L’aveu d’impuissance de Hockey NB

La décision du comité du hockey mineur de Hockey Nouveau-Brunswick de transférer la poignée de main entre deux équipes, de la fin de la rencontre au début du match, fait réagir. Plusieurs dénoncent cet accro à la tradition et déplorent que nos jeunes perdent ainsi l’occasion d’apprendre les vertus de l’esprit sportif.

Hockey NB a imposé sa nouvelle règle après la diffusion d’une vidéo montrant un gardien de but d’une équipe de hockey scolaire francophone de Bathurst asséner un coup de bloqueur à un adversaire d’une école de Tracadie, pendant que les deux équipes faisaient la file pour se serrer la main après la partie.

Les parties de hockey scolaire ne tombent pas sous la juridiction de Hockey NB.

Hockey NB affirme que sa décision a été mûrement réfléchie, après avoir observé une tendance à la hausse des gestes répréhensibles survenus dans ce cadre.

Nous ne doutons pas que la réflexion a été entamée il y a longtemps. Ne soyons toutefois pas naïfs. Si la vidéo n’avait pas été diffusée dans les médias sociaux – elle a été visionnée plus de deux millions de fois! – ainsi qu’à la télévision, la décision n’aurait pas été prise aussi rapidement. Et certainement pas en plein milieu de la saison.

Cela n’enlève toutefois rien à la justesse de celle-ci. Si les responsables et bénévoles du hockey mineur croient qu’une minorité de jeunes n’a pas atteint la maturité nécessaire pour se serrer la main sans régler des comptes, ils ont bien fait d’agir pour régler le problème.

Le hockey est le seul des cinq sports majeurs en Amérique du Nord où les belligérants échangent une poignée de main à la fin d’une série éliminatoire. Quand les Chiefs de Kansas City ont remporté le Super Bowl, le 2 février, ils n’ont pas fait la queue-leu-leu pour aller à la rencontre des joueurs des 49ers de San Francisco. Même chose au baseball, au basketball et au soccer.

Peut-être parce que le hockey professionnel est un sport rude, où les mises en échec, les coups vicieux et les bagarres sont tolérés et même encouragés, il y a quelque chose de noble à voir les joueurs, après s’être livré à une guerre sur glace, se féliciter et mettre tout ce qui s’est passé derrière eux.

C’est un peu ce genre d’esprit sportif que l’on tente d’inculquer aux jeunes, au hockey mais aussi dans d’autres sports. N’importe quel parent qui a assisté à un jamboree de soccer sait que ses enfants, une fois la partie terminée, iront ensuite serrer la main de leurs adversaires. Même chose au baseball mineur.

Sauf que contrairement au hockey, des incidents violents ne surviennent à peu près jamais à ces occasions dans ces autres sports.

Autre élément à considérer: les jeunes hockeyeurs ne manquent pas d’exemples d’événements déplorables survenus dans ces situations, que ce soit un hockeyeur professionnel qui refuse de serrer la main d’un des joueurs de l’autre équipe, un autre qui profite du moment pour menacer un adversaire de mort ou un médaillé d’argent d’un championnat du monde junior qui jette sa médaille dans la foule après la défaite. Dans tous les cas, le geste sera diffusé encore et encore sur toutes les plateformes.

Un autre élément sur lequel peu de gens se sont attardés est le rôle des adultes.

Revenons à l’incident qui a mis en cause les hockeyeurs des écoles de Bathurst et de Tracadie. Le joueur qui a été frappé par le gardien s’est relevé mais n’a pas répliqué. Ses coéquipiers l’ont entouré mais n’ont pas non plus attaqué l’agresseur.

Ils ont en effet respecté la directive de leur entraîneur, avant le match, de ne pas répliquer aux coups salauds. Certains entraîneurs ont beaucoup d’ascendant sur leur équipe. D’autres sont moins qualifiés.

Les arbitres sont aussi censés être en mesure de prendre la température d’un match. Ils peuvent renvoyer les deux équipes au vestiaire s’ils jugent que des incidents risquent de survenir. Ce ne sont malheureusement pas tous les officiels qui possèdent suffisamment de jugement pour savoir quand intervenir.

Avec ses entraîneurs, ses arbitres et sa capacité d’imposer des suspensions aux contrevenants, l’organisation qui chapeaute le hockey mineur juge malgré tout ne pas avoir la capacité d’empêcher certains jeunes à la recherche d’attention de réaliser des coups d’éclat ou, pour dire les choses crûment, de se taper dessus au lieu de se serrer la main.

Un véritable aveu d’impuissance.

C’est pourquoi, dans ces circonstances, Hockey Nouveau-Bruns­wick a pris la bonne décision de déplacer le tout au début des matchs.

Il existe d’autres façons d’apprendre aux hockeyeurs l’importance d’un bon esprit sportif. N’en déplaise aux puristes, la sécurité des jeunes importe plus que la tradition.