Enfin, le N.-B. se tourne vers le Québec!

Hydro-Québec pourra écouler une partie de ses surplus énergétiques au Nouveau-Brunswick, grâce à une entente d’approvisionnement de 20 ans signée avec Énergie NB. C’est un revirement de situation majeur. Et ce n’est peut-être que le début.

Hydro-Québec effectuera des travaux de conception et assurera la supervision technique d’une partie du mégachantier. L’expertise de ce géant de l’hydroélectricité aidera grandement le Nouveau-Brunswick.

Le coût de la réfection de Mactaquac est estimé à environ 3 milliards $. C’est la première fois qu’Énergie NB se lance dans un tel projet. Si les risques de dérapage financier sont moins grands que lors de la remise à neuf de la centrale nucléaire de Pointe Lepreau, ils sont néanmoins bien réels.

La société de la Couronne néo-brunswickoise fait preuve de sagesse en s’adjoignant l’aide de son puissant voisin québécois.

Ce n’est toutefois pas la nouvelle la plus importante du jour.

D’ici 2040, le Nouveau-Brunswick achètera 47 térawattheures (TWh) d’énergie au Québec, soit une moyenne de plus de 2TWh par année. À titre explicatif, un térawattheure peut alimenter 50 000 maisons.

Pendant cette période, le Nouveau-Brunswick achètera environ 15% de son électricité par année d’Hydro-Québec. Il s’agit d’électricité de remplacement pendant qu’auront lieu les travaux au barrage de Mactaquac. Énergie NB économisera ainsi des millions de dollars.

Mieux encore, les deux parties entreprennent des discussions en vue de construire de nouvelles interconnexions de transports d’électricité. Cela pourrait permettre à Hydro-Québec de vendre encore plus d’énergie à notre province et d’en exporter dans les autres provinces maritimes et en Nouvelle-Angleterre.

Il s’agit d’un changement de cap majeur de la part du gouvernement progressiste-conservateur, qui a jusqu’à maintenant éprouvé beaucoup de méfiance à l’égard du Québec.

Le premier ministre Blaine Higgs en veut surtout au premier ministre québécois François Legault pour son opposition au projet d’Énergie Est, un oléoduc qui doit permettre de transporter le pétrole albertain jusqu’à la raffinerie de Saint-Jean, en passant par le Québec.

Énergie Est est aujourd’hui mort et enterré. Cela n’a pas empêché M. Higgs d’en faire une pomme de discorde, autant avec Québec qu’avec Ottawa.

Lors de son discours sur l’état de la province, il y a un an, Blaine Higgs avait été encore plus loin.

Il avait décrété que la Belle province doit laisser passer le pétrole de l’Ouest canadien dans un oléoduc sur son territoire si elle souhaite envoyer son électricité en Nouvelle-Angleterre en passant par le Nouveau-Brunswick. «Ce ne sera pas un échange à sens unique», avait-il tranché.

Douze mois plus tard, le gouvernement Higgs accueille désormais favorablement l’électricité québécoise.

Son changement de cap des dernières semaines est le bienvenu. Il était surtout nécessaire.

Énergie NB est endettée. Sa centrale thermique qui produit de l’énergie à meilleur prix (Belledune) est aussi la plus pollueuse et devra fermer ses portes.

Énergie NB cherche des solutions. Elle souhaite participer à la construction de miniréacteurs nucléaires. Elle a gaspillé des millions de dollars dans le développement d’une nouvelle technologie avec Joi Scientific qui n’a aucune chance de fonctionner.

Tout ça, alors que nous avons comme voisin une province avec d’énormes surplus d’énergie propre à bon marché qu’elle cherche à écouler.

D’autres l’ont compris bien avant nous. L’État du Vermont a signé en 2010 une entente d’approvisionnement de 1,5 milliard $ jusqu’en 2038. Hydro-Québec a aussi signé plus tôt cette année une entente de 10 milliards $ avec le Massachussetts.

Le Nouveau-Brunswick importe déjà une partie de son électricité du Québec depuis 2012. Cette relation est appelée à être améliorée et bonifiée.

Notons également que le premier ministre Legault a été invité à participer à la rencontre annuelle des premiers ministres de l’Atlantique afin d’y parler d’énergie propre. Blaine Higgs a confirmé sa présence. La politique partisane laisse tranquillement la place au pragmatisme. Tant mieux!

Si Blaine Higgs met autant d’efforts à courtiser le Québec qu’il en a mis à promouvoir le fantôme d’Énergie Est avec l’Alberta et la Saskatchewan, il pourrait cette fois réaliser des gains concrets et importants pour notre province, avec un impact positif sur nos factures d’électricité.