Les faux environnementalistes

La construction d’une usine de fer à Belledune relancerait l’économie du Nord, mais aurait aussi un impact négatif sur l’environnement. Qu’est-ce qui est le plus important? Les promoteurs et les politiciens tentent de nous faire croire que n’avons pas besoin de choisir. Nous avons des doutes à ce sujet.

Le 22 juin 2018, les dirigeants de l’entreprise Maritime Iron se sont déplacés à Belledune pour faire l’annonce d’un projet colossal: la construction d’une usine de production de fer à Belledune. Ils n’étaient pas seuls. Le premier ministre d’alors, le libéral Brian Gallant, était aussi sur les lieux.

La construction est censée débuter cette année, alors que l’usine entrerait en fonction en 2022. Environ 1000 emplois seraient créés pendant la durée des travaux, de même que 200 autres une fois l’usine fonctionnelle.

Outre les retombées économiques habituelles (construction, salaires, fournisseurs, etc.), la nouvelle usine aurait aussi un impact sur le port de Belledune. Le minerai serait en effet importé et traité à Belledune avant de reprendre la mer.

De plus, la transformation du minerai entraînera la création d’un gaz qui, au lieu d’être rejeté dans l’atmosphère, pourrait être réutilisé par la centrale thermique de Belledune. Celle-ci fonctionne au charbon. En utilisant ce gaz, cela lui permettrait de réduire de moitié sa consommation.

Un projet créateur d’emplois, qui permettrait de prolonger la durée de vie de la centrale et qui favoriserait la croissance du port de Belledune, tout ça dans une région au taux de chômage très élevé. On comprend les politiciens de saliver chaque fois qu’ils entendent les mots Maritime Iron.

Au cours des dernières décennies, la région de Belledune a mérité une réputation de centre industriel. Des projets qui auraient été normalement rejetés dans n’importe quelle municipalité sont mieux accueillis là-bas. «Une zone sacrifiée, où le gouvernement est prêt à sacrifier l’environnement», a bien résumé dans nos pages l’environnementaliste Michel Goudreau, en juillet 2018.

Il y a toutefois des limites à tout. Au début des années 2000, la construction d’un incinérateur pour terres contaminées a fait face à une grande contestation. La bataille a été rude et les citoyens ont eu gain de cause.

C’est peut-être pour cette raison que Maritime Iron tente d’apposer un vernis vert sur son projet d’usine de fer à Belledune.

D’abord, tel qu’expliqué plus tôt, les promoteurs soutiennent que cela permettrait de réduire la pollution en provenance de la centrale thermique de Belledune.

De plus, l’endroit choisi est plus avantageux pour le transport de cette marchandise, qui est présentement transformée en Asie. En réduisant la distance parcourue, cela aurait pour conséquence de réduire les émissions de gaz à effet de serre ailleurs dans le monde.

Les politiciens n’ont pas perdu de temps avant d’embarquer dans le bateau.

Le premier ministre Blaine Higgs a reconnu que le projet, pris isolément, génère plus d’émissions de GES. «Mais si on le considère globalement, il y a clairement une réduction», a-t-il insisté.

Le chef du Parti libéral, Kevin Vickers, raconte la même chose. Celui qui a déclaré être «plus vert que les verts» lors d’une rencontre avec l’équipe éditoriale de l’Acadie Nouvelle, l’année dernière, affirme aujourd’hui que le projet de Maritime Iron à Bathurst permettrait «une réduction de gaz à effet de serre pour l’humanité». Rien de moins!

Dans les faits, l’usine de fer et la centrale thermique produiraient un total de 4,9 millions de tonnes de GES par année. Un monstre de pollution. C’est 65% plus que ce produit la raffinerie d’Irving Oil à Saint-Jean. Et ce sont les Néo-Brunswickois qui devront vivre avec les conséquences.

La meilleure façon de réduire les émissions de gaz à effet de serre «pour l’humanité», ce serait de fermer la centrale de Belledune et de dire non à Maritime Iron.

Cela dit, il est simpliste d’analyser le dossier uniquement sous cette loupe.

Il y a des gens qui travaillent à la centrale. Ceux-ci contribuent à produire une énergie polluante, certes, mais à bon marché. Sans Belledune, nos factures mensuelles d’électricité seraient pas mal plus chères.

De même, la construction d’une usine de transformation de fer représenterait des retombées importantes dans une région et dans une province qui en ont bien besoin.

Tout cela est légitime.

Cessons toutefois de nous raconter des histoires. Nous parlons ici de la construction d’une usine polluante, qui permettrait de rallonger la durée de vie d’une centrale thermique polluante, sans la moindre preuve concrète que cela aurait un impact environnemental positif ailleurs dans le monde.

Si les emplois sont plus importants que l’environnement, qu’il en soit ainsi. Mais qu’on aille le courage de nous donner l’heure juste. Nous nous attendons de la part de nos politiciens qu’ils fassent mieux que de répéter servilement les lignes de presse des pollueurs et des faux environnementalistes.