Adolf Hitler au N.-B.

Une députée libérale de Moncton a présenté ses excuses, cette semaine, après avoir comparé le ministre Dominic Cardy à Adolf Hitler sur Facebook. C’est la deuxième fois depuis les élections qu’un élu dérape de cette façon. Quand apprendront-ils le poids des mots?

Le dictateur nazi a, par ses actions, provoqué la Seconde Guerre mondiale. Il est directement responsable de la mort de millions de personnes. Il est coupable des pires atrocités, notamment d’avoir orchestré le meurtre de millions de Juifs. Un monstre.

Personne au Nouveau-Brunswick ou au Canada ne peut être comparé avec Hitler lui-même ou avec ses complices.

Cela n’a pourtant pas empêché Cathy Rogers de dénoncer le ministre Cardy dans le débat sur la vaccination obligatoire en comparant son comportement à celui du leader de l’Allemagne nazie. «Ça sonne un peu comme Hitler (elle a écrit en anglais: Hitler-ish). Tuez tous ceux qui m’entourent. Je suis le seul à avoir raison.»

Évidemment, la députée Rogers ne croit pas que le ministre Cardy veut assassiner ses ennemis politiques. Elle a voulu imager ce qui est, à ses yeux, l’intransigeance du ministre. Elle a tout de même été trop loin. Elle l’a reconnu et ses excusé à la législature. «J’ai dépassé les bornes. Je regrette profondément ce commentaire».

Ses excuses ont été acceptées par le ministre. Néanmoins, il est fascinant d’essayer de comprendre comment Mme Rogers, qui est une femme intelligente, respectée, dotée d’un bon jugement et qui a été ministre des Finances dans le précédent gouvernement Gallant, a cru pertinent d’écrire de telles énormités dans les médias sociaux.

Le pire, c’est qu’elle n’est pas la première à s’être aventurée dans de telles eaux.

Il y a un an presque jour pour jour, Kevin Arseneau lisait un discours dans lequel il accusait le leader de la People’s Alliance, Kris Austin, d’utiliser l’expression «gros bon sens» pour camoufler son combat contre le bilinguisme officiel au Nouveau-Brunswick. M. Arseneau avait répété une citation attribuée au ministre de la Propagande Joseph Goebbels, qui a déclaré que les mots peuvent être modelés jusqu’à ce qu’ils recouvrent les idées et se déguisent.

C’était une déclaration moins extrême que celle de Cathy Rogers, mais tout de même inappropriée.

On notera aussi que dans les deux cas, il ne s’agit pas de déclarations impromptues faites au milieu d’un point de presse intense et qui ont été regrettées par l’interlocuteur aussitôt les paroles prononcées. Ces propos ont d’abord été écrits et (présumément) réfléchis. Cathy Rogers a écrit le message sur Facebook; Kevin Arseneau a d’abord rédigé son discours avant de le lire.

La députée Rogers regrette ses paroles. On ne la reprendra pas de sitôt. La leçon a été retenue. Alors, pourquoi revenir à nouveau sur ce sujet en éditorial?

Parce que pour une raison ou une autre, la fascination de certains politiciens avec Hitler ne s’estompe pas avec le temps. Mme Rogers n’est pas la première à tomber dans le piège et n’est probablement pas la dernière.

Lors des élections provinciales de 2018, la People’s Alliance a présenté dans ses rangs un candidat, Stewart Manuel, qui a comparé le Parti libéral du Nouveau-Brunswick aux nazis. Il a obtenu plus de 2000 votes dans Carleton.

La Anglophone Rights Association of New-Brunswick, qui a récemment fait parler d’elle en achetant une publicité antibilinguisme sur un autobus de Codiac Transpo, a permis la diffusion en 2015 sur sa page Facebook d’une photo truquée de la commissaire aux langues officielles de l’époque dans l’uniforme d’un soldat nazi.

Si on remonte plus loin dans le temps, le journaliste de la CBC Jacques Poitras a partagé de ses archives une vieille déclaration du conservateur Bernard Valcourt datant de la campagne électorale provinciale de 1995. Il avait critiqué une proposition du gouvernement libéral fédéral de restreindre l’accès aux armes, en disant que cela lui rappelait un plan d’Hitler de confisquer toutes les armes à feu détenues par de simples citoyens.

Comme on peut le constater, Cathy Rogers n’a rien inventé. Au Nouveau-Brunswick comme ailleurs en Amérique, certains ont tendance à voir des nazis un peu partout.

En faisant de telles déclarations, ces personnes se discréditent. Surtout, elles contribuent à banaliser ces terribles événements.

Les clivages sont de plus en plus importants en politique. La dernière campagne électorale s’est jouée dans la boue, avec de nombreuses attaques personnelles. La tentation est grande pour les politiciens de trouver des insultes toujours plus fortes pour déstabiliser leurs adversaires.

Cela n’excuse rien. Aux dernières nouvelles, le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a pas mis sur pied de camp de concentration ni de chambre à gaz. Il n’y a aucune bonne raison – aucune! – pour ramener Hitler dans le discours public.