Il faut plus qu’une coquille vide

Le Consulat général de France dans les provinces de l’Atlantique est sauvé. Le bureau ne fermera pas ses portes en 2022. Il s’agit à la fois d’une réussite et d’une surprise. Rien ne laissait croire que la France changerait d’idée.

Le vice-premier ministre du Nouveau-Brunswick, Robert Gauvin, a été l’un des premiers à se réjouir de la nouvelle. «Ça montre que si on travaille ensemble, on peut accomplir n’importe quoi!»

Il a raison. Si la décision a été infirmée, c’est parce que plusieurs personnes ont su bien jouer leurs cartes. Parmi celles-ci, M. Gauvin lui-même qui, en tant que ministre responsable de la Francophonie, a pris le dossier en main.

Le coup de maître de Robert Gauvin aura été de se tourner vers l’écrivaine Antonine Maillet, qu’il connaît bien pour avoir joué dans plusieurs de ses pièces en tournée et au Pays de la Sagouine. C’est lui qui lui a suggéré d’écrire une lettre ouverte au président français Emmanuel Macron.

La lettre a été publiée dans le journal Le Figaro, le plus ancien et l’un des plus prestigieux quotidiens français. Elle a été publiée sous le titre provocateur: «Français, n’abandonnez pas une deuxième fois l’Acadie: maintenez votre consulat!» La lettre a été remise personnellement à l’épouse du président, Brigitte Macron, par le conseiller consulaire François Lubrina.

Il n’y a pas de doute que cette lettre a eu plus d’impact auprès de l’opinion publique française et de l’Hexagone que n’importe quel document signé d’un politicien ou diplomate néo-brunswickois.

Un autre point tournant semble avoir été la visite à Moncton de l’ambassadrice de France au Canada, Kareen Rispal. Tant Robert Gauvin que le sénateur Percy Mockler ont compris que la visite de cette diplomate de haut rang en Acadie était une occasion unique et inespérée d’intensifier la pression.

Le sénateur a écrit une lettre ouverte au président de la République. Elle a été publiée dans l’Acadie Nouvelle le mardi 19 novembre, alors que l’ambassadrice Rispal était à Moncton. Ce n’est pas une coïncidence.

D’autres efforts du sénateur Mockler, mais aussi du vice-premier ministre ont eu lieu.

M. Gauvin a obtenu un tête-à-tête avec Mme Rispal, pendant lequel il a insisté sur l’importance de maintenir le bureau français à Moncton. Il avait aussi, quelques semaines auparavant, profité de sa participation à la Conférence ministérielle de la Francophonie, à Monaco, pour faire passer son message auprès des décideurs français.

Cela dit, sans vouloir enlever de crédit à qui que ce soit, la véritable raison de la volte-face française reste un mystère.

À sa sortie de son tête-à-tête avec Robert Gauvin, l’ambassadrice Rispal a déclaré que «la décision est prise». Elle a ajouté que la relation entre la France et l’Acadie demeure, malgré la fermeture de l’outil qu’est le consulat.

Elle a précisé que des décisions comme celle-là «sont prises au niveau du premier ministre et du président de la République».

Si c’est la vérité, comment alors expliquer la décision de ne pas fermer le consulat de Moncton? Ce ne sont certainement pas en raison des retombées économiques qui accompagnent sa présence ni l’importance pour l’État français de maintenir une tête de pont sur ce côté-ci de l’Atlantique, comme l’ont suggéré certains.

Une seule explication s’impose: la force des symboles.

La présence du consulat français à Moncton n’a jamais été liée à des raisons rationnelles. Le nombre de ressortissants français et la valeur des échanges économiques entre la France et l’Atlantique ne justifient pas la présence de ce bureau. C’est ce qui explique d’ailleurs qu’il soit menacé de fermeture tous les cinq ou dix ans.

La France maintient son consulat en raison de la force de ses liens historiques, symboliques, culturels et linguistiques avec l’Acadie.

Le gouvernement Higgs, malgré sa méfiance à l’égard de tout ce qui parle français (le Québec en particulier), a tout à gagner à miser sur ce lien privilégié.

Le Consulat général de France dans les provinces de l’Atlantique est devenu au cours des années une sorte de coquille vide. Il n’offre presque plus de services à ses ressortissants et semble s’être complètement désintéressé des aspirations et défis du peuple acadien.

Le maintien du consulat montre que la France s’intéresse encore à notre coin de pays et qu’elle ne souhaite pas couper les liens. Tant les gouvernements du Nouveau-Brunswick et du Canada que la Société Nationale de l’Acadie doivent trouver une façon de consolider ces liens.

Au-delà des symboles, le maintien ou la fermeture du consulat de Moncton ne change absolument rien à la vie des Acadiens et des Néo-Brunswickois.

La victoire de Robert Gauvin, de Percy Mockler, de la présidente de la SNA, Louise Imbeault, et de tous les autres ne signifiera pas grand-chose si elle n’est pas accompagnée d’efforts pour transformer l’attachement français en un engagement fort et surtout concret à notre endroit.