Le ministre peut être fier

Le gouvernement provincial s’engage à protéger d’ici peu 10% des terres émergées au Nouveau-Brunswick. Une annonce bénéfique pour l’environnement, mais qui démontre aussi à quel point Fredericton a fait du chemin depuis 20 ans.

Les gouvernements conservateurs n’ont pas bonne presse quand il s’agit de parler de protection de l’environnement. La dernière campagne électorale fédérale nous l’a rappelé.

C’est pourquoi il peut paraître surprenant à première vue de voir le ministre progressiste-conservateur du Développement de l’énergie et des ressources, Mike Holland, procéder à ce qu’il qualifie lui-même de «plus grande annonce de conservation de terres dans l’histoire du Nouveau-Brunswick».

Le ministre ne donne pas dans la surenchère. En doublant la surface totale de ses zones protégées (de 4,6% à 10%), M. Holland pose un geste important en matière d’environnement, dans une province où ce n’est pas populaire de le faire.

Le Nouveau-Brunswick est en effet un cancre en matière de protection de sites naturels au Canada. Seule l’Île-du-Prince-Édouard fait pire que nous.

La géographie explique en partie cette situation. Il est bien plus facile de protéger des sites déjà éloignés et difficiles d’accès, dans le nord du Québec ou au Labrador, par exemple, que de le faire dans une petite province où chaque mètre carré de forêt est convoité.

Un autre problème est le désintérêt d’une bonne partie de la population pour ce genre d’initiatives. Cela a pour conséquence que la protection de nouvelles aires naturelles tombe rarement sur l’écran radar du gouvernement provincial.

Enfin, un autre obstacle se dresse sur la route des environnementalistes: la toute puissante industrie forestière. Entre les intérêts des géants comme J.D. Irving ou Twin Rivers et ceux de petites communautés dont l’économie tourne autour d’une scierie, il est extrêmement délicat pour le gouvernement de retirer l’accès à une partie de ses terres de la Couronne au nom de considérations écologiques.

Il y a 20 ans, un autre ministre progressiste-conservateur, Jeannot Volpé, a commandé un rapport visant à mettre en place une stratégie de zones protégées. Un groupe d’étude a recommandé de protéger de l’exploitation forestière huit emplacements représentant environ 2% du territoire. Les entreprises qui détenaient des droits de coupes sur les sites en question devaient être compensées.

Le comité était présidé par l’environnementaliste Louis Lapierre, celui-là même qui a plus tard été dénoncé pour avoir menti sur ses qualifications universitaires. À l’époque, la réputation de M. Lapierre était encore sans tâche et c’est à lui qu’était revenu le mandat de faire le tour des communautés afin de présenter son rapport.

Ce fut un véritable chemin de croix.

Les grandes forestières n’ont en effet pas eu à mener la lutte contre le rapport. Elles ont plutôt poussé leurs travailleurs à le faire. Ceux-ci ont noyauté les assemblées publiques et ont fait connaître leur façon de penser aux universitaires, les accusant de vouloir détruire l’industrie forestière, leurs communautés et leur gagne-pain.

Tout cela, répétons-le, parce que le gouvernement voulait protéger 2% des terres néo-brunswickoises!

Le ministre Volpé, à son crédit, avait fait fi des critiques et mené l’exercice à terme. Aujourd’hui, ce n’est pas 2%, mais bien 4,6% du territoire qui est préservé. Et s’il n’en tient qu’au ministre Holland, ce sera très bientôt 10%.

Ces territoires échapperont à la machinerie lourde, mais aussi aux pesticides. On y protégera la diversité biologique. Elles serviront de refuges pour certaines espèces sauvages. Elles contribueront à protéger le patrimoine naturel de la province.

À condition, bien sûr, que le projet aille de l’avant.

Il n’est pas dit qu’une opposition forte et vocale ne se dressera pas sur le chemin du ministre, exactement comme il y a 20 ans.

Notons par contre que les temps ont changé. Il suffit de voir le combat que mène un nombre toujours grandissant de Néo-Brunswickois contre l’épandage de glyphosate pour s’en convaincre.

C’est sans compter que l’industrie forestière a perdu de sa superbe. De nombreuses usines et scieries ont été victimes des crises qui se sont succédé. Des communautés mono-industrielles, on en compte moins qu’il y a deux décennies.

Cela dit, le ministre Holland semble déterminé. Il a l’appui de groupes environnementaux néo-brunswickois et canadiens, qui ont tous applaudi sans réserve sa proposition et qui aideront à délimiter les endroits qui seront protégés. Le gouvernement fédéral est aussi partenaire (il versera 9,3 millions $).

Le ministre s’est dit «extrêmement fier de ce projet». Il a bien raison de l’être. C’est un beau cadeau qu’il offre à des générations de Néo-Brunswickois.