une révision de son leadership… s’il n’est pas forcé de démissionner d’ici là.

Au Nouveau-Brunswick, le premier ministre a longtemps mené la charge antiTrudeau.

Blaine Higgs a passé la dernière année à casser du sucre sur le dos du premier ministre libéral. Chaque occasion – la campagne électorale, le discours du Trône, le budget, le discours sur l’état de la province, etc. – était bonne pour le dénoncer.

Le moment le plus désolant est survenu en février, quand Blaine Higgs s’est rendu à Ottawa. Un face-à-face avec Justin Trudeau où M. Higgs a donné l’image d’une personne de mauvaise foi et déterminée à faire mal paraître son interlocuteur.

La discussion entre les deux hommes était à peine terminée que M. Higgs critiquait déjà M. Trudeau, en l’accusant de ne pas se battre suffisamment fort pour les entreprises néo-brunswickoises victimes du conflit du bois d’oeuvre avec les États-Unis.

Ça ne s’est bien sûr pas arrangé pendant la campagne électorale.

Blaine Higgs a embarqué à fond dans le train d’Andrew Scheer. Il l’a accompagné à chacune de ses visites au Nouveau-Brunswick. Moins d’une semaine avant le jour du vote, il a déclaré qu’il voyait difficilement comment il pourrait travailler avec M. Trudeau, tant leurs valeurs sont différentes.

Blaine Higgs a mis tous ses efforts et toute sa crédibilité dans la balance afin de vaincre les forces libérales au Nouveau-Brunswick.

En vain.

Même dans Saint-Jean-Rothesay, fief de la famille Irving, l’attrait du corridor énergétique tant vanté par MM. Higgs et Scheer n’a pas permis aux conservateurs de gagner le siège.

Après avoir perdu tant de temps à combattre Justin Trudeau et à agir comme s’il avait fait élire 49 députés progressistes-conservateurs lors des dernières élections provinciales, Blaine Higgs change enfin d’attitude.

Le ton n’est pas jovialiste. «Je dois travailler avec le gouvernement fédéral, que je sois satisfait avec les résultats (des élections) ou non», a-t-il confié.

«Pour le bien-être de la province et de ceux qui y vivent, il va falloir trouver un moyen de mettre les personnalités et nos opinions de côté», a-t-il aussi indiqué. Il a appelé M. Trudeau pour le féliciter, une conversation qu’il a qualifié d’agréable.
Quel dommage qu’il lui aura fallu plus d’une année pour en arriver à cet état d’esprit!

Le Nouveau-Brunswick est la province la plus dépendante du gouvernement fédéral. Nous ne pouvons pas nous permettre de mener la guerre à Ottawa au même titre que la Saskatchewan et l’Alberta. Chaque premier ministre néo-brunswickois a le devoir d’entretenir de bonnes relations avec son homologue fédéral, peu importe les couleurs en présence.

Le retour sur Terre a été dur pour Blaine Higgs. Il lui a certainement fallu une bonne dose d’humilité pour accepter le résultat des élections de lundi et tendre la main aux libéraux, y compris, à notre grand étonnement, sur la question de la taxe sur le carbone.

Depuis son élection, le gouvernement Higgs a trois marottes: critiquer le gouvernement Trudeau, blâmer le Québec et jouer le rôle de meneur de claques de l’industrie pétrolière de l’Alberta.

Rien de tout ça n’aide le Nouveau-Brunswick.

En élisant seulement trois députés fédéraux conservateurs, les Néo-Brunswickois n’ont pas seulement fait parvenir un message à Andrew Scheer. Ils en ont envoyé un aussi à Blaine Higgs.

Celui-ci l’a compris. Il était grand temps.