Quand la haine mène le monde

De nombreux Néo-Brunswickois – travailleurs, bénévoles, élèves – viennent de profiter d’une fin de semaine de trois jours. Un congé à passer en famille, mais aussi un moment de recueillement. Plus d’un siècle après la signature de l’Armistice qui a mis fin à la Première Guerre mondiale, le jour du Souvenir est toujours aussi pertinent. Et important.

Le jour du Souvenir portait auparavant le nom de jour de l’Armistice, afin de commémorer la fin de la Première Guerre mondiale. Le traité de paix a pris effet à la 11e heure du 11e jour du 11e mois. C’est pourquoi encore aujourd’hui, nous prenons un moment de silence à ce moment exact afin de souligner le sacrifice des soldats tombés au combat.

Ce conflit a été surnommé à l’époque La Grande Guerre. Il a été décrit comme étant «la guerre qui mettra fin à toutes les guerres», c’est-à-dire une sorte d’affrontement final entre les démocraties et les empires et qui allait déboucher sur une paix durable.
Il n’en était rien. À peine 27 ans après la fin des hostilités, un second conflit a éclaté, encore plus terrible et plus meurtrier que tous les précédents réunis.

Ça ne sera pas le dernier. Entre l’invasion américaine du Vietnam (1955-1975) et la guerre civile en Syrie (2011 à aujourd’hui), des milliers de soldats et de citoyens ont souffert des affres de la guerre.

Nous n’apprenons jamais. Et nous n’apprendrons peut-être jamais.

Comme à chaque année, l’Acadie Nouvelle a souligné le jour du Souvenir en présentant une section spéciale de plusieurs pages (publiée samedi). Nos journalistes ont rencontré d’anciens combattants qui ont vu l’horreur de leurs propres yeux.

Des gens comme Réginald Basque, âgé de 95 ans, qui a participé au Débarquement de Normandie de même qu’à plusieurs autres batailles importantes, jusqu’au coeur de l’Allemagne. Il a témoigné dans nos pages comment il a affronté, avec de la boue jusqu’aux genoux, des troupes allemandes composées de SS, de Jeunesses hitlériennes et autres jeunes fanatiques.

Ou encore Alexandre Mallet, âgé de 98 ans, envoyé en Europe à titre de soutien aux forces armées. «L’artillerie était derrière nous. Les Allemands tiraient vers nous. Ç’a commencé le soir et ç’a continué jusqu’au matin. C’était l’enfer…»

Des témoignages directs comme ceux-là sont de plus en rares et difficiles à recueillir. Il n’y a déjà plus de vétérans de la Première Guerre mondiale. Et ceux qui ont suivi ne rajeunissent pas.

Les écoles du Nouveau-Brunswick font aussi leur part afin de s’assurer que les prochaines générations soient conscientes de ce que signifie le jour du Souvenir. Les plus jeunes le voient comme une sorte de fête des coquelicots. Les élèves un peu plus vieux ont appris qu’il s’agit d’une référence aux guerres mondiales, des conflits qui auraient pu avoir lieu au Moyen-Âge tant tout cela semble lointain à leurs yeux.

Heureusement, l’époque n’est plus la même. Un homme comme Donald Trump, qui voit la présidence américaine comme un outil au service de ses intérêts personnels et commerciaux, contribue à déstabiliser le monde qui nous entoure. Mais même lui n’est pas assez inconscient pour envahir le monde de la même façon que les nazis ont tenté de le faire, il y a déjà 80 ans.

Par contre, il y a quelque chose qui n’a pas changé. Des politiciens populistes utilisent encore la peur de l’autre afin d’atteindre leurs objectifs.

Des dictatures ont mis sur pied des ministères de la Propagande. Elles ont monté leurs populations contre de supposés ennemis: les juifs en Europe, les Arméniens au sein de l’Empire ottoman, etc.

Le Canada n’a pas fait mieux. Parlez-en aux descendants des Japonais-Canadiens qui se sont fait saisir leurs possessions et qui ont été emprisonnés dans des camps d’internement, au nom de la sécurité nationale, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, les gens se tournent plutôt vers les médias sociaux pour dénoncer l’immigration, promouvoir la construction d’un mur et propager des théories du complot. De nombreux politiciens se prêtent au jeu, à commencer par le président des États-Unis.

De tout temps, la méfiance des uns à l’égard des autres a été la source de tensions de même que, trop souvent, de conflits et de morts inutiles.

Le jour du Souvenir est le moment dans l’année de rendre hommage et de remercier ceux qui se sont battus pour la défense de la liberté, en particulier ceux qui ont fait le sacrifice ultime. Mais il est aussi un rappel de jusqu’où peut mener la haine quand nous la laissons grandir et mener nos actions.

Retenons plutôt ces mots de l’ancien chef du NPD Jack Layton, diffusé après sa mort en 2011 et toujours aussi appropriés: «Mes amis, l’amour est cent fois meilleur que la haine. L’espoir est meilleur que la peur. L’optimisme est meilleur que le désespoir. Alors, aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde.»