Tout a été tenté

La semaine de Noël est traditionnel-lement une période de joie et de réjouissances. À Belledune, toutefois, les célébrations sont assombries alors que la fonderie vit ses derniers moments. C’est une grande déception. Mais ce n’est pas un constat d’échec.

La fonderie aurait bien pu ne jamais exister.

Nous nous souvenons du premier ministre Louis J. Robichaud pour son programme Chances égales pour tous, pour la fondation de l’Université de Moncton et pour l’adoption de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Nous avons moins tendance à nous rappeler que son gouvernement était hyperactif en ce qui a trait au développement économique. Il a remué ciel et terre afin de sortir des régions entières de la pauvreté. Son interventionnisme a été ponctué de réussites et d’échecs.

La fonderie de Belledune est le fruit des efforts du premier ministre. Il refusait que l’ouverture d’une mine (la Noranda) devienne une fin en soi et souhaitait que le plomb qui y était extrait soit aussi transformé dans la région. Ainsi est né le projet complètement fou de construire une fonderie dans le nord du Nouveau-Brunswick, en 1966.

L’aventure a été une réussite au-delà de toutes les espérances. La fonderie a été en fonction pendant plus d’un demi-siècle. Au tournant des années 2000, elle avait à son emploi plus de 500 employés et une masse salariale qui dépassait les 40 millions $ annuellement, sans compter ses nombreux fournisseurs. Au moment de l’annonce de sa fermeture, le mois dernier, ils étaient encore quelque 420 à y travailler.

Sa fermeture est un coup terrible à l’économie de la région Chaleur. Aucune usine, aucun commerce, aucun centre d’appel ne remplacera les dizaines de millions de dollars en retombées qui disparaîtront en même temps que ce géant.

Le problème est que l’avenir de la fonderie a toujours été lié à celui de la mine Brunswick. Or, une mine n’est jamais éternelle. Le premier jour où l’on commence à extraire le minerai est par définition le début de la fin.

Contrairement à d’autres employeurs qui ont fermé leurs portes en sauvage (la Smurfit-Stone de Bathurst nous vient immédiatement à l’esprit), Noranda a agi de façon exemplaire. Elle a investi dans ses infrastructures afin de repousser l’inévitable. La mine aurait très bien pu fermer en 2008 et, avec elle, la fonderie.

Elle a plutôt survécu jusqu’en 2013, la fonderie un peu plus longtemps.

En 1999, un investissement de 7,7 millions $ allait permettre de raffiner l’argent. Un an plus tard, Noranda ajoutait 5 millions $ (sans aide gouvernementale) dans la modernisation du four principal de l’usine, lequel convertit les matériaux solides en métal en fusion. L’objectif? Pouvoir transformer d’autres minerais, et non pas seulement ceux de la mine, ainsi que rendre des systèmes connexes plus performants.

«Si nous voulons un jour que la fonderie ait au moins une chance de survivre au-delà de la fermeture de la Mine Brunswick, il faut absolument qu’on ait les capacités d’accepter d’autres concentrés. Sans ces investissements, tous les emplois sont à risque à long terme, après la fermeture de la mine», avait déclaré en février 2000 le directeur général de l’époque, Daniel Picard.

Tous ces efforts n’ont malheureusement pas mené au miracle espéré.

Les derniers mois ont été acrimonieux. Le syndicat a accusé Glencore (le propriétaire actuel) de privilégier les profits à la sécurité des travailleurs. L’employeur a laissé entendre que les syndiqués ne tenaient pas compte de la situation financière de l’entreprise.

Ce sont finalement des facteurs extérieurs qui sont venus à bout du vieux rêve de Louis J. Robichaud: une chute dramatique des prix et la construction de nouvelles fonderies plus modernes à travers le monde ont fini par rendre l’usine de la région Chaleur déficitaire. Glencore affirme avoir perdu près de 100 millions $ en trois ans à Belledune, avec peu ou pas d’espoir de retrouver à long terme le chemin de la rentabilité.

Il y a toutefois une bonne nouvelle dans cette histoire. La région Chaleur est aujourd’hui dans un bien meilleur état qu’en 1966. Elle est même en meilleure position qu’en 2005, quand la fermeture-surprise de la Smurfit-Stone a été interprétée comme une véritable catastrophe.

L’histoire de la fonderie de Belledune se termine en queue de poisson, avec ses employés qui parcourent les salons de l’emploi à la recherche d’un nouveau travail. Cela ne doit toutefois pas nous faire oublier qu’il s’agit avant tout d’une histoire à succès et que tout a été tenté afin de lui donner un avenir.

Des réussites comme celle-ci, il en faudrait des dizaines d’autres au Nouveau-Brunswick.