Le gouvernement baisse les bras

En annonçant la fermeture des salles d’urgence la nuit dans six hôpitaux de la province, le gouvernement provincial et les dirigeants des deux réseaux de santé reconnaissent pour la première fois qu’ils ont perdu espoir de recruter suffisamment de personnel pour offrir des soins de santé comparable dans toutes les régions du Nouveau-Brunswick.

La décision a été prise en raison d’un problème bien réel et amplement documenté: la pénurie de personnel.

Il faut être aveugle pour ne pas voir qu’il y a des problèmes dans nos hôpitaux. Les interruptions de service se sont multipliées au cours des dernières années.

Des services d’obstétriques ont fermé pendant des mois. L’état d’urgence a été décrété l’automne dernier à l’hôpital de Campbellton. Les corridors débordaient à tel point que les ambulances ont été détournées, les nouvelles admissions interdites, les chirurgies reportées et les accouchements redirigés vers d’autres hôpitaux voisins.

Face à ces crises à répétition, les réseaux de santé Vitalité et Horizon ont emprunté une page d’un grand classique dans l’histoire des soins de santé au Nouveau-Brunswick: l’élimination de services offerts dans les petits hôpitaux des régions.

Contrairement à la réforme de 2005, Vitalité n’a pas fait l’erreur de fermer complètement des salles d’urgence. Le service de nuit est moins utilisé. Pour accueillir ces patients, il faut malgré tout une équipe: un médecin de garde, des infirmières, etc.

La plupart des hôpitaux touchés ont connu peu ou pas d’interruptions de service dans les dernières années. Le nombre de postes vacants est toutefois abondant. En fermant l’urgence de nuit, le réseau peut redéployer son personnel le jour, là où les besoins sont plus importants et les patients, plus nombreux. D’où l’expression choisie par le PDG de Vitalité, Gilles Lanteigne, qui affirme que sa réforme permettra au système de santé de «mieux respirer» au lieu de foncer vers un point de rupture.

Les médecins ont aussi une part de responsabilité. Plusieurs ne veulent pas travailler dans les hôpitaux visés. Un nombre plus grand encore d’entre eux privilégient leur qualité de vie et refusent de travailler de nuit.

Résultat: dans certains hôpitaux, plus de la moitié des horaires de travail sont assurés par des médecins du Québec ou de l’Ontario. «C’est grâce à eux que les hôpitaux de cette région survivent», nous a confié en novembre 2019 la présidente de l’organisation du personnel médical pour Acadie-Bathurst, Dre Nathalie Cauchon.

Si la réforme a été préparée par les gestionnaires du réseau de santé, le mandat, lui, vient de Fredericton. Au sein du gouvernement Higgs, on a accepté depuis un bon moment que les régions devront se contenter de moins.

À peine devenu ministre de la Santé, Hugh John Flemming a déclaré qu’entre les meilleurs soins de santé et les soins les plus proches, les Néo-Brunswickois choisiront toujours les meilleurs. En avril dernier, il a ajouté que les communautés «n’ont pas besoin de tout» et qu’il faut mettre fin «à ces petites guerres de clocher pour commencer à travailler avec un système de santé intégré».

Bref, tout cela se prépare depuis longtemps. Les régies de santé cherchent à réduire l’étendue de leur offre de service afin de consolider leur personnel. Elles ont trouvé chez le gouvernement Higgs un interlocuteur à leur écoute.

Néanmoins, au-delà des statistiques sur l’achalandage et du kilométrage, il y a aura des conséquences sur des vies humaines.

Nos dirigeants demanderont à des gens malades de voyager sur de plus grandes distances, en pleine nuit, sur des routes mal déneigées, dans des conditions de grand stress.

Les ambulances seront aussi mises encore plus à contribution. Nous invitons le gouvernement à rendre le service gratuit pendant la nuit, du moins dans les régions touchées par les fermetures d’urgence.

Au-delà de toutes ces considérations, une conclusion s’impose dans les régions rurales: le gouvernement a baissé les bras. Il préfère accepter une fermeture permanente de services d’urgences la nuit plutôt que des interruptions ponctuelles quand il y a un manque de personnel.

Le mandat des réseaux de santé n’est plus de maintenir à tout prix des services, comme une urgence 24h, et de remuer ciel et terre pour atteindre cet objectif, quitte à aller chercher à fort prix l’aide de remplaçants de l’extérieur, comme c’est le cas présentement.

Elles peuvent régler certains de leurs problèmes en réduisant l’offre dans les régions rurales.

Avec cette réforme, le système de santé pourra mieux respirer, les médecins et les infirmières n’auront plus à travailler de nuit et le gouvernement aura à gérer moins de crises dues à la fermeture temporaire d’une salle d’urgence.

Tout le monde est gagnant… sauf si vous avez le malheur de tomber gravement malade en pleine nuit près de l’un des hôpitaux touchés.