Blaine Higgs n’a pas chômé

Il y a une année, le progressiste-conservateur Blaine Higgs devenait premier ministre du Nouveau-Brunswick. Cette période a été bonne pour lui et son parti. Elle nous laisse toutefois un goût d’inachevé, comme si le nouveau gouvernement hésitait à nous montrer son véritable visage.

La plus grande réussite de Blaine Higgs a été d’assurer la stabilité de son gouvernement. L’appui presque sans condition de la People’s Alliance lors des votes de confiance lui a permis de diriger la province comme s’il était à la tête d’une majorité.

Ce gouvernement a beau n’avoir fait élire qu’un seul député de plus que les libéraux, il ne montre aucun signe de fragilité et donne l’impression qu’il pourrait rester en poste pendant quatre ans, si tel est son désir.

Cela s’explique aussi par la faiblesse de l’opposition. L’ancien chef Brian Gallant a démissionné. Le nouveau leader Kevin Vickers est peu visible et pas très connu auprès de l’électorat. De plus, l’élection d’un libéral en tant que président de l’Assemblée législative prive l’opposition d’une voix, au bénéfice des progressistes-conservateurs.

Le gouvernement Higgs a connu une seule véritable crise, au tout début de son mandat, et par sa faute: sa tentative honteuse de réduire les exigences linguistiques chez Am­bulance NB.

Le premier ministre a tiré une leçon de ces événements. Il a mis de côté les questions linguistiques sensibles, quitte à laisser son allié Kris Austin (le chef de la People’s Alliance) s’époumoner contre les droits et les acquis des Acadiens.

Le gouvernement Higgs a augmenté le budget du commissariat aux langues officielles, mais a ignoré toutes les recommandations contenues dans son plus récent rapport. Il n’a toujours pas nommé de nouveau commissaire, plus d’une année après la retraite de Katherine d’Entremont (Michel Carrier occupe le poste par intérim).

Dans la même veine, insistons sur le fait que le premier ministre n’a toujours pas appris le français. Il s’était engagé à le faire il y a trois ans, après être devenu chef du Parti progressiste-conservateur. Rien ne laisse croire qu’il remplira sa promesse.

Si le sujet des langues officielles ne fascine pas M. Higgs, on ne peut pas en dire autant des chiffres. Le budget a été équilibré une année plus tôt que prévu dans le programme électoral des progressistes-conservateurs.

Un bémol s’impose. Ce succès a été ironiquement réalisé en grande partie grâce à la générosité du gouvernement fédéral, qui a augmenté les paiements de péréquation pourtant dénoncés par M. Higgs.

Si le gouvernement a imposé des compressions budgétaires, il s’est abstenu d’effectuer des coupes sauvages.

Nous parlons pourtant ici d’un chef qui critique le dédoublement de services dans les hôpitaux, qui croit que les impôts sont trop élevés et qui a promis en campagne électorale d’éliminer 2000 postes de fonctionnaires.

Il s’est plutôt contenté de mettre fin à des projets d’infrastructures (notamment l’élargissement d’une section de la route 11) et d’effectuer des coupes ciblées dans certains ministères (programmes de sciences infirmières, tourisme, etc.)

Il répète que des réformes majeures s’imposent en éducation, en santé, en gouvernance locale et plus encore.

Cela nous fait croire que les conservateurs attendaient un deuxième mandat – peut-être majoritaire celui-là – pour imposer des décisions draconiennes.

Cette option n’étant plus sur la table, le gouvernement semble être prêt à donner un grand coup au cours de la session législative, laquelle débutera dans un peu plus d’une semaine. Après avoir mis la table pendant la dernière année, Blaine Higgs pourrait nous montrer de quel bois il se chauffe.

Des compressions importantes et des réformes majeures pourraient marquer les prochains mois, notamment en santé.

Par ailleurs, impossible de ne pas remarquer que Blaine Higgs agit depuis un an comme s’il était en campagne électorale contre les libéraux fédéraux.

Il a rencontré à de nombreuses reprises les premiers ministres conservateurs de droite Jason Kenney (Alberta), Doug Ford (Ontario) et Scott Moe (Saskatchewan). Il a multiplié les attaques à l’endroit du premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Blaine Higgs a démontré plus d’intérêt à aider l’Alberta à construire des oléoducs qu’à bâtir des ponts avec la communauté acadienne.

Il a consacré plus de capital politique à combattre la taxe fédérale sur le carbone et à critiquer le Québec qu’il en a dépensé à promouvoir les régions rurales francophones, en particulier celles du nord de la province.

Il s’agit là de notre plus grande déception.

Alors qu’il entreprend la deuxième année de son mandat, nous espérons voir Blaine Higgs porter moins d’attention aux conservateurs de l’Ouest canadien.

Il devra plutôt démontrer qu’il peut aussi être le champion de toutes les régions du Nouveau-Brunswick.