Vitalité: un C.A. qui dérange

Àmesure que les langues se délient, il devient clair que les conseils d’administration des régies de la santé Vitalité et Horizon ne pèsent pas lourd dans la balance. Les décisions sont prises par le PDG et le ministre de la Santé.

La réforme de la santé continue de faire couler de l’encre. La fermeture partielle des urgences de six hôpitaux en milieu rural a été décrétée par les réseaux de santé Vitalité et Horizon et appuyée par le gouvernement Higgs, avant d’être reniée par celui-ci.

L’Acadie Nouvelle tente depuis d’en savoir plus sur le rôle joué par les membres du conseil d’administration. Ces gens ont été élus lors du scrutin de 2016 (en même temps que les élections municipales). Ils sont censés être redevables à la population.

Or, le PDG Gilles Lanteigne et la présidente du conseil, Michelyne Paulin, tentent par tous les moyens de bâillonner le conseil.

Deux éléments sont problématiques. Une clause de confidentialité interdit aux membres du C.A. de s’exprimer librement. De plus, des membres du conseil affirment avoir été tenus dans le noir et avoir appris les détails de la réforme dans les médias.

Que penser de ces révélations?

Notons en premier lieu que les clauses de confidentialité sont relativement courantes. Un PDG comme Gilles Lanteigne doit pouvoir s’exprimer sans réserve et avec franchise auprès de son conseil sans craindre que ses paroles soient coulées dans le journal du lendemain.

C’est la même chose lors des réunions du conseil des gouverneurs de l’Université de Moncton, lors des réunions à huis clos des conseils municipaux, etc.

Le réseau Vitalité va toutefois beaucoup plus loin. Il empêche les membres du conseil d’administration de s’exprimer sur un sujet si celui-ci a fait l’objet de discussions à huis clos.

Nous comprenons que le réseau deviendrait ingérable si un membre du conseil craignait de prendre la parole pendant une réunion ou même de voter par peur d’être dénoncé publiquement par un collègue.

Par contre, Vitalité dépasse les bornes en enlevant complètement le droit de parole à son C.A. Dans les derniers jours, l’Acadie Nouvelle a joint plusieurs membres du conseil qui ont refusé de nous accorder une entrevue. Ils n’osent pas s’exprimer sur la réforme de la santé par peur de briser l’entente de confidentialité qu’ils ont signée.

Heureusement, certains ont fait preuve de courage. Ce qu’ils ont révélé n’a toutefois rien pour nous rassurer.

La vice-présidente démissionnaire du Réseau de santé Vitalité, Norma McGraw, a indiqué avoir appris la nouvelle des fermetures partielles d’urgences en même temps que le reste de la population. Elle affirme n’avoir jamais voté sur une telle réforme. Des propos validés par deux autres membres du conseil, Jean-Marie Nadeau et Sonia Roy. «J’ai appris la mesure par l’entremise du journal», a exprimé Mme Roy.

La présidente du réseau Vitalité, Michelyne Paulin, a répliqué qu’une résolution a été «présentée, débattue et adoptée par le conseil» et qu’elle a été transmise au ministère de la Santé le 12 décembre 2019.

Mme Paulin ne prendrait pas le risque de mentir, date à l’appui, avec un danger aussi grand d’être démasquée. Quelque chose a bel et bien été présenté au conseil. Or, Mme McGraw, Mme Roy et M. Nadeau, pour ne nommer que ceux-là, confirment n’avoir rien vu. Comment concilier ces deux positions?

Il se peut que tout le monde mente, sauf la présidente.

Il existe cependant un autre scénario qui est plus plausible.

Le PDG Gilles Lanteigne et la présidente Michelyne Paulin ont présenté au conseil un plan avec des objectifs généraux. Une sorte de projet omnibus dans lequel était enterré un paragraphe qui donnait le feu vert au PDG pour prendre des mesures visant à assurer la pérennité des services d’urgence dans les hôpitaux, ou quelque chose du genre.

Il est très peu probable que cette résolution précise noir sur blanc que six services d’urgence fermeront la nuit ou qu’elle contienne la liste des six hôpitaux touchés.

Cela nous amène à nous poser une question: à quoi sert le conseil d’administration?

Le PDG de Vitalité est nommé par le gouvernement. Il répond de ses actions au ministre de la Santé, pas à son propre conseil. Au lieu d’imposer un mandat à son PDG, le conseil se voit plutôt imposer des décisions.

Cette situation sert les gouvernements (toutes couleurs confondues) qui peuvent ainsi agir sans la crainte de voir des élus de la santé faire dérailler les réformes imposées d’en haut.

Le conseil d’administration est censé représenter la voix de la population. Aux yeux du gouvernement, il ne sert toutefois qu’à donner l’illusion aux citoyens que quelqu’un parle en leur nom à la table des décisions.

Un organisme en qui il n’a pas confiance, qu’il faut tenir dans l’ignorance et qu’il faut museler.