Andrew Scheer sera vite oublié au N.-B.

Andrew Scheer jette l’éponge et démissionnera de son poste de chef du Parti conservateur du Canada. Une belle occasion pour la droite de se doter d’un nouveau leader en mesure d’offrir un programme qui séduira tous les Canadiens, y compris les Néo-Brunswickois, et non pas seulement ceux de l’Ouest.

Le Parti libéral et le Parti conservateur ont ceci en commun qu’ils sont des partis de pouvoir. Contrairement au Nouveau Parti démocratique et au Parti vert, leur chef survit rarement à une défaite électorale.

Il y a parfois des exceptions, dans certaines circonstances particulières.

Au Nouveau-Brunswick, Shawn Graham a perdu les élections provinciales de 2003, mais a quand même obtenu une deuxième chance en 2006.

Il faut dire que les libéraux partaient de très loin, eux qui n’avaient fait élire que dix députés en 1999. Personne ne prévoyait que Shawn Graham passe si proche de vaincre le gouvernement de Bernard Lord à peine quatre ans plus tard.

Cela ne s’applique toutefois pas à Andrew Scheer. Il n’a pas dépassé les attentes. Les conservateurs s’attendaient à gagner, pas à servir d’opposition devant un gouvernement libéral minoritaire.

Nous pouvons tergiverser à savoir si le chef est seul responsable de la défaite. Mais pour le meilleur ou pour le pire, les campagnes électorales de tous les partis sont désormais très centralisées. C’est le visage du chef qui apparaît sur l’autobus. C’est lui qui effectue toutes les annonces, les candidats étant réduits à faire campagne sur des enjeux locaux dans leur circonscription.

C’est sans oublier que M. Scheer faisait face à un Justin Trudeau qui était fragilisé par de nombreuses controverses: son rôle dans l’affaire de SNC-Lavalin, les blackface, la taxe sur le carbone, la colère de l’Ouest à son endroit et l’élection de plusieurs premiers ministres conservateurs, y compris Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick.

Malgré tout cela, Andrew Scheer n’a pas été capable de mener les siens à la victoire. Sa tentative risible de cacher ses convictions pro-vie, ses déclarations passées sur le mariage entre personnes de même sexe, la révélation en pleine campagne électorale de sa double citoyenneté américaine et son refus de proposer un plan environnemental sérieux ont tous contribué à sa chute.

Il est surprenant qu’il lui ait fallu deux mois avant de se rendre à l’évidence et de reconnaître que les couteaux lancés dans sa direction étaient trop nombreux pour qu’il puisse s’accrocher plus longuement à la tête de sa formation politique.

La dernière fuite a fait mal. Andrew Scheer a utilisé de l’argent du Fond conservateur pour payer à ses enfants l’accès à une école privée chrétienne. Cela, après qu’il se soit présenté pendant la dernière campagne comme étant le défenseur de la classe moyenne.

La démission d’Andrew Sheer a un impact au Nouveau-Brunswick. Elle démontre à quel point le premier ministre Blaine Higgs a erré en faisant campagne aussi ouvertement pour M. Scheer et contre M. Trudeau.

M. Higgs a multiplié depuis une année les attaques publiques contre le gouvernement Trudeau et les appuis à M. Scheer, donnant parfois l’impression qu’il était non pas le premier ministre du Nouveau-Brunswick, mais un militant du Parti conservateur du Canada.

Le Nouveau-Brunswick est une province pauvre. Elle a besoin de l’appui du fédéral. C’est le rôle du premier ministre de notre province de maintenir de bonnes relations avec Ottawa, peu importe la couleur du parti au pouvoir.

Cela dit, Andrew Scheer sera rapidement oublié dans notre province. Tout comme la majorité des chefs fédéraux, il ne s’est jamais vraiment intéressé au Nouveau-Brunswick.

Il ne s’est pas rendu souvent dans notre coin de pays. Les rencontres entre MM. Higgs et Scheer ont surtout porté sur la taxe fédérale sur le carbone, sur le défunt projet d’oléoduc Énergie Est et son impact sur la raffinerie Irving de Saint-Jean, de même que sur leur rêve commun d’un corridor énergétique national.

Il a gâché sa seule participation à un tintamarre acadien en se servant de notre fête nationale afin de faire de la petite politique partisane, cet été à Dieppe.

Les conservateurs peuvent nous offrir beaucoup mieux.

La démission d’Andrew Scheer ne servira à rien si les conservateurs misent sur un autre clone de Stephen Harper ou encore une fois sur un candidat qui tente de cacher qu’il est pro-vie, qui refuse de participer aux défilés de la fierté LGBTQ+ et qui privilégie l’industrie pétrolière à l’environnement.

Le (ou la) successeur devra aussi être bilingue. Il y a deux communautés de langues officielles, tant au Canada qu’au Nouveau-Brunswick. Quiconque aspire à former le gouvernement doit avoir le respect élémentaire d’apprendre notre langue.