S’adapter ou mourir

Pour la première fois en 42 ans, il n’y aura pas de Foire brayonne à Edmundston. Une nouvelle qui aurait été inimaginable il y a quelques années. Or, loin d’avoir eu l’effet d’un coup de tonnerre, l’annonce a plutôt été accueillie avec sérénité.

La Foire brayonne s’est longtemps flattée d’être le plus important festival francophone à l’est de la ville de Québec. Pour les artistes brayons, acadiens et québécois, elle était un incontournable dans le circuit des spectacles d’été. De grandes vedettes anglophones et francophones ont foulé les planches de la scène du stade Turgeon devant des milliers de spectateurs.

Cette Foire brayonne n’existe plus depuis déjà de nombreuses années. La phrase «Y a rien à la foire cette année» s’est incrustée dans le folklore local.

Un changement dans les habitudes des consommateurs a pour conséquence que les mégaspectacles et même des activités fétiches comme le party du parking n’attirent plus autant les foules.

Les organisateurs ont tenté de réinventer l’événement. Des spectacles ont été organisés au nouveau Centre Jean-Daigle. Le party du parking est devenu un Parking 2.0, avec une programmation musicale étalée sur trois jours. L’accès aux différentes activités comme le Village de la famille ou le Carré des artisans a été offert au coût d’un macaron, d’un bracelet, d’une passe, etc. Les vedettes ont laissé la place aux groupes «hommage», puis aux artistes originaires de la région.

Rien de tout ça n’a permis de relancer la machine. L’année dernière, la foire a passé près d’être annulée. Une programmation sur seulement trois jours a finalement été offerte, mais s’est tout de même soldée avec un déficit de 23 000$.

Pourquoi parler de l’avenir de la Foire brayonne en éditorial?

D’abord, parce que ces problèmes ne sont pas propres à Edmundston. Partout en Acadie, des festivals meurent à petit feu ou ont disparu dans les dernières années.

Des organisateurs tirent la plogue sur des événements que personne n’aurait cru voir un jour être annulés. Parlez-en aux organisateurs du tournoi de hockey pee-wee Boyce-Fitzpatrick de Dalhousie, lequel n’aura pas lieu, faute d’un nombre suffisant d’équipes participantes. Il était organisé chaque année depuis un demi-siècle!

Chaque festival meurt pour des raisons différentes. Parfois, c’est en raison d’un manque de bénévoles. Cela peut être aussi en raison de problèmes financiers, un essoufflement de la formule qui a fait le succès de l’événement pendant des décennies ou tout simplement du désintérêt de la population et des touristes.

Ce phénomène n’est pas sans importance.

Si les gens s’attardent à l’avenir de la Foire brayonne, du Festival acadien de Caraquet ou d’autres événements du genre, petits et grands, c’est parce qu’ils contribuent à la visibilité et même à l’identité de l’Acadie.

Pratiquement chaque communauté acadienne organise l’été son festival, sa fête communautaire ou son bazar. Certains souhaitent ainsi attirer les touristes. D’autres ont plutôt pour objectif de rallier les citoyens ou d’offrir une excuse aux gens qui se sont exilés de revenir dans la région, une fois par année.

Sont-ils tous condamnés à disparaître? Bien sûr que non. Les organisateurs qui ont le doigt sur le pouls de la population réussiront toujours à tirer leur épingle du jeu.

L’offre risque toutefois d’être appelée à changer. Les grands festivals culturels et généralistes n’attirent plus comme avant. Il ne suffit plus d’ériger une tente, d’embaucher un groupe de musique et de vendre de la bière à très fort prix pour qu’un festival puisse faire ses frais.

L’avenir est peut-être aux événements ponctuels. Il n’y a pas de grand festival d’été à Moncton. Mais des événements comme le Ribfest attirent des milliers de personnes chaque année en juin. Son succès n’est pas passé inaperçu. Un 4e Rib Fest aura lieu cette année à Bathurst, en même temps qu’un festival du homard.

À Edmundston, le Festival de jazz et blues est devenu le Festival Jazz, Blues et Ribs. Une campagne de financement a été organisée sur GoFundMe afin d’offrir une programmation gratuite.

Dans la Péninsule acadienne, le fait que l’Oktoberfest de Bertrand gagne en popularité alors que le Festival acadien de Caraquet éprouve des problèmes n’a échappé à personne.

Est-ce à dire que pour survivre, les festivals doivent évacuer la culture au profit d’activités populaires de type «bière et ribs»?

La réponse n’est pas simple. Une chose est toutefois claire: le public aura le dernier mot.

«On ne peut pas simplement présenter une Foire brayonne pour le plaisir de la chose», a résumé avec sagesse la présidente du festival, Carole Martin. À Caraquet, on tente plutôt de raviver la flamme avec une série de spectacles-bénéfices qui ont attiré les foules.

L’Acadie a changé. Les festivals sont condamnés à faire de même. S’adapter ou mourir. Tel est le choix qui s’offre à eux.