Est-ce si grave?

Le premier ministre libéral s’est mis dans l’eau chaude, et encore une fois, c’est son manque de jugement qui est mis en cause. Quand Justin-la-gaffe finira-t-il par retenir les leçons de ses faux pas?

Le plus récent incident est survenu la semaine dernière, lors de la réunion des chefs d’État de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord). Une caméra de la CBC a surpris Justin Trudeau en train de discuter avec le premier ministre britannique Boris Johnston, le président français Emmanuel Macron, le premier ministre néerlandais Mark Rutte et la princesse Anne, de Grande-Bretagne.

Dans la vidéo compromettante, on peut y entendre M. Trudeau en train de se moquer du président des États-Unis, Donald Trump, qu’il ne nomme toutefois pas. Il ridiculise sa propension à transformer des séances de photos en conférences de presse impromptues et qui s’étirent. Il témoigne aussi de la surprise des aides de camp du président après que celui-ci ait annoncé tout bonnement, sans les avoir avisés préalablement, que le prochain sommet du G7 aura lieu à Camp David.

Ce n’est honnêtement rien de dramatique. Donald Trump lui-même dit chaque jour des énormités qui font passer les propos de Justin Trudeau pour ceux d’un enfant de chœur.

Notons aussi que le premier ministre canadien a joué de malchance. En raison de la distance et de l’angle de la caméra, seuls ses propos ont été captés. On peut supposer que ses interlocuteurs, que l’on peut voir en train de rire de bon coeur dans la vidéo, en ont ajouté une couche… et prient aujourd’hui pour qu’un enregistrement audio complet de leur conversation ne finisse pas par surgir quelque part.

Pour Justin Trudeau, le problème est tout autre.

Il vient à peine de sortir d’une campagne électorale où son manque de jugement a fait les manchettes et lui a coûté une majorité.

Il a dû se justifier après s’être mêlé de façon inappropriée du dossier de SNC-Lavalin. Il a été condamné par le commissaire à l’éthique du Canada pour avoir accepté des vacances payées aux frais de l’Aga Khan. Il a été raillé après un désastreux voyage en Inde pendant lequel il a multiplié les déguisements. Et il a dû s’excuser à profusion après la publication de photos et d’images le montrant comme étant un adepte du blackface.

Sa discussion avec les autres chefs de l’OTAN le montre à nouveau sous un mauvais jour, celui d’un premier ministre qui ne prend pas son rôle au sérieux et qui agit lors d’importantes rencontres internationales comme un adolescent dans une cour d’école.

Il y a toutefois une bonne nouvelle pour le chef libéral. Il est à la tête d’une nation où les électeurs ont le pardon facile.

Toutes ses erreurs passées, y compris sa propension au blackface, n’ont pas empêché la population de le reporter au pouvoir. Même chose au Nouveau-Brunswick. On attendait une grande percée des conservateurs. Les libéraux ont plutôt remporté la majorité des sièges et gagné la bataille du vote populaire.

La relation du Canada avec les États-Unis ne devrait pas non plus trop en souffrir. Elle a survécu à des crises bien plus graves par le passé.

La dispute la plus légendaire est probablement survenue en 1965, quand le premier ministre canadien Lester B. Pearson a livré un discours à Philadelphie pendant lequel il a invité le gouvernement américain à cesser de bombarder le Vietnam.

Le président Lyndon Johnson a immédiatement convoqué M. Pearson à Camp David où, selon des témoignages, il aurait empoigné le premier ministre canadien par le collet en lui disant: «Ne viens pas dans mon salon uriner sur mon tapis.»

En 2003, la décision de Jean Chrétien de ne pas participer à la guerre en Irak avait mis le président américain George W. Bush en furie.

Et bien sûr, cet été, Donald Trump lui-même a insulté Justin Trudeau en l’accusant d’être «faible» et «très malhonnête». Un proche du président avait ajouté qu’il existe un endroit spécial en enfer pour les hommes comme Trudeau.

Bref, des crises et des crisettes, il y en aura toujours. Ça n’empêchera pas le Canada et le Nouveau-Brunswick de poursuivre leur relation privilégiée avec les États-Unis.

Le véritable problème, c’est plutôt l’image que projette notre premier ministre.

Justin Trudeau a besoin de mettre fin à ce type de comportements. Il doit être plus sérieux que le plus sérieux des politiciens. Il a besoin de montrer une bonne fois pour toutes aux Canadiens qu’il peut gagner en maturité.

Ce qui s’est produit à la réunion de l’OTAN n’est pas grave. Mais ça ne doit plus se reproduire.