L’immonde stratégie de Kris Austin

Le chef de la People’s Alliance, Kris Austin, poursuit sa croisade contre le bilinguisme officiel et les droits des francophones du Nouveau-Brunswick. Sa plus récente lubie: la pénurie d’infirmières dans les hôpitaux serait liée aux exigences linguistiques.

La People’s Alliance est une formation politique dont les intentions de vote frôlaient le 0% jusqu’à ce qu’elle prenne un virage antifrancophone. Elle a réalisé le meilleur résultat électoral de son histoire en 2018 en promettant d’ouvrir les postes d’ambulanciers bilingues aux candidats unilingues.

Le Parti progressiste-conservateur et son chef, Blaine Higgs, qui tiraient de l’arrière dans les sondages avant les élections, ont de leur côté compris que les libéraux étaient vulnérables et ont choisi de faire campagne là-dessus, quitte à donner de la crédibilité à ce mythe – à ce mensonge – voulant que des travailleurs paramédicaux ne répondent pas aux appels d’urgence en raison des droits linguistiques des Acadiens.

Au final, trois députés alliancistes ont été élus, y compris le chef. Ils ont obtenu la balance du pouvoir.

De son côté, le gouvernement Higgs a d’abord tenté en vain de réduire les exigences linguistiques auxquels doit s’astreindre Ambulance NB, avant de négocier un compromis qui a été accepté par les alliancistes.

Depuis, la People’s Alliance fait un peu moins de bruit. Ambulance NB était son unique enjeu d’intérêt, le seul qui lui permettait d’avoir de l’importance dans le discours public. La poussière retombée, la formation était menacée de retomber dans l’insignifiance.

C’est pourquoi Kris Austin tente depuis de trouver un autre dossier linguistique avec lequel il pourra galvaniser ses troupes, comme il l’a si bien fait avec les ambulances.

Sa première tentative a eu l’effet d’un pétard mouillé.

Le vendredi 4 octobre, M. Austin a tout bonnement annoncé qu’il fera tomber le gouvernement Higgs si celui-ci osait mettre en oeuvre les recommandations du commissaire aux langues officielles. La stratégie a échoué pour deux raisons.

D’abord, les progressistes-conservateurs n’auraient pas détesté à ce moment-là avoir une excuse pour déclencher des élections. Le gouvernement Higgs est populaire, le chef libéral Kevin Vickers est encore peu connu des Néo-Brunswickois et la People’s Alliance recule dans les intentions de vote.

Deuxièmement, il y a longtemps que les gouvernements, libéral comme conservateur, ignorent les recommandations du commissariat. Personne de sensé n’a cru une seule seconde que Blaine Higgs donnerait suite au rapport. Le premier ministre l’a d’ailleurs rejeté dans les heures qui ont suivi son dépôt et Kris Austin n’a rien eu à voir là-dedans.

Les alliancistes ont donc dû se dénicher un nouveau cheval de bataille linguistique: les infirmières.

Encore une fois, il y a peu de chances que la controverse décolle. Des centaines de postes sont vacants, tant dans les hôpitaux francophones qu’anglophones. Les raisons sont nombreuses et n’ont rien à voir avec le fait que certains postes sont désignés bilingues. Le gouvernement le sait. Le syndicat le sait. Les infirmières le savent.

Et Kris Austin le sait aussi.

Il remue les braises linguistiques dans un but électoraliste. Une stratégie immonde.

Pouvez-vous imaginer un chef politique qui blâmerait les juifs, les musulmans, les Autochtones ou les personnes racisées pour tout ce qui va mal au Nouveau-Brunswick? Qui qualifierait de gaspillage de fonds publics les programmes qui les touchent directement? Qui verraient chacune de leurs avancées comme étant une menace pour la majorité anglophone?

On vous laisse deviner le concert de dénonciations qui suivrait.

C’est néanmoins toléré quand cette stratégie est utilisée à l’endroit des Acadiens. Pire, le gouvernement provincial collabore avec cette formation afin de se maintenir au pouvoir.

La bonne nouvelle est que certains politiciens se sont insurgés contre ces dérapages. «M. Austin est toujours en train de mentir aux gens du N.-B.», a déclaré le chef libéral Kevin Vickers. «Il est malhonnête», a ajouté le leader du Parti vert, David Coon.

On notera toutefois que le progressiste-conservateur Blaine Higgs est resté silencieux après la salve de son allié. Quand il s’agit de se maintenir au pouvoir, la susceptibilité des Acadiens pèse bien peu dans la balance.

Au-delà de ces considérations populistes et partisanes, le fait demeure qu’un député-chef de parti poursuit depuis plus d’un an sa petite guerre personnelle contre les droits des francophones. À la longue, la tentation est grande de balayer ces histoires du revers de la main.

Ne faisons pas cette erreur. Ne laissons pas l’intolérance devenir la normalité.

Les députés de la People’s Alliance ne sont pas dignes de siéger à l’Assemblée législative. Leurs propos sont inacceptables. Tous les politiciens qui se respectent devraient chaque fois les dénoncer.