L’avertissement

La situation revient progressivement à la normale à l’Hôpital régional de Campbellton. Le pire de la crise est passé. Nous ne sommes toutefois pas sortis du bois.

Il y a exactement une semaine, le Réseau de santé Vitalité décrétait l’état d’urgence à l’Hôpital régional de Campbellton. Un geste sans précédent qui a provoqué l’abandon momentané des services de chirurgie, d’obstétrique ainsi que le détournement d’ambulances vers des hôpitaux voisins. Il y avait alors 42 patients sur une civière, faute de lits et de chambres pour les accueillir.

Seuls les cas les plus graves pouvaient d’abord être stabilisés à Campbellton. Les autres patients étaient plutôt dirigés à Bathurst ou à Maria, au Québec, selon les informations partagées par la direction de la régie de la santé.

La situation s’est depuis améliorée, si bien que des services ambulatoires (consultations externes) et de chirurgies d’un jour ont repris un peu plus tôt que prévu. Néanmoins, l’hôpital n’est pas au bout de ses peines.

D’abord, remarquons que cette situation est survenue alors que la saison hivernale commence à peine. D’ici peu, toutes les salles d’urgence de la province seront envahies par des gens qui souffrent de la grippe ou qui ont chuté sur la glace. Il s’agit traditionnellement d’une période de l’année où l’élastique est étiré à son maximum dans les hôpitaux.

La situation impose aussi une pression supplémentaire sur Ambulance NB, désormais appelée à transférer des patients sur de plus longues distances. Or, l’organisation est affaiblie par une pénurie de personnel et n’est pas en mesure d’ajouter des effectifs supplémentaires dans la région.

Heureusement, le volume d’appel est demeuré assez minime, selon Richard Losier, de Services de santé Médavie (l’entreprise qui gère Ambulance NB). Il n’hésite d’ailleurs pas à confier que le facteur chance a joué en faveur de son organisation et de la population.

Autre problème: l’hôpital de Campbellton compte 145 lits de soins aigus. Or, près de la moitié sont occupés par des personnes âgées en attente d’une place dans un foyer de soins.

Ajoutez à cela un manque de ressources, autant à l’hôpital que dans les foyers censés recevoir cette clientèle, et le fait que les vacances de Noël approchent, et vous réalisez à quel point la situation est complexe et ne se règlera pas complètement de sitôt.

Ce qui se produit à Campbellton est grave. Il s’agit d’un signal d’alarme. Mais cette crise ne doit surtout pas être vue comme un élément isolé. D’autres hôpitaux finiront par vivre exactement la même chose. Ce type de situations va survenir de plus en plus souvent, en particulier dans les plus petits établissements des régions rurales.

Des problèmes liés au manque de ressources surviennent désormais régulièrement. Juste en obstétrique, c’est la deuxième fois en un mois que l’hôpital de Campbellton annonce aux femmes enceintes du Restigouche qu’elles devront accoucher ailleurs.

D’autres hôpitaux ont éprouvé des problèmes similaires. Il y a un an, c’est l’hôpital de Bathurst qui fermait temporairement son département d’obstétrique. Qui sera le prochain?

À la longue, cela risque de devenir un problème majeur et récurrent.

Le gouvernement progressiste-conservateur semble avoir déjà fait son lit sur cette question. En réaction à la crise à Campbellton, il a annoncé songer à regrouper certains services. Il a donné l’exemple des laboratoires médicaux que l’on retrouve dans chaque hôpital. Il pourrait y en avoir un seul dans chaque régie, a-t-il confié.

Le ministre ira-t-il plus loin? Le jour viendra-t-il où toutes les chirurgies de la province seront effectuées dans les hôpitaux de Moncton, de Fredericton et de Saint-Jean? Où seulement quelques hôpitaux seront dotés d’une salle d’urgence? Où à peine une poignée d’entre eux pourront accueillir les femmes enceintes?

Souhaitons que non.

Personne n’aime perdre un service déjà offert dans son hôpital. Cela dit, c’est quand les soins aux patients sont directement touchés que la résistance est la plus grande.

En 2004, le gouvernement progressiste-conservateur a ordonné la fermeture de l’urgence et des lits de l’hôpital de Caraquet, provoquant une résistance monstre.

En 2017, le Réseau de santé Vitalité a annoncé qu’elle cesserait d’offrir des services d’oncologie à Saint-Quentin. Là aussi, la résistance a été grande, forçant le gouvernement libéral d’alors à intervenir.

Une chose est certaine: des décisions très controversées finiront par être prises et elles seront impopulaires. La pénurie d’employés s’aggrave dans les hôpitaux. Et l’écart entre les embauches et les départs continue de s’agrandir. «Il nous manque du personnel partout, dans tous les secteurs», a récemment indiqué la vice-présidente aux services cliniques de Vitalité, Johanne Roy.

Ce qui se produit à Campbellton est bien plus qu’une crise. C’est un avertissement. Les conséquences n’ont pas fini de se faire sentir.