Le poing dans les écoles

Rarement une controverse aura fait autant réagir, tout en ayant pris fin aussi rapidement.

Nous faisons référence à la décision du gouvernement provincial d’interdire aux travailleurs syndiqués de mettre en valeur dans les écoles le logo montrant un poing jaune. Fredericton a reculé 24 heures plus tard.

Le poing jaune est utilisé par de nombreuses unités syndicales de la fonction publique. Le logo est facilement reconnaissable, notamment en raison de sa couleur très voyante. Les syndiqués sont encouragés à le diffuser un peu partout. La prochaine fois que vous irez vous stationner dans un endroit public, jetez un coup d’oeil aux véhicules qui vous entourent. Vous verrez probablement un ou deux autocollants mis bien en évidence.

Bref, il est un formidable outil de mobilisation pour des syndiqués qui se préparent à monter au front. Le gouvernement progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick leur offre des miettes en raison de l’état précaire des finances provinciales. Ils sont nombreux dans la fonction publique à prévoir une ou plusieurs grèves dans les prochains mois.

C’est notamment le cas au sein du personnel de soutien en éducation, où les préparatifs vont bon train en prévision d’un possible conflit de travail. C’est dans ce contexte que des aides-enseignants et des concierges ont été vus dans les écoles portant fièrement un vêtement arborant le logo.

Personne ne veut empêcher ces personnes de manifester, avec ou sans logo. Mais mettre en valeur un poing jaune devant des élèves qui ignorent tout des «problèmes des grands» est-il approprié?

Quelqu’un au sein du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance a estimé que cette pratique devait cesser. Une directive a été imposée.

Le Syndicat canadien de la fonction publique a un peu charrié en annonçant qu’il s’agissait d’une attaque contre la liberté d’expression protégée dans la Charte canadienne des droits et libertés. Rien n’est absolu dans la vie. De nombreux employeurs imposent des normes vestimentaires à leurs employés sur les lieux de travail: médecins, infirmières, policiers, employés des institutions financières, avocats, etc.

Il est néanmoins compréhensible que le syndicat ait défendu cette cause. Le poing levé n’est pas un appel à la haine ni à l’intimidation. Il a été utilisé par le passé au nom de causes légitimes. Pensez aux athlètes afro-américains Tommie Smith et John Carlos qui, sur le podium des Jeux olympiques d’été de 1968, à Mexico, ont courageusement levé le poing afin de protester contre la ségrégation raciale dans leur pays.

Évidemment, le SCFP ne se bat pas pour des droits civiques ou contre une dictature. Ce qu’il réclame avant toute chose, ce sont de meilleures conditions de travail et salariales pour ses membres. Toute comparaison avec Nelson Mandela, la guerre civile espagnole ou l’émancipation des Noirs américains, comme le fait le SCFP, est déplacée.

Il faut aussi reconnaître que plusieurs citoyens se sentent agressés par ce poing jaune qu’ils voient apparaître un peu partout et qui est accompagné d’un slogan («mettons fin au mandat») qui laisse entrevoir une confrontation à venir.

On peut facilement imaginer qu’il soit mal interprété par des enfants dans les corridors ou les cours d’école, où l’intimidation demeure un problème bien réel.

Nous éprouvons aussi un malaise à l’idée de voir des logos et slogans syndicaux apparaître dans les écoles. S’il y a un endroit qui devrait être libre de ce genre de tactiques, c’est bien la salle de classe.

Néanmoins, le gouvernement a fait fausse route en tentant de l’interdire. Sa décision de revenir sur ses pas était la bonne.

L’erreur du ministère a été de s’attaquer à un problème sans avoir la preuve qu’il existe réellement.

Ce n’est pas comme si les travailleurs de soutien portent chaque jour le logo sur un t-shirt dans les salles de classe ou qu’ils affichent le poing jaune sur les murs de la cafétéria. N’importe qui faisant un tour à l’école verra bien que dans les faits, le symbole n’est pas omniprésent.

En l’interdisant, le ministère risquait de provoquer un problème plus grave. Comment aurait-il réagi si tous les syndiqués dans les écoles, en guise de solidarité, décidaient demain de porter le fameux chandail? Est-ce que tout le monde aurait été suspendu?

Oublions cette prétention du ministre Dominic Cardy et des porte-parole syndicaux voulant qu’il s’agisse d’une occasion de préparer nos élèves à devenir des citoyens engagés en ayant avec eux «des discussions ouvertes sur la liberté d’expression». Le compromis entre le ministère et le SCFP n’a rien à voir avec le bien-être des enfants.

Le ministre a voulu éviter de jeter davantage d’huile sur le feu, et c’est compréhensible. Les relations patronales-syndicales sont déjà suffisamment tendues sans en plus engager une bataille à l’issue incertaine sur l’utilisation d’un poing jaune.