Un gouvernement qui tente de sauver sa peau

La décision du gouvernement de mettre sa réforme de la santé sur la glace est stupéfiante, tant le premier ministre Blaine Higgs était déterminé à aller de l’avant coûte que coûte. S’il a changé d’idée, ce n’est toutefois pas parce qu’il n’est plus satisfait du plan proposé ni parce qu’il sent soudainement le besoin de consulter la population.

Si le premier ministre a reculé, c’est d’abord pour tenter de sauver la peau de son gouvernement.

Blaine Higgs sait compter. Il a compris que son entêtement allait le mener tout droit vers un vote de censure présenté par le Parti libéral et appuyé par le Parti vert ainsi que par le député nouvellement indépendant Robert Gauvin.

Le gouvernement aurait perdu ce vote.

Il se serait alors trouvé dans une position unique, soit celle de faire campagne en promettant de fermer pendant la nuit des urgences de six hôpitaux en milieu rural.

On a déjà vu des thèmes plus porteurs et surtout plus vendeurs auprès de l’électorat.

Le plus incompréhensible est que Blaine Higgs ait attendu aussi longtemps, alors que tout s’écroulait autour de lui, pour enfin mettre de l’eau dans son vin.

Ce n’est pas comme si Robert Gauvin avait caché ses intentions. Alors qu’il était encore vice-premier ministre, il a avisé le bureau du premier ministre ainsi que ses collègues du caucus de son opposition à la réforme.

La réponse ne s’est pas fait attendre et peut se résumer ainsi: si tu n’es pas content, fais ce que tu as à faire.

Robert Gauvin a donc fait ce qu’il avait à faire. Il a démissionné. Il est devenu député indépendant. Il a expliqué que cela ne servait à rien de se battre de l’intérieur, que la position du gouvernement était irrévocable.

Blaine Higgs a ensuite participé à une conférence de presse, pendant laquelle il a réitéré sa détermination à mener cette réforme à terme. Il a déclaré qu’il y avait eu suffisamment de consultation.

Quelques heures à peine avant que M. Higgs ne change d’idée, des progressistes-conservateurs bien en vue comme les ministres Dominic Cardy et Hugh John Flemming continuaient de vendre la réforme et de dénoncer ceux qui jugent inacceptable qu’elle ait été adoptée sans consultation digne de ce nom.

C’est alors que Blaine Higgs a finalement compris que son gouvernement fonçait à toute vitesse vers un mur. Il a freiné en catastrophe afin d’éviter le pire.

Dimanche soir, en pleine fin de semaine de trois jours (en raison du jour de la famille), il a annoncé que des consultations auront lieu dans chacune des communautés touchées afin de connaître leurs solutions aux problèmes bien connus (pénurie de médecins et d’infirmières, difficulté de trouver de la main-d’oeuvre pour les horaires de nuit, difficulté d’avoir accès à un médecin de famille…).

Comme le réclamait Robert Gauvin.

Blaine Higgs a profité de sa conférence de presse pour jeter le blâme du fiasco des derniers jours sur la direction des réseaux de santé Vitalité et Horizon. Il dit avoir réalisé sur le tard que les dirigeants ne pouvaient lui offrir de réponses satisfaisantes à ses questions. Il a particulièrement été surpris d’apprendre qu’Ambulance NB n’avait pas été mis dans le coup.

Le premier ministre vient de gagner un peu de temps. Il n’est toutefois pas au bout de ses peines. Il doit encore faire adopter un budget provincial, le 10 mars.

Ce n’est pas gagné d’avance.

Le gouvernement est en effet sorti très affaibli des événements des derniers jours.

Il a perdu son vice-premier ministre et seul député acadien de son caucus. Il a miné la crédibilité des dirigeants des réseaux Vitalité et Horizon. Il a mis dans l’embarras le député progressiste-conservateur Bruce Northrup, dont la circonscription comprend l’un des six hôpitaux touchés (celui de Sussex). Il vient de nuire à ses chances de remporter lors d’élections complémentaires l’une des deux circonscriptions vacantes de Baie-de-Shediac-Dieppe et de Sainte-Croix. Et son gouvernement est désormais menacé d’être renversé.

Tout ça, sans avoir réussi à faire avancer d’un iota sa vision en matière de santé.

Il y a pire.

Si Robert Gauvin était resté au sein du gouvernement provincial et avait choisi de se battre de l’intérieur, Blaine Higgs n’aurait pas vu la lumière. Si le gouvernement était majoritaire, la réforme aurait eu lieu.

Aucune «question sans réponse» et aucune manifestation ne l’auraient fait fléchir.

Ce gouvernement vient de briser son lien de confiance avec l’électorat. Cela risque fort de mener à sa perte.