Les boulets conservateurs

Obnubilés par leur colère à l’endroit du premier ministre Justin Trudeau, bien des conservateurs n’ont pas réalisé qu’ils ont perdu les dernières élections fédérales par leur propre faute. Bonne nouvelle, des candidats déclarés à la course au leadership ont entrepris de se débarrasser de certains des boulets qui ont contribué à couler la campagne d’Andrew Scheer.

Le Néo-Écossais Peter MacKay n’est pas le chef du Parti conservateur du Canada. Il n’est même pas député à la Chambre des communes. Mais avec le désistement de Rona Ambrose, de Jean Charest, de Pierre Poilièvre et de Bernard Lord, il est le favori pour succéder à Andrew Scheer à titre de prochain chef du parti.

À ce titre, les déclarations et annonces de M. McKay importent. Elles nous donnent une idée à quoi pourrait ressembler le message conservateur fédéral dans les prochains mois.

Notons d’abord que M. MacKay ne se gêne pas pour embarquer dans le débat public et faire part de ses intentions.

En ce sens, sa stratégie diffère du chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, Kevin Vickers. Celui-ci avait lancé sa campagne au leadership avec un discours dans lequel il avait énoncé ses cinq priorités (un point pour vous si vous ou des membres de votre entourage pouvez les nommer sans fouiller sur internet). Il était ensuite devenu complètement invisible, refusant de se mouiller sur les enjeux du jour.

Peter MacKay fait le contraire.

Cette semaine, il a annoncé s’être inscrit dans le but de participer au défilé de la fierté de Toronto, qui est le plus important au pays.

Andrew Scheer et avant lui, Stephen Harper, ont toujours refusé d’y mettre les pieds. Ils ne sont pas les seuls.

Au Nouveau-Brunswick, le progressiste-conservateur Blaine Higgs évite chaque année les défilés de la fierté de Moncton, de Saint-Jean et de Fredericton.

L’année dernière, son bureau avait soutenu qu’il avait des engagements antérieurs. Une bien piètre excuse, quand on sait que les dates de ces défilés sont connues plusieurs mois à l’avance.

Nous ignorons les plans de M. Higgs pour l’été 2020, mais vous pouvez parier qu’il trouvera une autre raison pour se tenir loin de ces activités.

En fait, tout ce qui a trait au mouvement LGBTQ+ représente une question sensible et complexe pour les leaders conservateurs. Sont-ils réellement opposés à leurs droits, pour des raisons religieuses ou autres? Crai­gnent-ils de déplaire aux membres les plus intolérants de leur base militante? Allez savoir.

Toujours est-il qu’un homme comme Andrew Scheer a laissé des questions comme les défilés de la fierté, le mariage de même sexe et le droit des femmes à l’avortement torpiller sa campagne.

Peter MacKay ne veut pas commettre la même erreur.

Il a immédiatement condamné le conservateur Richard Décarie, qui a déclaré que l’homosexualité est un choix de vie et soutenu que l’accès à l’avortement ne devrait pas être financé par l’État. M. Décarie souhaite lui aussi devenir chef du PC.

M. MacKay a aussi démontré qu’il comprend l’importance des défilés de fierté. «Nous vivons dans un monde où l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont encore utilisées par des tyrans et les fanatiques pour rabaisser et opprimer», a-t-il souligné.

Nombreux sont les électeurs canadiens qui souhaitent un gouvernement moins dépensier et qui réduira plutôt taxes et impôts. Plusieurs d’entre eux se sont finalement tournés vers une autre formation politique, lors des dernières élections fédérales, parce qu’ils ne pouvaient se résoudre à appuyer un parti qui semblait vouloir faire reculer le pays sur le plan social.

Les déclarations de Peter MacKay et dans une moindre mesure celles d’un autre candidat déclaré, Erin O’Toole, sont de bon augure. Mais il en faudra plus pour nous convaincre.

Ils devront démontrer qu’ils peuvent proposer un plan environnemental digne de ce nom, sans tout abandonner au profit des pétrolières et de leurs oléoducs. Qu’ils peuvent collaborer avec les gouvernements d’une autre couleur politique que la leur. Qu’ils ne privilégieront pas l’idéologie aux dépens du bien commun. Et, oui, qu’ils peuvent s’exprimer dans un français acceptable.

Une autre déclaration de Peter MacKay, où il déclare que tout ce que le gouvernement Trudeau fera en matière de contrôle des armes à feu, «nous le déferons», a de quoi nous préoccuper.

Les armes semi-automatiques et les armes de poing n’ont pas d’affaires dans nos communautés. Un chef fédéral n’a pas à être au service d’un lobby, qu’il soit pétrolier, pro-vie ou pro-arme.

M. MacKay fait bien de larguer un à un les boulets d’Andrew Scheer. Qu’il ne fasse pas l’erreur d’en ajouter de nouveaux tout aussi lourds à porter en campagne électorale.