Protéger nos élèves

La nouvelle est tombée tout juste avant le jour de l’An, ce qui explique qu’elle n’a pas résonné autant qu’elle aurait dû. Cela ne signifie pas qu’elle n’est pas importante. Au contraire, elle aura un impact positif sur la sécurité de milliers d’enfants partout au Nouveau-Brunswick.

Le gouvernement provincial a déposé un projet de loi qui doublera les pénalités imposées aux automobilistes qui dépassent les autobus d’écoliers avec leurs clignotants allumés. L’amende minimale passera de 240$ à 480$. Le nombre de points d’inaptitude perdus dans de telles circonstances grimpera de 3 à 6.

Ce qui est particulièrement impressionnant dans ce dossier, c’est que Fredericton ne réagit pas à une crise ou à une tragédie. Il agit plutôt en amont.

En effet, les accidents impliquant les autobus scolaires ne sont pas légion au Nouveau-Brunswick, bien qu’il en survient toujours quelques-uns chaque année.

Quand on y pense, c’est un véritable miracle. Environ 80 000 écoliers embarquent chaque jour dans quelque 1240 autobus pour se diriger en classe. Ils roulent le matin, lors de l’heure de pointe, alors que les routes sont souvent mal déneigées et que des milliers d’automobilistes se rendent au boulot. Certains sont en retard, d’autres sont à moitié endormis ou ont la tête ailleurs.

C’est sans compter que les autobus sont remplis de jeunes qui ne sont pas toujours calmes. Les distractions sont nombreuses.

Le fait que si peu d’accidents surviennent est la preuve du travail exceptionnel des conducteurs et conductrices de ces gros véhicules jaunes.

Il y a parfois des incidents. Ceux-ci sont faciles à recenser puisqu’ils font presque toujours les manchettes des médias, étant donné que cela touche des enfants.

En février 2018, trois véhicules, dont un autobus, ont été impliqués dans un accident à Edmundston. Une fausse manoeuvre d’un automobiliste a provoqué la collision. L’impact a été «de très faible intensité» et tout le monde a eu plus de peur que de mal. Il y a un peu plus d’un an, un VUS a embouti un autobus dans une intersection achalandée de Moncton. L’accident a été qualifié de «très mineur» et n’a fait aucun blessé.

Par contre, une femme a été blessée gravement en septembre 2018 après avoir frappé l’arrière d’un autobus à Grand-Barachois, alors que celui-ci était immobilisé afin de permettre à deux élèves de monter à bord. Aucun enfant n’a été blessé. En 2019, c’est un homme sous l’effet de la drogue qui a été impliqué dans un accident. Personne n’a subi de blessure, mais la voiture a été gravement endommagée.

En novembre 2018, une conductrice a heurté un écolier âgé de 5 ans qui s’apprêtait à prendre l’autobus. Elle a écopé d’une amende de 292,50$.

Les accidents mortels sont rarissimes, mais peuvent survenir. En avril 2004, Rémi Cormier, âgé de 5 ans, a été happé par son autobus. Le chauffeur remplaçant ne l’avait pas vu. La nouvelle avait traumatisé plus d’un parent à l’époque.

Il y a toutefois une chose qui n’est pas rare: des automobilistes qui ne font pas leur arrêt obligatoire, même si les clignotants de l’autobus sont allumés. Certains ne connaissent pas le règlement. D’autres font le choix de l’ignorer. Plusieurs sont distraits, souvent parce qu’ils sont en train d’utiliser leur téléphone cellulaire intelligent.

L’Acadie Nouvelle s’était intéressée à la problématique l’année dernière. Un conducteur a témoigné dans nos pages du défi de déposer les enfants sur le bord de routes achalandées alors que chaque jour, des conducteurs distraits par la circulation, leur téléphone, pressés ou aveuglés par le soleil circulent sur les routes.

Bref, il faut une attention de tous les instants et des yeux tout le tour de la tête pour que nos enfants arrivent à destination en toute sécurité. Des drames surviennent rarement, presque jamais. Mais ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés.

La décision du ministre de la Sécurité publique, Carl Urquhart, de prendre le taureau par les cornes est la bonne. En s’attaquant au portefeuille des automobilistes délinquants, il en convaincra quelques-uns d’être plus prudents au moment de partager la route.

Ce n’est pas la première fois que le ministre Urquhart agit pour rendre les routes plus sûres. En novembre, il avait annoncé son intention d’offrir aux chauffeurs de remorqueuses les mêmes protections que celles offertes aux premiers répondants lorsqu’ils travaillent sur le bord de la route. Là aussi, il avait doublé les amendes et points d’inaptitudes à l’endroit des automobilistes qui omettent de suivre les règles, par exemple de ralentir ou de changer de voie. Le Nouveau-Brunswick est la dernière province à avoir mis en place cette disposition.

Il n’y a aucune raison d’attendre une hécatombe sur nos routes avant d’agir. Comme dans bien des domaines, il vaut mieux prévenir que de réagir aux problèmes.