Budget: survivre et oublier

Le gouvernement Higgs a présenté son deuxième budget, mardi. Au-delà des dépenses et des choix budgétaires, un objectif se dégage: survivre au vote de confiance de la semaine prochaine et faire oublier à la population sa tentative de fermer la nuit les urgences de six hôpitaux en milieu rural.

Plusieurs mesures énoncées par le ministre des Finances, Ernie Steeves, sont stupéfiantes, tant elles vont à l’encontre de ce que prêche le premier ministre Blaine Higgs depuis son arrivée au pouvoir, en 2018.

Une augmentation de 10% du budget du ministère de la Santé, soit la plus importante en 10 ans. Davantage de fonds pour l’inclusion en milieu scolaire. Des hausses de prestations pour la plupart des prestataires de l’aide sociale. Mais qu’est-il arrivé au gouvernement Higgs? On ne le reconnaît plus!

Rendons d’abord à César ce qui revient à César. Ce budget, c’est d’abord celui du député indépendant Robert Gauvin. S’il n’avait pas quitté le caucus progressiste-conservateur et dénoncé la réforme de la santé, ce budget aurait été différent. Et plus austère.

Avec Robert Gauvin devenu indépendant et apparemment décidé à faire tomber le gouvernement, Blaine Higgs a dû se tourner vers le Parti vert, nouveau détenteur de la balance du pouvoir. C’est ainsi que des mesures sociales chères au chef David Coon se sont retrouvées dans le budget provincial.

Ces mesures visent moins à obtenir la faveur populaire qu’à convaincre des députés de l’opposition à appuyer le budget. La stratégie fonctionnera-t-elle? Difficile à dire. Les verts sont en réflexion alors que Robert Gauvin, fidèle à ses habitudes, a encore fui les journalistes sans répondre aux questions.

La nouvelle donne politique à Fredericton force pour la première fois le gouvernement Higgs au compromis. Nous pouvons enfin découvrir à quoi ressemble un gouvernement qui ne se contente pas d’être uniquement à l’écoute du chef de la People’s Alliance, Kris Austin.

Il garde néanmoins le cap.

Le gouvernement Higgs priorise en effet l’équilibre budgétaire et réduit la dette provinciale. Cela est rendu possible grâce à une augmentation de 200 millions $ de la péréquation en provenance d’Ottawa.

Notons toutefois que le budget ne tient pas compte de l’impact du coronavirus sur l’économie mondiale, si bien que les chiffres contenus dans le budget pourraient bien rapidement devenir caducs.

Par ailleurs, des annonces comme l’indexation des prestations d’aide sociale, l’achat d’ambulances, la distribution du vaccin contre la grippe à tous les Néo-Brunswickois, la hausse des taux versés aux familles d’accueil et l’augmentation de salaire au personnel des garderies ne suffisent pas à cacher qu’il s’agit bel et bien d’un budget de droite.

Nulle part cela est-il plus visible que dans la décision du gouvernement de réduire l’impôt des habitations non occupées par le propriétaire.

Les propriétaires d’immeubles à logement ou commerciaux paient plus d’impôt que les résidants d’une maison familiale, quelque chose qui est apparemment inacceptable aux yeux des progressistes-conservateurs.

Pour régler le «problème», le budget prévoit un cadeau de plusieurs dizaines de millions de dollars par année d’ici quatre ans de la part des contribuables aux propriétaires de loyers, de chalets, etc.

C’est là un choix à méditer, alors que le gouvernement Higgs réduit de 5,3 millions $ l’enveloppe consacrée à l’aide financière aux étudiants, qu’il ampute une nouvelle fois les fonds consacrés au tourisme (8,5 millions $ depuis deux ans), qu’il ne trouve pas de fonds supplémentaires pour les travailleurs des foyers de soins ni pour les femmes qui choisissent d’interrompre volontairement leur grossesse à la clinique 554 de Fredericton et qu’il réduit de 851 000$ le budget du réseau des bibliothécaires.

Cela dit, les probabilités de survie du gouvernement Higgs se sont améliorées de beaucoup avec le dépôt de ce budget, même si la balle est désormais dans le camp des partis de l’opposition.

Le premier ministre a mis toutes les chances de son côté. Le budget de son ministre des Finances a obtenu l’appui de la People’s Alliance.

Il sera aussi difficile à rejeter pour le Parti vert, puisqu’il contient des éléments prioritaires pour cette formation.

Les verts devront décider s’ils peuvent passer l’éponge sur le fait que cette administration a tenté de fermer la nuit les urgences de six hôpitaux en milieu rural. Un gouvernement, il est bon de le rappeler, qui se maintient au pouvoir sans la moindre gêne depuis 18 mois avec l’aide d’une formation politique ouvertement opposée aux droits linguistiques des francophones.

À ce point-ci, c’est moins une question de contenu que de confiance. En appuyant le budget et en faisant abstraction des événements des dernières semaines, les verts risqueront de mécontenter des électeurs qui, eux, ont la mémoire longue.