Des risques pour les régions défavorisées

Pour un jeune gouvernement, les rapports de la vérificatrice générale sont de l’or en barre. Ses recommandations touchent des décisions de l’administration précédente et permettent de justifier celles prises depuis le changement de régime.

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Higgs a mis fin au financement spécial des programmes de sciences infirmières, dont celui de l’Université de Moncton, et a annoncé vouloir cesser de subventionner le Centre naval du N.-B., à Bas-Caraquet.

Kim MacPherson lui donne des arguments pour justifier ses décisions.

En effet, en plus d’avoir enquêté sur le sort des enfants pris en charge par le gouvernement dans des foyers de groupe, la vérificatrice générale s’est intéressée à l’absence de résultats à la suite de investissements de 96 millions $ dans les programmes universitaires de science infirmière ainsi qu’aux investissements du gouvernement en matière de développement économique.

Elle ne se gêne pas pour montrer du doigt les subventions versées par le gouvernement dans sa quête de créations d’emplois. Elle vise en particulier deux grands projets dans la Péninsule acadienne: l’usine d’Oxford Frozen Foods construite à Bois-Gagnon ainsi que la création du chantier naval de Bas-Caraquet.

L’aide provinciale accordée dans ces deux dossiers frôle les 100 millions $, peut-on lire dans le rapport.

La vérificatrice explique que le gouvernement a pris des risques inconsidérés. Cela démontre à ses yeux que nos politiciens n’ont pas retenu toutes les leçons de l’affaire Atcon, une entreprise de Miramichi qui a fait faillite au début de la décennie malgré tous les efforts de la province pour la maintenir en vie. Les contribuables avaient perdu 70 millions $ dans cette affaire.

Kim MacPherson avait ensuite signé un rapport visant à éviter qu’un tel fiasco ne se reproduise. Malheureusement, plusieurs recommandations n’ont pas été mises en application.

Dans le cas d’Oxford, elle regrette que le cabinet n’ait pas eu accès aux états financiers vérifiés de l’entreprise avant de lui verser de l’argent. Elle dénonce aussi le fait que Fredericton n’a jamais reçu de confirmation indépendante de la valeur d’une garantie de sûreté versée par le propriétaire d’Oxford.

En ce qui a trait au chantier naval, elle rappelle que le N.-B. a pris seul l’ensemble des risques financiers de la construction de la cale sèche flottante par le groupe Océan et qu’il y a «une grande incertitude» quant à la valeur que les contribuables ont tirée de l’investissement dans le chantier naval.

Tout cela est véridique.

Rappelons toutefois que la vérificatrice générale est une comptable. Son rôle est d’analyser froidement, selon les normes les plus sévères, la façon dont le gouvernement dépense les deniers publics.

Or, les responsabilités d’un gouvernement sont beaucoup plus larges que celles d’une entreprise privée. Il ne peut se contenter d’avoir une vision comptable. Il a un rôle à jouer afin de permettre à toutes les régions d’avoir accès à des emplois et à la prospérité.

Ce sera toujours plus risqué pour un gouvernement d’investir dans un chantier à Bas-Caraquet que dans une usine de J.D. Irving. Cela sera toujours plus difficile – et plus coûteux – d’encourager une entreprise de l’extérieur à transformer des bleuets dans un district de services locaux de la Péninsule acadienne que d’en convaincre une autre d’ouvrir des bureaux à Moncton ou à Saint-Jean.

Cela ne signifie pas que le gouvernement peut se déresponsabiliser. Il doit prendre des risques. Sinon, personne ne le fera à sa place.

La région Chaleur a subi un dur coup le mois dernier, avec l’annonce de la fermeture de la fonderie Brunswick. Mais on oublie que cette fonderie n’aurait jamais vu le jour à Belledune au début des années 1960 si ce n’avait été de l’obstination du premier ministre libéral Louis J. Robichaud.

C’est lui qui, avec la création de la mine Brunswick, a tenu à ce qu’une fonderie accompagne le projet. La famille Irving, qui était alors mêlée financièrement au dossier, tenait à ce que la ladite fonderie soit plutôt construite… à Saint-Jean, croyant que ce serait moins risqué et plus rentable. Louis J. Robichaud avait tenu bon.

Cet exemple d’une grande réussite ne signifie pas pour autant qu’il faut ignorer le rapport MacPherson. Il n’y a pas de doute que le gouvernement doit faire mieux. Personne ne veut d’un autre Atcon.

Nous nous attendons à ce que le gouvernement provincial continue d’appuyer les régions défavorisées, bien que cela signifie qu’il y aura sur la route d’autres succès, mais aussi des échecs. Certaines régions ont et auront toujours plus besoin du gouvernement que d’autres. Il ne faut pas les abandonner.