Honteux et indécent

Au Nouveau-Brunswick, les prestataires d’aide sociale sont considérés comme étant une tare, une catégorie de gens que le gouvernement maintient dans la pauvreté extrême. Il le fait de deux façons, soit en maintenant le plus bas possible leurs prestations et en les punissant financièrement s’ils acceptent l’appui de leurs concitoyens.

Une série de reportages d’Ici Acadie a mis en lumière le cas de trois personnes en situation de crise. L’une d’entre elles, Laurent Bourque, passe l’hiver sans électricité ni eau courante. Il doit plus de 6000$ à Énergie NB, somme qu’il n’a évidemment pas les moyens de rembourser.

Après la diffusion des reportages, le gouvernement provincial a réagi en révisant le cas des trois malheureux. Le premier ministre Blaine Higgs a convenu que les prestations sont trop basses pour couvrir les besoins de base des bénéficiaires, avant de toutefois ajouter que son gouvernement n’a pas de solution à proposer.

Il n’y a rien là de surprenant. Au Nouveau-Brunswick, l’aide aux démunis n’est à peu près jamais une priorité, autant sous les libéraux que sous les progressistes-conservateurs.

Cette absence d’empathie de la part des politiciens s’explique en partie par le fait que les prestataires d’aide sociale n’ont pas la sympathie de la population et des électeurs.

Un sondage réalisé en 2016 par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a révélé que les bénéficiaires du programme forment l’un des groupes marginalisés qui font l’objet des pires préjugés et qui suscitent la plus grande méfiance au Canada.

Les gouvernements, par définition, doivent faire des choix. C’est encore plus vrai quand un premier ministre décide de faire de l’équilibre budgétaire sa priorité, comme c’est le cas présentement avec Blaine Higgs. L’argent ne pousse pas dans les arbres.

Quand le gouvernement détermine ses priorités, les appels à bonifier l’aide sociale sont presque toujours balayés du revers de la main. Il y a chaque fois des enjeux plus payants politiquement à financer en santé, en éducation, etc.

À cela s’ajoute ce mythe voulant que les bénéficiaires soient tous des paresseux qui ont choisi ce mode de vie. «S’ils ne sont pas satisfaits, qu’ils fassent comme tout le monde et qu’ils travaillent», peut-on entendre.

On craint aussi qu’en augmentant les taux mensuels, cela devienne un incitatif pervers pour qu’ils continuent à vivre éternellement aux crochets du gouvernement.

Autre élément à considérer: il s’agit là d’une forme de pauvreté invisible.

Quand des sans-abris forment une communauté de type Tent City à Moncton ou à Fredericton, cela devient rapidement un problème. On cherche des solutions pour raser le camp tout en offrant une solution de rechange aux démunis.

Mais les assistés sociaux sont invisibles. Ils ne quêtent pas des sous devant la porte de votre boutique préférée. Ils sont cachés derrière les quatre murs de leur résidence et cela fait l’affaire de beaucoup de gens, tant au sein de la population qu’au gouvernement.

Il y a toutefois plus choquant.

Que le gouvernement refuse d’accorder de quoi vivre décemment aux prestataires est une chose. Mais qu’il s’interpose quand leurs proches font preuve de générosité est inacceptable.

Le ministère du Développement social met énormément d’efforts afin de débusquer les fraudeurs. Des enquêteurs ont pour mission de surveiller de près les prestataires. Ils font preuve d’un zèle hors du commun pour justifier des réductions ou l’élimination des montants versés.

Des histoires d’horreur rebondissent parfois dans l’actualité. En 2013, l’Acadie Nouvelle racontait l’histoire d’une femme de Robertville, mère monoparentale d’un enfant autiste aux tendances violentes, qui avait perdu ses prestations pour avoir reçu un coup de pouce de son ancien conjoint.

La même année, une femme de Tracadie s’était fait réduire le montant de ses prestations. Son crime? Ses enfants lui apportaient de la nourriture. Un enquêteur avait décrété que la valeur de celle-ci serait déduite du chèque mensuel.

Si vous rencontrez un sans-abri sur votre route, vous avez légalement le droit de lui donner quelques dollars, de lui offrir un café ou de l’amener casser la croûte au resto.

Mais si vous voulez payer la balance de la facture d’électricité de votre voisin sur l’aide sociale afin qu’il ne passe pas l’hiver au froid, oubliez ça. Le gouvernement réagira en réduisant ou en éliminant le chèque mensuel de la personne envers qui vous avez fait preuve de générosité.

C’est honteux.

Si le gouvernement n’a pas la volonté politique pour appuyer convenablement les gens qui vivent dans la pauvreté, qu’il ait au moins la décence de laisser leurs proches et leurs concitoyens leur venir en aide.