Avancer pour ne pas reculer

S’il y a un thème à retenir chez UNI Coopération financière, c’est la volonté de changer. L’organisation sait qu’elle doit progresser et se distinguer. Sinon, elle risquera de faire du surplace. Ou pire, de régresser.

Le chef de la direction d’UNI, Robert Moreau, a participé il y a une dizaine de jours à une rencontre éditoriale avec l’Acadie Nouvelle.

C’est la deuxième fois en un peu plus d’un an qu’il se prête à cet exercice, lequel nous permet de mieux comprendre dans quelle direction se dirige la plus importante institution financière en Acadie, avec Assomption Vie. Le résumé de nos échanges a été publié dans notre édition du 25 octobre, sous la plume de David Caron.

Nous avons eu la chance de discuter avec le patron de nombreux sujets. Que ce soit son équipe («tout part de la fierté de nos employés»), la menace de la cybercriminalité («UNI n’est pas à l’abri»), la Caisse de demain («ça fait un an qu’on planifie, qu’on rêve»), la fermeture de succursales («il faut choisir entre le coeur et la raison»), l’image de l’entreprise («nous sommes une grande marque au
N.-B.»), les ambitions pancanadiennes ou la disparition des ristournes, Robert Moreau s’est ouvert à nous avec transparence.

Tout au long de la conversation, le dirigeant a souvent énoncé des mots et des concepts tels que l’accueil, l’intimité, la convivialité et un environnement chaleureux.

Évidemment, ces valeurs ne datent pas d’hier. Accueillir la clientèle avec un air bête n’a jamais été un objectif d’entreprise.

Néanmoins, l’insistance de M. Moreau ajouté au dévoilement de la Caisse de demain, à Petit-Rocher, lève une partie du voile sur la stratégie d’UNI pour conserver sa clientèle et surtout faire face à une compétition toujours plus féroce.

Avec la Caisse de demain, UNI pose les premiers jalons pour transformer ses établissements, l’objectif étant d’offrir un environnement plus invitant à sa clientèle.

Cela se fait au moment où les clients sentent de moins en moins le besoin de se rendre dans un lieu physique comme une caisse populaire.

Près de 80% des transactions courantes sont désormais numériques. Chez les 18-34 ans, c’est 93%. Conséquence du phénomène: même l’utilisation des guichets automatiques est en forte baisse depuis deux ans.

Parallèlement à cela, UNI fait face, comme toutes les autres institutions financières traditionnelles, à la concurrence de banques virtuelles, sans succursale et plus flexibles. Pourquoi se rendre chez UNI quand il est possible de prendre une hypothèque sur le web ou même en faisant son épicerie, souvent à meilleur taux?

La réponse d’UNI est de sortir du lot, d’où la Caisse demain. Mais cela doit se faire en servant les membres qui veulent renouveler leur hypothèque en ligne et en anticipant leurs besoins de demain. Et tout ça, en gardant sa mission coopérative et en évitant de devenir une banque comme une autre.

Vaste programme.

En attendant, UNI continue de réduire son nombre d’établissements. Douze points de services sont ou seront bientôt fermés. Il en restera 39, bien plus que la concurrence (aucune banque ou Credit Union ne compte plus de 20 succursales sur le territoire néo-brunswickois). Il y a aussi quatre bureaux d’UNI Entreprises, deux d’UNI Assurance et bien sûr le siège social de Caraquet.

Les bureaux fermés cette année ne seront sans doute pas les derniers à subir ce sort. S’il affirme ne pas avoir de plan à court terme à ce sujet, Robert Moreau prédit que «d’autres points de services seront appelés à être transformés ou fermés dans le futur».

Le retour des ristournes est aussi plus qu’incertain. M. Moreau ne fait pas de promesse là-dessus. On devine néanmoins que pour l’entreprise qu’il dirige, les ristournes collectives sont plus attrayantes que celles versées directement aux membres.

En gros, l’entreprise estime avoir un plus grand impact en versant 1 million $ dans une campagne de financement et d’obtenir en échange que le nouveau complexe intergénérationnel de Dieppe porte le nom d’UNI, que de verser 200$ à chaque membre.

La rencontre nous a aussi permis de mieux comprendre à quel point le passage à une charte fédérale est important pour UNI Coopération financière. L’institution compte désormais des prêts commerciaux dans chaque province et est en mesure de participer au financement de grands projets, comme la construction d’un bateau-usine en Colombie-Britannique.

UNI a compris que sa prospérité passe aussi par un accès à un marché plus grand que l’Acadie. Si c’est son projet de caisse unique qui a fait couler le plus d’encre dans les dernières années, c’est la charte fédérale qui pourrait potentiellement lui permettre de créer plus de richesse. Une richesse dont profiteraient ses membres, ici, en Acadie.

Les prochaines années seront fascinantes chez UNI.