SANB: dans la bonne direction

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick revient de loin. La crise de 2015, pendant laquelle le Forum de concertation des organismes acadiens a tenté d’avoir la tête de la présidente Jeanne d’Arc Gaudet, n’est qu’un mauvais souvenir. La SANB a depuis pris de bonnes décisions pour retrouver le chemin de la crédibilité. Mais beaucoup de chemin reste à parcourir.

L’Acadie Nouvelle a accueilli cette semaine en rencontre éditoriale le président Robert Melanson et son directeur général Ali Chaisson. Une discussion de plus de deux heures pendant laquelle ils ont répondu avec ouverture à nos questions, autant sur les enjeux linguistiques que sur le rôle et la légitimité de la Société de l’Acadie du N.-B.

Nous accueillons favorablement les décisions prises par l’organisme afin de se rapprocher de ses membres. Le président sera élu par les membres par internet. Fini l’époque où quelque 200 délégués élisaient le président lors d’une assemblée générale.

Bonne idée aussi de rendre l’adhésion gratuite. Bien des gens sympathiques à l’organisme et aux causes linguistiques ne verseront jamais leur cotisation pour acheter une carte de membre et ne sacrifieront pas une fin de semaine pour assister à une AGA. C’est toutefois autre chose si c’est gratuit, si on leur permet de voter à distance et si on les consulte régulièrement sur les sujets chauds de l’heure.

La force de la Société de l’Acadie du N.-B. repose depuis toujours sur la crédibilité que lui accordent les gouvernements et la population qu’elle dit représenter. En ayant un président qui, dans un monde idéal, pourrait se targuer d’avoir été élu avec quelques milliers de votes d’un peu partout dans la province, la SANB gagnera en légitimité.

Le président Melanson doit gérer un délicat équilibre, entre établir une relation de confiance avec le gouvernement afin de l’influencer, mais aussi savoir à l’occasion montrer des dents publiquement.

Il croit que le premier ministre Blaine Higgs n’est pas hostile aux francophones («l’homme change») et qu’il ne faut pas mélanger une absence totale de compréhension avec une opposition ferme à nos droits linguistiques.

La SANB prend le crédit pour avoir convaincu M. Higgs, lors d’une rencontre avec lui le 16 août, de retirer le Nouveau-Brunswick d’une cause qui oppose en Cour suprême du Canada la Colombie-Britannique à sa minorité francophone, à propos du transport scolaire et de ses écoles.

Par contre, la diplomatie prend le bord quand d’autres sujets sont abordés, notamment l’immigration.

Robert Melanson est lucide. Il réalise que le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’atteindra jamais son objectif de 33% d’immigrants francophones, une cible qu’il juge de toute façon trop basse et qu’il qualifie d’assimilatrice.

Il estime avec justesse qu’il n’y a pas suffisamment d’efforts, de volonté («ils ne prennent pas ça au sérieux») et de créativité au sein du gouvernement pour y arriver et croit même que cet échec programmé fait l’affaire de beaucoup de gens haut placés, à Fredericton.

Il trace aussi une ligne rouge en ce qui a trait aux mensonges qui sont propagés à l’endroit des droits des Acadiens. Il croit que la timidité des gouvernements passés et actuel à remettre les pendules à l’heure a contribué à la montée en puissance de Kris Austin et de la People’s Alliance.

Il place beaucoup d’espoir dans l’idée de créer un comité permanent sur les langues officielles à Fredericton, comme celui qui existe déjà à Ottawa. Il y a toutefois bien loin de la coupe aux lèvres.

Le président a aussi laissé entendre que la poursuite judiciaire de la SANB contre le gouvernement fédéral à propos de la nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue au Nouveau-Brunswick a surtout pour objectif d’attirer l’attention de ses interlocuteurs fédéraux.

Il est peu probable qu’elle débouche sur un jugement historique. On rêve plutôt d’une entente hors cour, dans laquelle Ottawa s’engagerait à ajouter le poste de lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick à sa liste des fonctionnaires indépendants qui doivent obligatoirement être bilingues.

Pour le reste, nous sentons encore la SANB écartelée entre sa volonté d’être une voix publique forte, mais sans marcher dans les platebandes des autres organismes acadiens qui ont tenté d’avoir sa peau.

Retrouvera-t-elle la force qui lui a permis, en 2012, de convaincre des centaines d’Acadiens de signer une lettre probilinguisme et qui avait poussé le président d’alors, Jean-Marie Nadeau, à déclarer dans un élan d’enthousiasme dont lui seul a le secret: «Je n’ai jamais été aussi fier d’être acadien»?

Soyons réalistes. Nous n’en sommes pas encore là.

La SANB est néanmoins revenue dans la bonne direction. C’est une bonne nouvelle. Plus que jamais, nous avons besoin d’un organisme fort qui peut se tenir debout quand nos droits linguistiques sont sous attaque.