Kevin Vickers pas encore prêt à gouverner

Le chef du Parti libéral, Kevin Vickers, a de grandes ambitions pour le Nouveau-Brunswick. Mais ses objectifs sont-ils réalistes ou même souhaitables? Sera-t-il en mesure de les mener à terme s’il se retrouve un jour à la tête de notre province? Nous demandons à être convaincus.

L’équipe éditoriale de l’Acadie Nouvelle a rencontré Kevin Vickers la semaine dernière, au siège social du journal à Caraquet. Une belle occasion de connaître les intentions de celui qui souhaite devenir le prochain premier ministre du Nouveau-Brunswick.

Ce qui frappe en partant avec M. Vickers, c’est qu’il ne ressemble en rien à l’image d’un politicien traditionnel. Il n’a pas le charisme d’un Justin Trudeau ou d’un Bernard Lord. Il est plus dans la lignée de Blaine Higgs et de David Alward, qui ne sont pas des politiciens excitants. Cela ne les pas empêché de devenir premier ministre.

Parlant de Blaine Higgs, Kevin Vickers ne se gêne pas pour le critiquer. Il qualifie son règne d’échec, ne lui accordant qu’une note de 4 sur 10. Il le blâme en particulier pour le taux de chômage (le pire des Maritimes), l’économie qui tourne au ralenti, le nombre insuffisant d’infirmières praticiennes dans nos hôpitaux et l’état de notre industrie touristique.

Que fera Kevin Vickers pour relancer la province? C’est là que ça se gâte.

Le nouveau chef libéral semble baser toute sa vision économique sur ce qui s’est fait depuis 10 ans en Irlande, où il a été ambassadeur du Canada de 2015 à 2019.

L’Irlande est un paradis fiscal qui a attiré des géants comme Apple et Facebook en leur faisant payer peu ou pas d’impôts et en mettant sur pied des programmes de formation sur mesure pour ces entreprises.

Cibler des entreprises de l’extérieur et les attirer au Nouveau-Brunswick en réduisant leur facture fiscale et en mettant notre système d’éducation à leur service. Voilà le plan Vickers pour améliorer notre économie.

Quand on lui fait remarquer que contrairement à l’Irlande, le Nouveau-Brunswick n’est pas un pays indépendant et que nous lui demandons plus de détails, M. Vickers réplique qu’il n’a pas encore parlé de ses projets à son caucus et qu’il préfère attendre avant de s’exprimer publiquement sur le sujet.

C’est là une autre surprise. Kevin Vickers est chef du parti depuis six mois. Nous aurions cru qu’il aurait déjà consulté et informé ses députés du détail de ses priorités. Ce ne semble pas être le cas. Il soutient aussi ne toujours pas savoir s’il sera candidat dans Baie-de-Shediac-Dieppe dans l’éventualité où une élection complémentaire serait déclenchée.

L’autre grand projet du chef est de convaincre le gouvernement fédéral de transférer de Gatineau au Restigouche son Bureau de la traduction et ses 2500 employés.

Nous saluons la volonté de M. Vickers de rétablir avec le fédéral les ponts que Blaine Higgs a brûlés au cours de la dernière année.

Décentraliser des activités du gouvernement fédéral en Acadie n’est toutefois pas un plan, ni même une vision. C’est un souhait. Nous sommes sceptiques face à l’idée qu’Ottawa accepterait de transférer des milliers d’emplois du Québec vers le N.-B.

Par ailleurs, Kevin Vickers n’a pas développé une pensée en rapport avec les droits linguistiques. Tout comme Blaine Higgs, il se limite à dire que chaque Néo-Brunswickois a le droit d’apprendre une langue seconde.

Plus surprenant, il n’a pas lu le rapport que lui a légué son prédécesseur Brian Gallant.

Après sa démission en tant que chef du Parti libéral, M. Gallant a affirmé que son gouvernement n’a pas suffisamment parlé des bénéfices du bilinguisme officiel. Il a ensuite organisé une série de consultations à l’issue desquelles il a présenté 34 recommandations.

M. Vickers n’a même jamais entendu parler de ce rapport et ignore tout du mea-culpa de M. Gallant.

Il croit qu’en tant qu’anglophone bilingue de la Miramichi et en raison de son expérience policière lors de la crise autochtone de Burnt Church, en 1999-2000, il est la personne idéale pour unir les trois communautés linguistiques de la province. Mais il n’a fourni aucun détail sur la façon dont il y arriverait.

Tout cela nous pousse à émettre des doutes sur sa capacité à assumer le pouvoir au Nouveau-Brunswick à ce moment-ci.

Si des élections étaient déclenchées lundi, Kevin Vickers serait bien en peine de rassembler les électeurs derrière un programme cohérent. Cela explique sans doute pourquoi il ne souhaite pas voir le gouvernement Higgs tomber rapidement.

Cela peut changer. M. Vickers lui-même dit que les gens ont tendance à le sous-estimer. Nous faisons peut-être cette erreur.

Kevin Vickers a néanmoins encore beaucoup de travail à accomplir avant de prouver qu’il peut être une solution de rechange crédible au premier ministre Blaine Higgs.