Des décisions difficiles… mais lesquelles?

Si on se fie au discours du Trône qui a été lu mardi par la lieutenante-gouverneure Brenda Murphy, le gouvernement Higgs s’apprête à imposer une vague de compressions budgétaires. Mais comme à l’habitude avec cette administration, bien malins ceux qui peuvent dire exactement quels programmes seront touchés.

Le discours du Trône présente un portrait très sombre de notre province.

Les auteurs y affirment que notre province vit une «période critique». Ils mettent en valeur le fait que le Nouveau-Brunswick est très endetté, que sa population compte parmi les moins alphabétisées et les plus vieillissantes, que 25% de nos enfants vivent dans la pauvreté et que 34% des ménages ont un revenu si faible qu’ils ne paient pas d’impôts.

Le gouvernement Higgs ajoute que «le maintien du statu quo n’est plus une option». Il annonce deux fois plutôt qu’une, en introduction et en conclusion du discours, que des décisions difficiles s’imposent. Celles-ci sont censées nous permettre de préparer un avenir meilleur.

Comment? Ce n’est pas aussi clair que nous l’aurions voulu.

En fait, le discours du Trône ressemble énormément aux déclarations faites par Blaine Higgs pendant la dernière campagne électorale. Il nous explique qu’il faut accorder la priorité aux besoins plutôt qu’aux désirs. Il précise que les services publics doivent être évalués selon leur rendement. Il prévoit réaliser des gains d’efficience. Chaque dollar des contribuables devra donner des résultats, a déclaré le premier ministre aux journalistes.

Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement se fait avare de détails mais semble vouloir privilégier des compressions budgétaires.

Il nous promet d’examiner les programmes et les services «afin d’assurer qu’ils apportent des avantages évidents». Lors de la campagne électorale, Blaine Higgs semblait vouloir laisser ce rôle à la vérificatrice générale. Il semble que la mission de déterminer ce qui ne fonctionne pas reviendra plutôt aux ministres et aux hauts fonctionnaires.

Et qu’arrivera-t-il aux programmes qui ne satisfont pas les exigences non dévoilées du gouvernement? On ne nous le dit pas. De même, il laisse entendre que des changements majeurs seront apportés, mais sans préciser exactement lesquels.

Côté santé, le premier ministre nous promet des soins fiables, mais encore une fois sans entrer dans le détail.

À titre d’exemple, il s’engage à mettre sur pied une stratégie de ressources médicales. Celle-ci est rendue nécessaire à la suite de l’abolition du système de numéros de facturation des médecins, qui aura un impact négatif majeur sur le recrutement dans les hôpitaux des régions rurales.

Or, le discours du Trône ne donne aucun indice sur ce que pourrait contenir cette stratégie. Le même flou règne en ce qui a trait à la santé mentale, où on nous promet des mesures «à court ou à moyen terme pour que les gens sachent qu’ils ne sont pas seuls».

Le gouvernement se dit préoccupé par une pénurie de personnel et «une utilisation inefficace des ressources». Il affirme avoir un plan, qui semble par contre se limiter pour le moment à améliorer les services d’urgence à Fredericton, à Saint-Jean et à Moncton.

Il n’y a aucune mention des problèmes et des défis dans les hôpitaux en dehors de ces trois grands centres.

En éducation, le discours du Trône fait référence au projet du ministre Dominic Cardy d’abolir les classes de maternelle à 3e année, mais seulement pour indiquer que le gouvernement «continuera d’examiner la possibilité» d’aller de l’avant.

Il est aussi vague en ce qui a trait l’apprentissage des langues, où Fredericton nous apprend qu’il «envisage de nouvelles approches éducatives pour que plus d’enfants que jamais auparavant connaissent les deux langues officielles».

Ne soyons pas dupes. Le gouvernement Higgs sait exactement où il s’en va. Il a déjà une bonne idée des programmes qu’ils jugent trop dispendieux, pas assez efficaces ou trop associés à l’ancien régime libéral.

Il a choisi d’attendre avant de dévoiler ses intentions.

C’est son droit. Les discours du Trône (pas seulement ceux des conservateurs) contien­nent traditionnellement beaucoup de grands énoncés d’intentions qui sont oubliés alors que l’encre est à peine séchée.

Chose certaine, le gouvernement n’entend pas imiter son prédécesseur libéral, qui avait privilégié une hausse de la TVH et le report du retour à l’équilibre budgétaire. Les décisions prises au cours de la dernière année ne sont qu’un avant-goût de ce qui attend les Néo-Brunswickois. Blaine Higgs l’a bien dit: «Ce n’est qu’un début».

Rien ne laisse croire qu’il bluffe.