Difficile à suivre

Dans le dossier portant sur la taxe sur le carbone, le gouvernement provincial est difficile à suivre.

Un rappel d’abord que comme toute bonne formation politique de droite en Amérique du Nord, le premier ministre Blaine Higgs est farouchement opposé à toute forme de nouvelle taxe. Encore plus si celle-ci est imposée pour des raisons environnementales et qu’elle a un impact sur l’industrie pétrolière.

Au cours de la dernière campagne électorale, la position des progressistes-conservateurs a été claire, pour ne pas dire simpliste. «La taxe Gallant-Trudeau sur le carbone détruit des emplois», a déclaré encore et encore le chef Blaine Higgs.

Une fois au pouvoir, le gouvernement Higgs a gaspillé une année à combattre Justin Trudeau sur tous les fronts. Cette bataille a été un échec. Les libéraux ont été reportés au pouvoir à Ottawa, à la tête d’un gouvernement minoritaire. De plus, ils ont gagné six des dix circonscriptions au Nouveau-Brunswick. Le seul parti opposé à toute forme de tarification de l’environnement – le PC – a dû se contenter de trois sièges dans notre province.

Face à ce constat, le premier ministre Higgs a effectué un revirement spectaculaire. L’homme qui avait promis de se battre devant les tribunaux pour faire annuler la taxation fédérale a décidé d’imposer sa propre taxe sur le carbone.

Loin de nous l’idée de critiquer le gouvernement pour cette volte-face. Nous avons souvent dénoncé par le passé les politiciens qui laissent l’idéologie dicter leurs décisions, parfois au détriment des intérêts de la population.

Notons tout de même à quel point ce recul a dû être difficile à accepter pour un parti politique dont le programme électoral prévoit en grosses lettres l’engagement suivant: Pas de nouveaux impôts.

Les progressistes-conservateurs ont aussi écrit noir sur blanc, dans leur programme électoral, que «si le gouvernement Trudeau impose une taxe sur le carbone au N.-B., nous rembourserons l’argent aux contribuables sous forme d’allégement fiscal».

Cette promesse brisée est redevenue d’actualité cette semaine quand le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Jeff Carr, a soutenu que son gouvernement ne remboursera pas les revenus de la nouvelle taxe provinciale sur le carbone aux contribuables, parce que le gouvernement fédéral ne le permet pas.

Dès le lendemain, Ottawa a contredit le ministre et a confirmé que les provinces peuvent décider de l’utilisation des recettes comme elles l’entendent.

Dans un revirement encore plus spectaculaire que tous les précédents, le ministre Carr a alors reconnu son erreur, mais a expliqué que son ministère ne verserait pas l’argent aux contribuables «parce que c’est la chose responsable à faire».

Résumons-nous.

Les progressistes-conservateurs ont promis qu’il n’y aurait pas de nouveaux impôts, qu’ils lutteraient contre la taxe fédérale sur le carbone et qu’en cas d’échec, ils redonneraient l’argent aux contribuables.

Dans la réalité, ils ont imposé leur propre taxe et décidé d’en conserver les revenus.

Rarement aura-t-on vu un gouvernement réaliser un virage à 180 degrés sur une promesse phare comme celle-ci. Rappelons que Blaine Higgs avait décrété que la campagne électorale provinciale de 2018 représentait à ses yeux un référendum contre cette taxation.

Cela dit, le ministre Carr a pris la bonne décision en décidant de rediriger l’argent vers le Fonds pour le changement climatique.

En effet, les conservateurs ont fait une autre promesse en lien avec l’environnement lors des dernières élections. Ils se sont engagés à «atteindre ou dépasser nos objectifs en matière d’émissions et à développer nos capacités en matière d’énergies renouvelables».

S’il y a une promesse importante à respecter, c’est bien celle-là.

Pour le moment, le gouvernement Higgs n’a pas encore expliqué comment il atteindra son but. Il a choisi de conserver le Plan d’action contre les changements climatiques adopté par le gouvernement Gallant. Si le plan est crédible, la volonté de le mettre en oeuvre l’est beaucoup moins. Aucun argent n’a d’ailleurs été prévu au budget pour réaliser les 118 initiatives prévues.

Au contraire, le gouvernement travaille ferme afin d’accorder le feu vert à la construction de Maritime Iron, une usine de production de fer qui crachera à partir de Belledune des millions de tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

En affirmant que l’objectif de la taxe sur le carbone est de réduire les émissions et que les revenus doivent donc être consacrés à des projets visant à accomplir cet objectif, le ministre Carr envoie un message positif.

Il reste désormais à voir quels projets seront financés. C’est là que nous verrons si le gouvernement Higgs est sérieux dans son approche ou s’il n’a pas l’intention de respecter cette autre promesse électorale.