Quand un syndicat fait obstacle au bien commun

Le combat du Syndicat des infirmières et infirmiers du N.-B. pour empêcher le Réseau de santé Vitalité d’offrir une prime de rétention fait réagir et soulève l’incompréhension. Comment un syndicat en est-il venu à se battre contre une mesure de recrutement qui profitera financièrement à plusieurs de ses membres? La réponse est dans la mission des syndicats… et aux mythes que ceux-ci propagent par rapport à celle-ci.

Le gouvernement provincial et le syndicat des infirmières sont présentement en négociations afin de renouveler une convention collective.

Parallèlement à cela, le Réseau de santé Vitalité a annoncé, il y a quatre mois, sa décision d’octroyer une prime salariale de 5% aux infirmières du Centre hospitalier Restigouche, un établissement spécialisé en santé mentale et en psychiatrie légale qui éprouve des problèmes de recrutement et de rétention de personnel. La prime était destinée autant aux infirmières présentement à l’emploi du CHR qu’aux futures recrues.

Le syndicat a décidé de porter la décision en arbitrage puisque celle-ci va à l’encontre de la convention collective. Celle-ci ne comprend en effet pas de clause permettant à l’employeur d’accorder des primes de recrutement à certains groupes d’employés ou dans un hôpital spécifique.

L’arbitre Elizabeth MacPherson a donné raison au syndicat.

Nous voilà donc dans cette situation ridicule, où un syndicat empêche la mise en place d’une mesure qui vise à mieux payer certaines employées et à combattre une pénurie de personnel.

Plusieurs raisons expliquent cette stratégie. Aucune ne tient compte du bien-être de la population et des patients.

Il s’agit d’abord d’une question de rapport de force. Le syndicat négocie au nom de tous ses membres. En bloquant la prime aux infirmières du CHR, il s’impose comme seul interlocuteur auprès du gouvernement provincial dans sa volonté d’améliorer les conditions salariales et de travail des quelque 6900 infirmières sous sa juridiction.

Il y a aussi un peu de frustration là-dedans. La pénurie d’infirmières touche à peu près tous les hôpitaux de la province. La décision d’accorder un traitement spécial à des employées du Restigouche a certainement mécontenté celles des autres régions qui travaillent aussi dans des conditions difficiles et estiment mériter cette prime.

Cela dit, pour bien comprendre le problème, il faut à la base s’intéresser au coeur même de la mission des syndicats, autant ceux du secteur privé que de la fonction publique: défendre les intérêts de leurs membres.

Ceux-ci tentent parfois de s’imposer dans l’opinion publique comme étant les défenseurs de l’intérêt public. On peut le constater en lisant le message de la présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (SIINB), Paula Doucet, qui affirme qu’il est important pour son organisation de «protéger le système public de soins de santé financé par l’État pour assurer, aux personnes du N.-B., le meilleur système de santé possible».

Un noble objectif, mais qui, dans les faits, n’est pas la priorité des syndicats de la fonction publique.

Quand le SIINB nuit sciemment aux efforts de recrutement au CHR, il ne le fait pas dans l’intérêt de la population.

Quand la Société médicale du N.-B. réussit à convaincre le gouvernement provincial de mettre fin au système de numéros de facturation des médecins, elle le fait pour que ses membres puissent quitter les régions rurales et déménager à volonté dans les centres urbains. Pas pour que les patients obtiennent un meilleur accès à un médecin.

Quand l’Association des enseignantes et des enseignants du Nouveau-Brunswick rejette toute mesure visant à empêcher que les écoles ferment aussi souvent l’hiver sans que ces journées d’apprentissage perdues soient reprises, elle le fait parce que c’est la volonté de ses quelque 3000 membres. Pas pour le bien des élèves.

Il n’y a là rien de mal ou d’illégitime. Le rôle d’un syndicat est de défendre ses membres. La protection de l’intérêt public revient aux gouvernements.

Dans le dossier du Centre Hospitalier Restigouche, l’action du Syndicat des infirmières et infirmiers se justifie du point de vue des relations de travail. Mais elle représente aussi, dans les faits, un obstacle à l’accès aux soins en régions rurales.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick doit régler ce problème, que ce soit lors du renouvellement de la convention collective ou par une loi. Vitalité doit pouvoir offrir des incitatifs salariaux pour combler les besoins les plus criants, comme c’est le cas au Centre Hospitalier Restigouche.