Lanceurs de boue

Le gouvernement Higgs a entrepris une campagne de salissage contre son ancien vice-premier ministre devenu député indépendant, Robert Gauvin. Mais c’est bien connu, quand on lance de la boue, le risque est grand de se salir soi-même.

Le député de Shippagan-Lamèque-Miscou Robert Gauvin a quitté le Parti progressiste-conservateur à la suite de l’annonce de la fermeture partielle de l’urgence de six hôpitaux situés en milieu rural.

Le gouvernement cherche depuis des boucs émissaires. Dans les derniers jours, Blaine Higgs et son ministre de la Santé, Hugh John Flemming, ont tourné leurs canons en direction de Robert Gauvin.

Le ministre Flemming a soutenu qu’avant de remettre sa démission, Robert Gauvin a tenté de monnayer son appui à la réforme de la santé.

Il aurait réclamé des projets d’infrastructure de 100 millions $ dans sa circonscription, y compris un nouveau pont vers l’île Miscou, un nouveau foyer de soin et le maintien de deux palais de justice dans sa circonscription.

Tout cela ne fait aucun sens. Le pont de Miscou n’est vieux que d’une vingtaine d’années et est en parfait état. Il n’y a aussi aucun palais de justice à Shippagan et dans les îles.

Devant ces faits, le ministre Flemming a reconnu s’être trompé. Il ne faisait pas référence au pont de Miscou mais plutôt à celui qui relie Shippagan à l’île Lamèque. Et les deux palais de justice auxquels il fait référence ne sont pas dans la circonscription de M. Gauvin mais plutôt dans sa région (la Péninsule acadienne).

Ces explications font paraître encore plus mal le gouvernement.

Le 10 décembre 2019, le gouvernement Higgs a présenté un budget dans lequel il a annoncé 1 million $ afin de poursuivre les travaux de conception d’un nouveau pont entre Shippagan et l’île Lamèque.

Or, en déclarant que Robert Gauvin a tenté de monnayer son appui à la réforme de la santé en échange d’un pont pourtant déjà promis, le ministre Flemming laisse croire que son gouvernement n’a jamais eu l’intention de construire l’infrastructure en question. Et que même devant la menace de démission de son vice-premier ministre, il a refusé de plier.

Parlons maintenant des palais de justice. L’Acadie Nouvelle a révélé en exclusivité le 11 février 2020 que le gouvernement étudie la possibilité d’éliminer les cours provinciales satellites encore existantes, et plus particulièrement celles de Tracadie et de Caraquet. La ministre de la Justice, Andrea Anderson-Mason, a répliqué que fermer des tribunaux «n’a jamais fait partie de mes priorités».

Si la ministre a dit la vérité, comment expliquer la déclaration de Hugh Flemming selon qui Robert Gauvin aurait exigé le maintien des deux palais de justice de la Péninsule acadienne?

En attaquant son ancien vice-premier ministre, le gouvernement nuit à sa propre crédibilité.

Même le nombre de 100 millions $ en infrastructures avancé par M. Flemming est trop gros et surtout trop arrondi pour être crédible. Il ressemble plutôt à un numéro choisi exprès pour frapper l’imaginaire des électeurs. Robert Gauvin réclame 100 millions $ pour Shippagan. Mais votre gouvernement a dit «non»! Votez pour nous!

Le député Gauvin ne sort toutefois pas immaculé de l’affrontement.

Dans un communiqué de presse, il affirme avoir appuyé la réforme lorsqu’elle a été présentée au cabinet. C’est seulement quand il a réalisé qu’il n’y avait pas eu de consultation qu’il a changé d’idée, dit-il.

En fait, M. Gauvin a plutôt réagi publiquement pour la première fois après que la nouvelle de la réforme des hôpitaux ait été coulée dans les médias, dont l’Acadie Nouvelle. Il avait alors écrit sur Facebook: «Vous savez déjà où est mon coeur».

Nous pouvons comprendre les collègues de M. Gauvin d’avoir été surpris, après l’avoir entendu en privé dire qu’il pouvait appuyer la réforme, le voir virer capot aussi tôt que les premières critiques se sont fait entendre.

Un dernier point. Il est impossible de savoir qui dit la vérité et qui ment. Supposons toutefois, aux fins de l’exercice, que Robert Gauvin ait vraiment manqué de jugement au point de croire que ses électeurs accepteraient de sacrifier une urgence ouverte 24h en échange d’un pont, d’un foyer et du maintien de deux palais de justice dans la Péninsule acadienne.

Ce n’est pas un scandale. Croyez-vous vraiment que les politiciens ne tirent pas la corde chacun de leur bord à Fredericton? Qu’ils ne se battent pas pour obtenir des fonds pour leur circonscription ou protéger des services qui tiennent à coeur à leurs concitoyens?

Les progressistes-conservateurs ne gagneront pas la confiance des francophones en lançant de la boue sur leurs adversaires. Qu’ils commencent par nous dire quelles sont leurs intentions, dans l’éventualité où ils réussiront à se maintenir au pouvoir, et ce sera déjà un bon début.