Au détriment du N.-B.

Le premier ministre Justin Trudeau a mis sur pied un bon conseil des ministres qui permettra à son gouvernement de faire face aux grands défis qui l’attendent. Malheureusement, cela s’est fait au détriment du Nouveau-Brunswick.

Le nouveau cabinet compte plus de membres que le précédent. Les ministres ont été choisis au sein d’un caucus libéral plus petit. Malgré cela, on a trouvé une façon de réduire le nombre de ministres en provenance de l’Atlantique, et ce, même s’il y a plus de députés libéraux en Atlantique que dans tout l’Ouest canadien.

C’est décevant.

Un concours de circonstances explique en partie cette situation.

Le député de Beauséjour, Dominic LeBlanc, sort d’un combat contre le cancer. Il va mieux, mais il n’est pas prêt à accepter une charge de travail trop lourde sur ses épaules. Contrairement aux autres ministres, il a fait son entrée à la cérémonie d’assermentation par une porte secondaire, loin des médias. Il portait le type de masque d’hôpital que l’on donne aux personnes dont le système immunitaire est affaibli.

Justin Trudeau tenait toutefois à réserver une place à son vieil ami avec les décideurs. Il l’a donc nommé président du Conseil privé, un poste largement honorifique, mais qui lui permettra tout de même d’être au courant des dossiers et d’avoir son mot à dire.

Il s’agit néanmoins d’un ministère sans portefeuille. Si le poste est doté d’un certain prestige sur la scène nationale, cela risque toutefois de le tenir loin des enjeux néo-brunswickois. Ceux-ci ne rebondissent en effet pas très souvent au Conseil privé (le «ministère» du premier ministre).

Bizarrement, ce n’est pas la première fois que cela survient. Dans le précédent mandat, Dominic LeBlanc a été nommé leader du gouvernement et ministre des Affaires intergouvernementales. Il s’agit de deux rôles cruciaux, qui dénotent la confiance du premier ministre à l’égard du député acadien de Beauséjour, mais qui ont fort peu d’impact au Nouveau-Brunswick.

La nomination de M. LeBlanc au Conseil privé s’inscrit dans cette lignée.

Dans ces circonstances, nous nous serions attendus à voir Justin Trudeau nommer un deuxième ministre néo-brunswickois. Il ne l’a pas fait.

La rétrogradation de Ginette Petitpas Taylor, qui avait bien fait à titre de ministre de la Santé, est stupéfiante. On peut compter sur les doigts d’une seule main le nombre de ministres qui ont été éjectés du cabinet depuis le retour des libéraux au pouvoir, en 2015.

Il n’est pas impossible que ce soit un pied de nez au premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs. En effet, pourquoi se donner la peine de nommer un deuxième ministre dans une province où le gouvernement provincial refuse obstinément de travailler avec le fédéral?

Autre mauvaise nouvelle: Justin Trudeau a rejeté les pressions qui l’enjoignaient à redonner la responsabilité de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique à un député de l’Atlantique.

Elle était sous la coupe d’un ministre de la région de Toronto (Navdeep Bains). Elle est maintenant entre les mains d’une ministre de Montréal. Au moins, Mélanie Joly a le mérite de bien connaître les régions, qu’elle a souvent visitées lorsqu’elle était ministre du Patrimoine canadien.

Parlant de Mme Joly, il est de bon augure de la retrouver aux Langues officielles. Elle connaît bien les communautés francophones et acadienne du Canada de même que les enjeux. De plus, elle n’a pas hésité à élever la voix pour défendre nos intérêts, notamment lorsque Doug Ford a mis la hache dans le projet de l’Université de l’Ontario français.

Le gouvernement Trudeau prépare la révision de la Loi sur les langues officielles du Canada. En misant sur la stabilité avec Mme Joly, M. Trudeau envoie un bon message. Il ne faudra pas recommencer le travail à zéro.

Reste à voir maintenant si Mélanie Joly livrera la marchandise. Depuis quatre ans, elle a été beaucoup à l’écoute, mais il y a eu peu d’action. Il est temps que ça bouge.

Par ailleurs, notons la promotion de Bernadette Jordan, de la Nouvelle-Écosse, qui est passée au ministère des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne. Les crabiers, en particulier, apprécieront avoir dans le dossier des baleines noires une interlocutrice qui connaît bien leur réalité plutôt qu’un ministre basé au Nunavut ou en Colombie-Britannique, comme cela a été le cas en 2015-2016 et en 2018-2019.

À court terme, nos yeux se tourneront d’abord vers la nouvelle ministre de la Santé, Patrica Hajdu.

Le gouvernement Trudeau et le NPD sont déterminés à forcer le gouvernement du

N.-B. à rembourser le coût des interruptions de grossesse pratiquées en clinique privée. Ce dernier n’entend pas bouger d’un iota. Une dispute qui pourrait dégénérer et coûter des centaines de milliers de dollars en transferts fédéraux à notre province.