L’équilibre budgétaire au détriment des infrastructures

Le budget d’immobilisations 2020-2021 est dans la continuité de celui dévoilé l’année dernière. Le gouvernement Higgs poursuit sa quête pour améliorer la situation financière du Nouveau-Brunswick. Nos infrastructures sont les principales victimes de ce choix budgétaire.

Le budget de capital, comme l’appelle le gouvernement, représente les sommes d’argent qui seront dépensées au cours de l’année financière dans la construction et l’entretien des infrastructures. Tout ce qui touche l’asphalte, la brique et le béton entre dans cette catégorie. Cela n’inclut pas les dépenses courantes ni les salaires.

Le gouvernement provincial prévoit dépenser 599,2 millions $ en immobilisations au cours de l’exercice financier. C’est une diminution d’à peine 1,4 million $ par rapport à l’année précédente, le premier sous l’égide des progressistes-conservateurs.

Une bonne chose, n’est-ce pas? Pas vraiment.

Le budget des infrastructures de l’année dernière comprenait des compressions draconiennes par rapport à ce qui avait été planifié par les libéraux.

Les établissements scolaires avaient été particulièrement touchés. Le gouvernement avait dépensé 105,8 millions $ de moins que ce qui avait été budgété. Des travaux de modernisation d’écoles secondaires à mi-vie avaient été annulés ou reportés.

D’autres décisions controversées avaient été prises, notamment en santé. La mise en place d’une unité des soins maternels et néonataux avait été reportée.

C’est un triste jour quand un gouvernement sacrifie d’un coup de crayon des investissements importants pour des élèves, des mères et des bébés, avait écrit l’Acadie Nouvelle en éditorial, il y a un an.

Le budget de capital qui a été déposé cette semaine s’inscrit dans cette continuité.

Il s’agit d’un budget minceur. Le ministre des Finances, Ernie Steeves, ne s’en cache d’ailleurs pas, lui qui a répété le credo du gouvernement, soit qu’il faut établir un équilibre «entre nos besoins et ce qui est abordable».

Le gouvernement joue encore avec les vases communicants. Les écoles recevront 10,4 millions $ supplémentaires, mais l’entretien et l’amélioration des routes, des ponts et des bâtiments gouvernementaux se voient amputés de 10,9 millions $.

Quelque 123 millions $ sont prévus en santé (notamment l’équipement médical), mais seulement 16 millions $ serviront à démarrer de nouveaux projets.

Il y a néanmoins de bonnes nouvelles.

Les travaux d’élargissement de la route 11 reprendront, tout comme la construction du Centre d’excellence en santé mentale de Campbellton.

Des fonds ont aussi été débloqués pour le futur pont de Shippagan.

Les progressistes-conservateurs n’ont pas écarté l’idée de déclencher des élections au printemps. Il sont compris qu’ils ne peuvent laisser leur seul député acadien faire campagne sans un engagement à ce sujet.

Le budget prévoit donc 1 million $ pour préparer les plans de cette nouvelle structure. C’est de bon augure, mais ne nous réjouissons pas trop rapidement. Le gouvernement libéral avait fait une annonce semblable. Cela n’a pas empêché les progressistes-conservateurs de mettre le dossier sur la glace à leur arrivée au pouvoir.

Le signal qui a été envoyé mardi est positif. Mais attendons la première pelletée de terre avant de crier victoire.

Pour le reste, la faiblesse des investissements prévus laisse croire que Fredericton continuera de peu investir avec Ottawa dans les projets d’infrastructures (dans les municipalités, par exemple). S’il ne vous manque que le financement provincial pour construire un nouvel aréna ou pour améliorer votre système d’eau et égout, vous devrez peut-être prendre encore votre mal en patience.

Tout cela était prévisible. Le ministère des Finances avait annoncé l’année dernière que les dépenses en infrastructures resteraient stables sur une période de cinq ans.

Le plus récent sondage de Narrative Research, dont les résultats ont été dévoilés mardi, montre que le Parti progressiste-conservateur demeure la formation politique la plus populaire au Nouveau-Brunswick.

Le taux de satisfaction des Néo-Bruns­wickois à l’égard du gouvernement Higgs dépasse les 50%.

Dans ces circonstances, le premier ministre est tout à fait justifié de poursuivre dans cette voie d’austérité.

Rappelons toutefois qu’il y a toujours un prix à payer quand on n’investit pas suffisamment dans les infrastructures. Les routes mal entretenues et les écoles vieillissantes ne disparaîtront pas. Balayer les problèmes sous le tapis ne fait pas diminuer la facture à venir, bien au contraire.