Les verts s’installent à gauche

Le chef du Parti vert, David Coon, vient de terminer une tournée provinciale pendant laquelle il a recueilli les idées et les préoccupations des citoyens venus le rencontrer. Dans le contexte politique actuel, il est pertinent de s’intéresser aux conclusions tirées par le chef.

Pour le plus grand malheur de M. Coon, sa tournée venait à peine de commencer quand le gouvernement Higgs et les réseaux de santé Vitalité et Horizon ont dévoilé une réforme qui comprenait la fermeture partielle de l’urgence de six hôpitaux situés en milieu rural.

Ont suivi des manifestations, la démission du vice-premier ministre, la menace d’élections et, finalement, un recul spectaculaire du gouvernement provincial. Alors que le gouvernement était sur le point de tomber, vous comprendrez que la «Tournée Budget du coeur» des verts s’est retrouvée pas mal loin dans l’ordre des priorités.

David Coon a présenté cette semaine son rapport. Et ce qu’il contient pourrait avoir une incidence sur le contenu du budget provincial ou, sinon, sur le déroulement de la prochaine campagne électorale.

Avec la démission du vice-premier ministre Robert Gauvin devenu député indépendant, la possibilité que le chef libéral Kevin Vickers demande au président de l’Assemblée législative, Daniel Guitard, de retourner siéger au sein du caucus libéral et l’appui indéfectible de la People’s Alliance au gouvernement Higgs, la balance du pouvoir risque de revenir au Parti vert.

Pour faire adopter le budget et continuer de gouverner, Blaine Higgs ne peut plus se contenter de l’appui des alliancistes. Il a besoin de l’appui du Parti vert ou de celui d’un député libéral.

Le budget du coeur de David Coon nous donne une idée de ses attentes.

On y retrouve bien sûr des priorités traditionnelles du Parti vert, notamment en ce qui a trait à l’environnement. Efficacité énergétique, sources renouvelables d’énergie et hausse du nombre de véhicules électriques figurent dans le rapport.

Mauvaise nouvelle pour les progressistes-conservateurs, le Parti vert a choisi de s’établir ouvertement à gauche de l’échiquier politique.

Les verts s’intéressent au revenu de base garanti. Ils parleront aussi de logement abordable et d’une amélioration de l’accès aux soins de santé primaires. Ils retiennent que les citoyens veulent que les entreprises paient leur juste part d’impôts. Ils soulignent que le nord de la province se sent abandonné et requiert des investissements publics.

Le rapport représente la vision des gens interrogés, pas un programme électoral. On comprend toutefois que le Parti vert met de l’avant ces idées parce qu’il souhaite les défendre, du moins la plupart d’entre elles.

Pour le Nouveau Parti démocratique, c’est problématique. Le parti est au bord de l’abîme et n’a plus de chef depuis déjà un an. Il affirmait être le seul parti de gauche au Nouveau-Brunswick. Ce n’est plus vrai. Le Parti vert occupe le plancher.

C’est préoccupant aussi pour le Parti libéral.

Sous Brian Gallant, la formation a effectué un virage à gauche avec des avancées en matière d’accessibilité aux garderies, d’éducation postsecondaire et d’interruptions volontaires de grossesse, pour ne nommer que ces trois enjeux. Cela n’a pas empêché les verts de réaliser une percée en 2018.

Depuis l’arrivée du nouveau chef, Kevin Vickers, le parti se cherche une identité. Dans une rencontre éditoriale à l’Acadie Nouvelle, en novembre 2019, le chef avait affirmé: «Côté financier, je suis conservateur, au niveau social je pourrais être NPD et côté environnement, je suis plus vert que les verts.»

Cela veut à la fois tout dire et ne rien dire du tout. L’absence d’identité claire des rouges permet aux verts de tracer une ligne dans le sable et d’attirer vers eux l’électorat progressiste. Cela risque de nuire aux libéraux en campagne électorale.

Avant d’arriver à ce point, les partis d’opposition doivent toutefois défaire le gouvernement en rejetant son budget.

S’il veut éviter ce scénario, Blaine Higgs sait maintenant quoi faire. Il a dans le «budget du coeur» amplement de quoi satisfaire les verts et obtenir leur appui.

Se donnera-t-il cette peine? Rien ne le laisse croire. Depuis son arrivée au pouvoir, Blaine Higgs n’a consulté personne de façon sérieuse, sauf le chef de la People’s Alliance, Kris Austin.

S’il veut éviter d’affronter l’électorat à court terme, le premier ministre pourrait ne pas avoir le choix de modifier ses habitudes.
Lors du dernier sondage de Narrative Research, en novembre, les verts étaient à 21% dans les intentions de vote contre 31% pour les libéraux et 37% pour les progressistes-conservateurs.

Le Parti vert s’annonce de plus en plus comme un incontournable, autant lors du vote sur le budget que lors des élections qui risquent de suivre.