Un discours pour survivre

Le principal objectif du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, est de permettre à son gouvernement de survivre. Le discours du Trône, prononcé jeudi, a été écrit avec cette intention et a permis d’accomplir l’objectif. Pour M. Trudeau, c’est mission accomplie.

Le suspense a pris fin rapidement, quand le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a annoncé que sa formation votera en faveur du discours du Trône. Cela donnera au gouvernement suffisamment de votes pour faire adopter son programme législatif.

Le discours lu par la gouverneure générale Julie Payette est truffé d’appels à la collaboration. Le gouvernement se dit réceptif aux idées de tous les parlementaires, indique qu’il y a de bonnes idées dans les programmes des partis de l’opposition et vante les mérites des gouvernements minoritaires passés.

Ce ne sont toutefois pas ces bons mots qui ont permis à l’administration Trudeau de remporter la mise. C’est plutôt avec certaines promesses très ciblées qu’il a séduit les bloquistes.

En annonçant des chèques aux producteurs laitiers (nombreux au Québec), en promettant des actions pour combattre les changements climatiques, en réitérant son engagement à interdire les armes d’assaut de type militaire et – surtout – en ne faisant aucune référence explicite au pétrole et à l’élargissement de l’oléoduc de Trans Mountain, le gouvernement Trudeau s’assure d’avoir le Bloc québécois de son côté, du moins le temps d’un vote.

Pour sa part, le NPD n’a pas été convaincu et a annoncé son intention de voter contre le discours du Trône.

C’est de bonne guerre.

Le NPD n’a pas le goût ni les moyens financiers de retourner si rapidement en élections. Son appui n’étant toutefois plus nécessaire pour maintenir les libéraux au pouvoir, il peut se permettre de faire la fine bouche.

Quant au discours du Trône en tant que tel, il contient surtout un ramassis des promesses électorales du Parti libéral, comme c’est souvent le cas tout de suite après des élections.

On y parle de santé, de réductions d’impôt pour tous, sauf les plus riches, d’assurance-médicaments et de réconciliation avec les peuples autochtones. Il y a un passage obligé sur la place du Canada dans le monde et des mesures économiques visant la classe moyenne et les familles (de l’aide pour acheter une première maison, pour des services de garde, pour réduire les frais de téléphonie cellulaire, etc).

Le discours ne prévoit rien de particulier pour le Nouveau-Brunswick, mais ce n’est pas une surprise.

Le premier ministre Blaine Higgs a fait campagne activement avec le conservateur Andrew Scheer et a passé la dernière année à chercher noise à Justin Trudeau. Aucun effort n’a été fait pour mettre sur pied ou financer des programmes propres à notre province.

Il est cependant décevant de constater que le discours de Julie Payette ne comprenait pas une seule ligne à propos des langues officielles.

Pourtant, pendant la campagne électorale, Justin Trudeau s’est positionné en tant que défenseur des droits des francophones minoritaires. Il a souvent rappelé ses efforts pour empêcher le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, de torpiller le projet d’Université de l’Ontario français et s’est présenté pendant les débats des chefs comme étant le défenseur des minorités, y compris les francophones. Le gouvernement Trudeau doit aussi réviser la Loi sur les langues officielles du Canada.

De même, le Bloc québécois s’est imposé dans les derniers mois comme un allié des francophones hors Québec et des Acadiens.

Dans ces circonstances, nous nous serions attendus à voir un signal lancé dans notre direction. Ce sera pour une prochaine fois.

Notons aussi que le discours du Trône ne contient rien à propos de la clinique d’interruption de grossesse de Fredericton, dont le sort est devenu un enjeu électoral à la toute fin de la campagne.

Le sujet avait été soulevé par le chef du NPD, Jagmeet Singh. Celui-ci n’ayant finalement pas appuyé le gouvernement, se peut-il que les libéraux ont décidé de baisser les armes? L’avenir nous le dira.

Le gouvernement Trudeau a toutefois du temps pour faire part de ses intentions. Son discours du Trône démontre avant tout qu’il sait comment naviguer en eaux minoritaires. Il a consulté les partis d’opposition et a su négocier les appuis dont il a besoin.

Le chef conservateur Andrew Scheer insiste sur son intention de faire tomber le premier ministre libéral aussitôt que possible. Il devra prendre son mal en patience et espérer que son propre parti lui laisse une autre chance de se mesurer à son adversaire.