Le mieux à faire dans les circonstances

La nomination de deux ministres en remplacement de Robert Gauvin représente un bon coup pour Blaine Higgs. Glen Savoie et Bruce Fitch aideront un gouvernement en crise à montrer l’image d’un semblant de normalité.

Le gouvernement Higgs est menacé. Le Parti libéral votera contre son budget, lequel sera déposé le 10 mars. Il peut compter sur l’aide de l’ancien vice-premier ministre Robert Gauvin, devenu député indépendant depuis l’annonce de la fermeture partielle de l’urgence de six hôpitaux en milieu rural.

Cette réforme a depuis été mise sur la glace, ce qui améliore les chances du gouvernement de se maintenir au pouvoir.

Le meilleur atout des progressistes-conservateurs est de présenter un budget qui fera bonne impression, soit auprès de la population, soit auprès d’un nombre suffisant de députés de l’opposition.

D’ici là, le gouvernement Higgs doit à tout prix démontrer qu’il ne se dirige pas vers l’abattoir. Il doit prouver qu’il est en contrôle de la situation, que c’est business as usual.

La promotion de Glen Savoie et de Bruce Fitch s’inscrit dans cette stratégie. Ils occuperont à deux la plupart des tâches qui étaient auparavant dévolues à Robert Gauvin.

Bruce Fitch a été nommé ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture.

M. Fitch a été chef par intérim de l’opposition avant l’élection de Blaine Higgs. Son exclusion du conseil des ministres, en 2018, avait été une surprise et interprétée comme la volonté de M. Higgs d’établir une cassure entre l’ancien gouvernement Alward et le sien. Le voilà de retour.

Quant à Glen Savoie, il n’a jamais été ministre auparavant. Il est désormais responsable de la Francophonie.

Contrairement à ce qu’a dit le premier ministre, M. Savoie n’est pas un francophone. Il comprend toutefois la langue de Molière et est capable de s’exprimer en français. Quand les progressistes-conservateurs étaient dans l’opposition, de 2014 à 2018, il était l’un des rares députés du parti à poser des questions en français de temps en temps au gouvernement Gallant.

Il faut toutefois prendre avec un grain de sel les déclarations de Glen Savoie, qui a affirmé la semaine dernière vouloir être la voix des francophones au sein du Cabinet.

D’abord, il n’a jamais senti le besoin de défendre les Acadiens depuis son arrivée en politique. En 2018, alors que le ministre de la Santé Ted Flemming tentait de retirer des droits linguistiques aux patients francophones d’Ambulance NB, M. Savoie est resté silencieux, comme tous ses collègues.

Le député de Saint-Jean-Est fait aussi partie d’un gouvernement qui n’a aucun intérêt dans les questions linguistiques, sauf en ce qui a trait à l’immersion française dans les écoles anglophones.

Le prédécesseur de Glen Savoie à la Francophonie, Robert Gauvin, était aussi plein d’espoir. En entrevue en 2018, il avait expliqué que son chef lui avait donné le mandat de rapprocher les deux communautés linguistiques, que ses talents d’orateur aideraient à aplanir leurs différences.

Ces paroles creuses ont rapidement été balayées sous le tapis. Le même sort attend le projet de Glen Savoie de faire progresser ce qu’il appelle «l’harmonie linguistique». Ceux qui croient qu’un gouvernement dirigé par Blaine Higgs posera des gestes concrets en faveur de l’égalité réelle entre francophones et anglophones, sous l’impulsion du député Savoie, rêvent en couleurs.

Par ailleurs, le poste de vice-premier ministre demeure vacant. Ce n’est pas une surprise. Robert Gauvin n’a jamais été le véritable numéro 2 du gouvernement. Avec la démission du seul député francophone du caucus, M. Higgs ne voit plus l’utilité de s’encombrer d’un poste symbolique.

Le N.-B. a compté très peu de vice-premiers ministres forts au cours des années:  Aldéa Landry, Donald Arseneault et Paul Robichaud sont parmi les seuls.

La plupart du temps, le titre a été accordé pour des raisons stratégiques: Raymond Frenette après avoir perdu la course à la direction du PL, Dale Graham pour services rendus au PC, Stephen Horsman parce qu’il était le seul député libéral de Fredericton, etc.

Est-ce à dire que le premier ministre Higgs a erré en apportant ces minuscules changements à son Cabinet? Non.

Il n’avait pas 36 solutions. Avec la promotion de Glen Savoie et de Bruce Fitch, il ne reste désormais que trois députés progressistes-conservateurs d’arrière-ban, dont aucun qui soit à l’aise de s’exprimer publiquement en français.

Blaine Higgs a fait pour le mieux dans des circonstances impossibles. Son équipe à nouveau complète, il peut se concentrer à gouverner jusqu’au dépôt du budget et, peut-être, dans les mois qui suivront.