Agissez en leaders!

Éditorial publié le mardi 22 octobre

Au moment de mettre sous presse, le résultat des élections n’était pas encore connu à l’échelle du pays. Il était toutefois déjà clair que la dynamique venait de changer à Ottawa. Le premier ministre n’aura pas les coudées franches pour diriger le pays.

Cette conclusion survient à la suite d’une campagne électorale à oublier. Celle-ci s’est terminée comme elle a commencé: dans la boue. Les derniers jours ont été marqués par la révélation voulant que le Parti conservateur a embauché une firme privée afin d’orchestrer une campagne de salissage contre le Parti populaire du Canada, ses candidats et son chef Maxime Bernier.

En Atlantique, les libéraux ont perdu du terrain. Ce n’est pas une surprise. Dès le soir du 19 octobre 2015, nous savions que les libéraux ne répéteraient pas leur exploit de remporter les 32 circons­criptions.

Le Parti libéral a réussi à sauver les meubles et éviter une saignée comme celle subie par le gouvernement Harper, il y a quatre ans. Il est resté dominant en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve. Il a aussi mieux fait que prévu au Nouveau-Brunswick, même s’il a dû abandonner du terrain au Parti conservateur et au Parti vert.

C’est une occasion ratée pour les partis qui formaient l’opposition au début de la campagne. Le gouvernement Trudeau était en position de faiblesse. L’Atlantique était un terrain de jeu relativement ouvert. Or, l’incapacité des chefs à proposer une vision rassembleuse a poussé bon nombre d’électeurs à se rabattre sur leur député sortant ou à s’abstenir de voter.

À l’échelle du pays, les électeurs semblaient vouloir s’offrir, mardi soir, un gouvernement minoritaire.

Ce ne sera bien sûr pas le premier dans l’histoire du Canada. Tout récemment, le premier ministre conservateur Stephen Harper a dirigé le pays sans avoir une majorité de sièges, de 2006 à 2008, puis de 2008 à 2011. Il a réussi à le faire sans même négocier d’entente formelle avec les autres formations politiques, celles-ci (en particulier les libéraux) étant alors peu enclines à retomber rapidement en élections.

Cette fois-ci, les éléments ne sont pas en place pour une plus grande collaboration à la Chambre des communes.

Au contraire, nous avons la désagréable impression que les leaders préparent déjà le prochain scrutin fédéral.

Il s’est aussi développé au cours de cette campagne une hargne et un mépris, comme c’est commun lors des campagnes électorales américaines, mais auxquels nous ne sommes pas habitués au Canada.

Il fallait voir Andrew Scheer se tourner vers Justin Trudeau, au tout début du débat des chefs en anglais, et le traiter de menteur, de faux-jeton et de dire qu’il est indigne d’être premier ministre, pour comprendre à quel point le discours est en train de déraper.

Dans ces circonstances, peut-on réellement être surpris de constater que des militants conservateurs ont commencé à chanter à l’endroit de Justin Trudeau «Lock him up» (Mettez le en prison) lors des discours d’Andrew Scheer? Ces cris étaient directement inspirés de ceux répétés tout au long long de la dernière présidentielle américaine (les «lock her up» étaient répétés dans les rassemblements trumpistes contre Hillary Clinton). C’est honteux!

Dans un autre registre, les premiers ministres provinciaux d’allégeance conservatrice ou de droite ont combattu les libéraux fédéraux sur toutes les tribunes. Justin Trudeau leur a rendu la pareille en faisant campagne contre eux afin de marquer des points à l’endroit d’Andrew Scheer.

Ce dernier a profité des derniers jours pour démoniser la possibilité d’une coalition libérale-néo-démocrate. Le NPD a de son côté rejeté toute possibilité de collaboration avec le Parti conservateur. Et plus près de nous, le premier ministre progressiste-conservateur Blaine Higgs a tout bonnement laissé entendre qu’il ne pourrait pas travailler avec un gouvernement dirigé par Justin Trudeau, en plus de se livrer à une bonne vieille séance de Québec bashing.

Une fois la poussière retombée, tout ce beau monde devra se calmer.

Les électeurs ont tranché. Ils ont refusé à tous les partis politiques la majorité qu’ils espéraient tant.

Il ne leur reste plus qu’une chose à faire: travailler ensemble. Pour que cela fonctionne, il faudra que quelques leaders mettent un peu d’eau dans leur vin.

Les Néo-Brunswickois et les Canadiens méritent mieux que le triste spectacle dont ils ont été témoins pendant le dernier mois. Le moment n’est plus aux insultes et à la rhétorique. Nous voulons un gouverne­ment fonctionnel et au service de la population.