Entre bons voisins

Vous avez probablement une bonne relation avec votre voisin, dans votre quartier. Vous connaissez son nom. Vous lui dites bonjour quand vous le croisez. Mais à moins d’être de très grands amis, vous n’en savez sans doute pas beaucoup sur sa vie. Quelle est sa date de naissance? Son passe-temps préféré? Le lieu où il passera ses vacances l’été prochain?

C’est un peu à quoi ressemblent les relations entre les Québécois et les Acadiens. Deux peuples, deux nations, qui se connaissent, mais pas autant qu’on pourrait le croire.

C’est la conclusion que nous pouvons tirer d’un sondage Léger publié dans l’Acadie Nouvelle et le Journal de Montréal. Aux fins de l’exercice, les sondeurs ont colligé les réponses d’un peu plus de 1000 citoyens du Québec afin de découvrir ce qu’ils pensent de l’Acadie et de jauger leurs connaissances à notre sujet.

Certaines réponses étaient prévisibles. D’autres moins.

Nos voisins ont une très bonne opinion à notre sujet. À peine 1% des répondants du sondage affirment avoir une image négative des Acadiens.

Cela laisse croire que notre cote d’amour est à son maximum dans la Belle province. On nous aime, comme on aime un petit frère ou un petit cousin sympathique. Notons tout de même qu’un tiers des répondants affirment ne pas nous connaître suffisamment pour répondre à la question.

D’autres questions révèlent néanmoins que les Québécois ont certaines connaissances de base à propos du Nouveau-Brunswick. Par exemple, ils sont pas moins de 74% à avoir répondu «francophone et anglophone» à une question portant sur le statut linguistique officiel de notre province.

C’est impressionnant. Encore plus quand on se souvient qu’en pleine campagne électorale au Québec, en 2018, le chef François Legault (aujourd’hui premier ministre) avait avoué ignorer que nous résidons dans la seule province officiellement bilingue au Canada. Ils sont aussi mieux informés que la polémiste Denise Bombardier, qui semblait croire jusqu’à tout récemment que plus personne ne parle la langue de Molière dans notre petit coin de pays.

Une autre question demandant de préciser quelle est la capitale culturelle de l’Acadie (Caraquet et Moncton étaient acceptées comme réponse) démontre que Caraquet, en particulier, jouit d’une belle renommée: 44% des répondants ont nommé cette ville de la Péninsule acadienne. Notons aussi que plus d’un Québécois sur deux sait que La Sagouine est une création d’Antonine Maillet.

C’est là une nouvelle preuve de l’importance du secteur culturel acadien. Nos meilleurs ambassadeurs ne sont pas les politiciens.

Ce sont nos artistes.

D’autres éléments surprennent néanmoins. Un répondant sur deux peut identifier le drapeau acadien. Cela signifie toutefois que près de 50% des Québécois en sont incapables. C’est étonnant, quand on réalise à quel point le tricolore étoilé est un symbole visible, rassembleur et omniprésent. Visionnez un reportage portant sur l’Acadie et diffusé sur un réseau national ou regardez une publicité touristique. Notre drapeau sera chaque fois mis en évidence.

Les Québécois ont aussi moins bien répondu à d’autres questions plus techniques. Ils ne sont par exemple que 33% à connaître l’année de la Déportation (1755). Au total, seulement 4 répondants sur 10 obtiennent la note de passage au questionnaire.

Mais honnêtement, les Néo-Brunswickois ne feraient sans doute pas beaucoup mieux si les rôles étaient inversés. Nous connaissons bien le Québec, son drapeau fleurdelysé et sa langue officielle. Mais combien d’entre nous pourraient dire quand Jacques Cartier a-t-il navigué pour la première fois dans la baie des Chaleurs et planté une croix à Gaspé?* Ou quelle est l’année de fondation de la Ville de Québec?** Au-delà de tout cela, ce sondage Léger nous démontre que les Québécois sont conscients de notre existence, et ce, même s’ils vivent dans une bulle culturelle, linguistique et médiatique qui a pour conséquence qu’ils entendent rarement parler de nous.

C’est aussi un rappel que le gouvernement du N.-B. aurait tout avantage à miser sur ce lien afin de renforcer nos relations.

Nos premiers ministres hésitent à mettre de l’avant l’Acadie (sauf lors de campagnes publicitaires touristiques) et le caractère officiellement bilingue de notre province pour séduire notre puissant voisin.

Nous avons tout avantage à travailler ensemble, comme nous l’avons vu la semaine dernière avec la signature d’une entente entre Énergie NB et Hydro-Québec.

Le jour où un premier ministre mettra autant d’énergie à vanter le caractère bilingue du N.-B. auprès des Québécois et à chercher à développer des occasions d’affaires avec cette province que nous en avons mis à nous battre pour la construction d’un oléoduc en provenance de l’Ouest canadien, nous serons agréablement surpris des résultats.

(Réponses: *1534   **1608)