Le meilleur aspirant… qui ne deviendra pas chef

De tous les noms qui ont circulé depuis l’annonce de la démission du chef Andrew Scheer la semaine dernière, celui de Bernard Lord est de loin le plus fascinant. Il est dommage qu’il ne soit pas intéressé… et qu’il ne soit pas le type de candidat recherché au sein du Parti conservateur du Canada.

Il est difficile de connaître les intentions de Bernard Lord. Ce n’est pas comme s’il avait organisé une conférence de presse ou multiplié les entrevues afin de nous partager sa réflexion. Nos tentatives d’interviewer l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick (1999-2006) se sont heurtées à un mur.

Nous avons dû nous tourner vers ceux qui ont été ou qui comptent parmi ses plus proches alliés. Daniel Allain, qui a été adjoint principal de M. Lord, nous a confié vendredi avoir parlé au principal intéressé. «Il le considère, il y songe.»

Le journal montréalais La Presse+, qui semble avoir ses entrées au sein du clan Lord, a été le premier vendredi à parler de la possibilité que l’ex-politicien se lance dans la course. Le lendemain, il révélait toutefois que la réflexion avait été de courte durée et que M. Lord ne sera pas candidat.

C’est aussi notre impression.

Soyons clairs. Nous souhaitons que Bernard Lord se lance dans la course à la direction, qu’il devienne chef du Parti conservateur du Canada et qu’il tente de devenir le prochain premier ministre du pays.

Ce serait une bénédiction pour ce parti politique et aussi pour le Nouveau-Brunswick, qui profiterait de sa présence à la tête du pays.

Bernard Lord coche toutes les bonnes cases. Il est bilingue. Il a l’expérience du pouvoir. Quatre premiers ministres provinciaux lui ont depuis succédé et aucun ne lui est arrivé à la cheville. Du point de vue des finances publiques, sa défaite de 2006 aux mains des libéraux de Shawn Graham n’est pas loin d’avoir été une catastrophe.

Il est fiscalement conservateur. Il croit à l’importance de gérer les deniers publics de façon responsable, d’équilibrer les livres et de réduire les impôts des contribuables. Il n’est toutefois pas un idéologue qui s’est amusé à privatiser ou à effectuer des compressions dans l’unique but de démontrer qu’il dirige un gouvernement de droite.

S’il s’est toujours dit «socialement progressiste», il ne l’est pas au point d’effrayer la base plus réfractaire du Parti conservateur. Il a amélioré la Loi sur les langues officielles du N.-B., mais seulement après avoir perdu une importante cause en Cour d’appel. Sous son règne, le Nouveau-Brunswick a été l’une des dernières provinces à reconnaître le mariage entre personnes de même sexe.

Il n’a toutefois rien à voir avec le conservatisme social d’Andrew Scheer. Il ne laisserait pas des questions comme l’avortement le peinturer dans un coin et lui coûter une élection.

Deux éléments nous laissent toutefois croire que Bernard Lord ne deviendra pas chef du Parti conservateur du Canada, ni l’année prochaine, ni jamais.

D’abord, il a toujours accordé une importance primordiale à sa qualité de vie ainsi qu’à sa vie familiale. C’est la principale raison pourquoi il a refusé par le passé de se laisser séduire par les chants des sirènes fédérales.

Au lieu de siéger au sein de conseils d’administration d’entreprises nationales ou d’être partenaire dans un grand cabinet d’avocats à Montréal ou à Toronto, il est plutôt devenu en 2016 chef de la direction de Medavie, à Moncton.

L’autre élément dont il faut tenir compte est le fait que le Parti conservateur du Canada a aujourd’hui peu de choses en commun avec le Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick qu’a dirigé Bernard Lord.

Le Parti conservateur fédéral a effectué un grand virage à droite depuis la fusion et les années Harper. Il est devenu beaucoup plus idéologue qu’il ne l’était sur des questions fiscales, sociales, environnementales et de sécurité (la loi et l’ordre, les armes à feu), pour ne nommer que celles-ci.

Cette course au leadership, Bernard Lord ne la remportera pas s’il devient candidat.

De nombreux militants, en particulier ceux de l’Ouest canadien, désirent un clone de Stephen Harper. Leur formation politique ne s’est pas effondrée lors du dernier scrutin. Elle est même passée assez près de supplanter les libéraux en nombre de sièges. Plusieurs ont la conviction qu’avec un meilleur chef qu’Andrew Scheer, ils auraient vaincu Justin Trudeau et que le moment n’est pas venu de tout chambouler en misant sur un chef qui mettrait à l’épreuve les dogmes du parti.

Les décideurs du parti fédéral ne cherchent pas un chef comme Bernard Lord, qui est francophone (quoique parfaitement bilingue), de l’est du pays, qui est progressiste et de centre-gauche. C’est pourtant ce dont ils on besoin. Peut-être la prochaine fois.