Diviser pour régner: un échec

Plus les jours passent, plus il devient clair à quel point le gouvernement Higgs a fait une colossale erreur de jugement politique en donnant son aval à la fermeture partielle de l’urgence de six hôpitaux en milieu rural. Il croyait avoir les appuis pour aller de l’avant, autant dans la législature qu’au sein de la population. Autant dire qu’il a pris ses rêves pour la réalité.

Le système de santé a des problèmes, personne ne s’en cache. Nos hôpitaux sont aux prises avec une pénurie de spécialistes, de médecins, d’infirmières et autres professionnels de la santé. L’embauche à fort prix de médecins venus de l’extérieur contribue à permettre au système de tenir le coup.

De nombreux services ne tiennent qu’à un fil. Le départ ou la démission d’une seule personne dans un département peut avoir pour conséquence l’interruption de soins spécialisés pendant plusieurs mois.

Les dirigeants des réseaux de santé Vitalité et Horizon ont compris cela il y a longtemps.

Ils ont tenté de convaincre l’administration précédente d’agir. Malheureusement pour eux, le gouvernement Gallant n’était pas du genre à adopter des mesures impopulaires.

En 2015, les libéraux, alors qu’ils étaient au pouvoir, ont organisé une tournée de consultation provinciale. Cet exercice, connu sous le nom de révision stratégique des programmes, avait pour objectif de présenter différentes options à la population afin de dégager 250 millions $. Parmi les idées proposées: fermeture de petits hôpitaux, réduction du nombre d’enseignants, installation de péages sur les autoroutes, privatisation des services d’entretien dans les écoles, etc.

Le gouvernement Gallant a finalement privilégié une augmentation de 2% de la Taxe de vente harmonisée.

Les problèmes dans les hôpitaux n’ont néanmoins pas disparu pour autant. Avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau premier ministre qui se flatte de ne pas craindre de prendre les décisions les plus difficiles, aussi impopulaires soit-elles, Vitalité et Horizon ont réactivé leur plan.

Évidemment, le premier ministre Higgs n’est pas un kamikaze. S’il a donné le feu vert à la réforme, c’est parce qu’il avait la conviction que son gouvernement pouvait survivre à la tempête.

Comment en est-il arrivé à cette conclusion?

Cinq des six hôpitaux touchés sont situés dans circonscriptions détenues par des députés de l’opposition. Les stratèges progressistes-conservateurs ont cru que la contestation se limiterait à celles-ci. Il y aura des manifestations à Caraquet. Et alors? Ces électeurs votent presque toujours libéral de toute façon!

Lors de sa conférence de presse annonçant qu’il était devenu député indépendant, Robert Gauvin a raconté avoir reçu de nombreux appels de représentants progressistes-conservateurs qui ont tenté de le convaincre de rester fidèle à leur parti.

Leur message était chaque fois le même: Robert Gauvin est député de Shippagan-Lamèque-Miscou. Pourquoi diable devrait-il se battre pour un hôpital de Caraquet?

Bref, les progressistes-conservateurs ont cru que les guerres de clocher suffiraient à limiter les dégâts.

Le ministre de la Santé, Hugh John Flemming, a plus ou moins confirmé ce scénario mardi en soutenant que la fermeture partielle des urgences de six hôpitaux est très populaire à l’extérieur des régions touchées.

Les commentaires du ministre montrent l’état d’esprit au sein du gouvernement Higgs, même après ce fiasco: «Le négatif est venu de six communautés.» «Le soutien dans toute la province est très positif.» «Il y a suffisamment de votes urbains pour gagner.»

Voilà qui remet dans une toute nouvelle perspective les propos de Robert Gauvin, qui a déclaré que la réforme des hôpitaux représente une attaque contre la ruralité.

Le gouvernement Higgs a tout misé sur les guerres de clocher, sur la faiblesse présumée de son vice-premier ministre et sur les divisions entre les régions rurales et urbaines. Il a voulu diviser pour régner.

Il a perdu sur toute la ligne.

Des leaders communautaires, municipaux et politiques, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des circonscriptions touchées, ont au contraire pris la parole pour s’opposer à la réforme.

Contrairement au premier ministre, ils ont su voir au-delà des lignes électorales et faire preuve de solidarité.

Il n’y a pas de doute que des changements devront être apportés au système de santé pour assurer sa pérennité.

Le PDG de Vitalité, Gilles Lanteigne, l’a bien résumé en déclarant qu’il y a une crise et qu’il ne faut pas penser qu’elle va disparaître parce que Blaine Higgs a décidé de faire une consultation.

Des décisions difficiles seront prises. Elles devront toutefois l’être par un gouvernement à l’écoute des Néo-Brunswickois et pas seulement de ceux qui vivent dans des régions où le premier ministre croit pouvoir faire élire des députés lors des prochaines élections.