Le plus influent

De tous les textes et palmarès de fin d’année publiés chaque année dans l’Acadie Nouvelle, aucun ne soulève plus de réactions que notre classement des Néo-Brunswickois les plus influents, lequel a couronné cette année le chef de la direction de Medavie et ancien premier ministre Bernard Lord.

Cela vient en partie du caractère suggestif de l’exercice. Qu’est-ce que l’influence? Et comment la mesurer? C’est moins évident que cela en l’air. Les membres du comité éditorial de l’Acadie Nouvelle ont eu de bonnes discussions avant de déterminer le classement qui a été publié dans notre édition du 27 décembre.

Étrangement, le choix du Néo-Bruns­wickois francophone le plus influent n’est généralement pas contesté.

Le débat est ailleurs. Pourquoi telle personne ne se retrouve-t-elle pas dans le top 10? Pourquoi telle autre a-t-elle été ignorée? D’autres estiment que les critères de sélection devraient être modifiés afin d’inclure plus de femmes ou un plus grand nombre de simples citoyens de la société civile.

Notre liste a pour objectif de déterminer qui détient le pouvoir (parmi les francophones) au N.-B., qui prend les décisions qui affectent le plus grand nombre de citoyens et qui a l’oreille des décideurs.

C’est une constante depuis notre premier palmarès en 2011, les femmes sont sous-représentées dans les postes d’influence. Nous en comptons onze cette année – presque la moitié de notre classement – mais aucune dans le top 10 et seulement deux dans le top 15. La chute a été abrupte pour Ginette Petitpas Taylor, qui était au 3e rang l’année dernière, en tant que ministre de la Santé du Canada, mais qui a depuis été rétrogradée à la suite des élections fédérales.

À l’inverse, des personnes plus ou moins inconnues de la population comme Louis Léger, Paul D’Astous et Jean-Marc Dupuis occupent trois des six premières positions.

Ce sont des gens que l’on ne voit à peu près jamais dans les médias, mais qui jouissent dans l’ombre de beaucoup plus d’influence au sein du gouvernement Higgs que n’importe quel député d’arrière-ban et même que la plupart des ministres.

Sur ce plan, l’absence de députés progressistes-conservateurs acadiens continue de se faire sentir. Nous sommes loin de 2003, quand Jeannot Volpé (Finances), Madeleine Dubé (Éducation), Elvy Robichaud (Santé) et bien sûr Bernard Lord (premier ministre) jouaient tous un rôle crucial au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Nous avons nommé l’année dernière le vice-premier ministre Robert Gauvin comme la personnalité acadienne la plus influente. L’avenir du gouvernement Higgs reposait alors entre ses mains, pendant qu’avait lieu une tentative de retirer aux francophones des droits linguistiques en matière de santé.

Un an plus tard, la tempête s’est calmée. M. Gauvin joue toujours un rôle important. Dans les derniers mois, nous l’avons vu contribuer à la sauvegarde du Consulat général de France en Atlantique, à Moncton, et obtenir des fonds en prévision de la construction d’un pont dans sa circonscription.

Le comité éditorial a toutefois estimé que le francophone le plus influent au Nouveau-Brunswick est aujourd’hui Bernard Lord.

La crise linguistique, au début de l’année, a démontré à quel point il pèse lourd dans la balance. Alors que Blaine Higgs continuait de soutenir que des ambulances étaient immobilisées dans des garages en raison d’exigences linguistiques, M. Lord et son équipe n’ont jamais hésité à contredire le premier ministre, à mettre de l’avant les faits et à réitérer leur engagement à servir tous les patients néo-brunswickois dans les deux langues, peu importe les pressions politiques.

Il a ensuite contribué à négocier un compromis qui a mis fin à la crise.

C’est sans oublier qu’à titre de chef de la direction de Medavie, Bernard Lord dirige une société qui prend de plus en plus de place dans notre système de santé. Ambulance NB, Télé-soins, le Programme extra-mural et les milliers de patients qui utilisent ces services chaque année tombent tous sous la responsabilité de Medavie et de son chef.

Les événements des dernières semaines ont aussi démontré que M. Lord a ses entrées au sein du Parti conservateur du Canada.

Nous avons établi notre top 30 de l’influence (avec Bernard Lord au sommet) au début décembre, avant que le chef fédéral Andrew Scheer ne jette l’éponge. Dans les jours qui ont suivi l’annonce de sa démission, un vent s’est levé d’un océan à l’autre afin de convaincre M. Lord de participer à la course à la direction. Des organisateurs aguerris de tous les coins du pays voyaient en lui une sorte de Brian Mulroney capable de réunir les nationalistes du Québec, les conservateurs de l’Ouest et ceux de l’Ontario.

Bernard Lord ne s’est finalement pas lancé. N’empêche, cette histoire a été un rappel des réseaux dont dispose l’ancien premier ministre. N’en doutez pas, quand M. Lord décroche le téléphone, on lui répond et on l’écoute.