Un choix judicieux

Le premier ministre Blaine Higgs a beaucoup trop tardé avant d’enfin nommer une nouvelle commissaire aux langues officielles. Mais au moins, il n’a pas raté son coup. Shirley C. MacLean a bonne réputation et devrait effectuer du bon boulot.

Sa prédécesseure, Katherine d’Entremont, a annoncé sa retraite en 2018. Michel Carrier, qui a lui-même été commissaire de 2008 à 2013, l’a remplacé sur une base intérimaire.

L’intérim de M. Carrier a duré une quinzaine de mois, alors que la Loi sur les langues officielles du N.-B. précise clairement qu’il aurait dû être limité à un an. Pire, le processus a été annulé, puis reparti à zéro à la suite des élections provinciales de 2018.

Cette situation nous a fait craindre le pire. Le gouvernement cherchait-il un candidat moins susceptible de brasser la cage? Allait-il nommer quelqu’un lié au Parti progressiste-conservateur? Tentait-il d’affaiblir le commissariat?

Ces inquiétudes n’étaient pas surfaites. Au fédéral, le premier ministre Justin Trudeau a d’abord nommé une ancienne ministre libérale, Madeleine Meilleur, à ce poste censé être apolitique. Face au barrage de critiques,

Mme Meilleur a dû retirer sa candidature.

On ne peut rien dire de tel à propos du choix du gouvernement Higgs. La candidature a d’ailleurs été approuvée aussi par les libéraux et les verts. Seule la People’s Alliance, qui rêve de l’abolition du commissariat, s’est opposée avec mesquinerie à la nomination, à la surprise d’à peu près personne.

Qui est Shirley C. MacLean? Elle est avocate depuis 1991. Elle occupait le poste de directrice adjointe et de registraire des plaintes du Barreau du Nouveau-Brunswick. Elle gérait donc les plaintes en provenance d’autres avocats, un poste pas commode qui l’a bien outillée face aux responsabilités qui seront bientôt les siennes.

Les personnes qui la connaissent ou qui sont au courant de ses accomplissements professionnels ont bien accueilli la nouvelle. «Un bon choix. Je crois que c’est une bonne nomination», a indiqué l’avocat Michel Doucet, spécialiste en droits linguistiques. «Elle semble détenir les compétences pour exercer avec brio ce poste crucial», a tranché la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick. «J’ai énormément de respect pour cette femme», a indiqué à Radio-Canada l’avocat Christian Michaud, qui la connaît depuis 25 ans. «Parfaitement bilingue et francophile», ont confié plusieurs personnes à son sujet.

Bref, un choix qui n’a absolument rien de controversé. C’est exactement ce dont nous avions besoin. La pire chose aurait été de voir le gouvernement Higgs nommer un ancien député ou organisateur progressiste-conservateur, ou encore quelqu’un connu pour ses positions tièdes sur le bilinguisme officiel.

Notons que Mme MacLean est anglophone. Comme l’a dit le premier ministre Higgs, «ça ne devrait pas faire de différence qu’elle soit anglophone ou francophone». Mais tant mieux si cela lui facilite la tâche auprès de tous ceux qui doutent des bienfaits du bilinguisme officiel, tant au sein de la population que chez le gouvernement.

À quoi peut-on s’attendre de la nouvelle commissaire? Il est difficile de répondre à cette question. Le rôle du commissariat en est un de chien de garde. Il n’a aucun pouvoir coercitif. Le gouvernement n’est pas obligé de mettre en oeuvre ses recommandations. Le plus récent rapport, présenté par Michel Carrier, au début octobre, a été rejeté dans son entièreté par le gouvernement Higgs dans les minutes qui ont suivi son dévoilement.

Cela ne signifie pas que le poste est inutile.

D’abord, la commissaire peut conseiller le gouvernement et le sensibiliser à l’impact de certaines de ses décisions sur les communautés linguistiques.

Quand le gouvernement Higgs s’est retrouvé dans un cul-de-sac, il y a un an, après avoir éliminé les exigences linguistiques chez Ambulance NB, il s’est notamment tourné vers le commissaire Carrier afin de trouver une solution.

Mme MacLean pourrait ainsi jouer un rôle crucial alors que le gouvernement doit procéder en 2020 à la révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Elle devra être vigilante afin d’assurer que la loi soit améliorée et bonifiée, et non pas diluée.

Le commissariat joue aussi aux empêcheurs de tourner en rond. Il offre une expertise indépendante. Il contredit, à l’aide de rapports étoffés, les décideurs qui affirment que nos droits linguistiques sont respectés.

Katherine d’Entremont jouait ce rôle à la perfection. Elle a fait grincer les dents de politiciens qui n’aimaient pas se faire dire leurs quatre vérités, tant chez les libéraux que chez les progressistes-conservateurs.

Shirley C. MacLean n’accepte pas un boulot facile. Elle sera souvent dénoncée, critiquée et sans doute même insultée.

Elle sait toutefois dans quoi elle s’embarque. Au Nouveau-Brunswick, ce n’est jamais facile d’être un porte-étendard du bilinguisme officiel. Nous avons confiance que la nouvelle commissaire sera à la hauteur de ses importantes responsabilités.